WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Philippe Guillemot, directeur général qualité

Le futur directeur général d’Elior a commencé en usine chez Michelin en tant que directeur qualité. Par la suite, il n’a cessé de grimper les échelons et n’a pas quitté les comités exécutifs et les instances de direction depuis ses 36 ans. Cet ingénieur de formation aime le terrain et les défis. Il est notamment connu pour avoir redressé Areva TD et Altcatel-Lucent.
Philippe Guillemot
Philippe Guillemot

A 58 ans, Philippe Guillemot s’apprête à relever un défi supplémentaire. Le 6 décembre, il prendra place dans son nouveau bureau de la Défense, au sein de la tour d’Elior, en tant que nouveau directeur général. Il fera ainsi face aux locaux de sa femme, associée chez Mazars. L’homme, qui a fait ses gammes dans le secteur automobile, avant de connaître l’univers des services et de la téléphonie mobile, semble serein à l’idée de découvrir une nouvelle maison, qui "est une véritable success story française, une véritable aventure entrepreneuriale ". Comment va-t-il s’y prendre pour aborder ce poste à la tête du restaurateur ? "Ce n’est pas la première fois que je change de secteur. Pendant trois mois, je vais chercher à comprendre l’entreprise et j’aurai les trois mois suivants pour réfléchir à comment optimiser la trajectoire, en accélérant la digitalisation et en poursuivant le développement international ", commente celui qui explique avec humour qu’il va travailler dans un univers qui lui parle, lui qui apprécie les bonnes tables.

Si Elior s’est en effet allié à Alain Ducasse pour prendre possession du Jules Verne en 2015, le groupe doit aujourd’hui redresser la barre. Depuis trois ans, son titre a gagné 48% mais a perdu plus de 13% depuis le début de l’année. Elior a notamment annoncé en novembre une dégradation de son taux de marge opérationnelle pour l’exercice 2016/2017, alors qu’il anticipait une amélioration de celle-ci à l'été dernier. Mais le nouveau capitaine a un track record qui a de quoi rassurer.

Dès 2013, il a été numéro deux d’Alcatel-Lucent. Entreprise où il a mené à bien avec Michel Combes, puis tout seul la dernière année jusqu’au retrait de la cote en novembre 2016, le plan de sauvetage de ce qui a été un fleuron industriel français. C’est Philippe Guillemot qui a piloté les négociations avec les syndicats. Pour mémoire, de 70.000 emplois, le groupe a fait une cure d’amaigrissement pour tomber à 50.000. "L’adaptation, c’est la vie normale des entreprises. Mais la manière de le faire est très importante. Je n’ai jamais laissé personne sur le carreau. On peut dire qu’on a perdu 20.000 postes, la réalité c’est que nous en avons surtout sauvé 50.000. "

L'incontournable terrain

Quelles sont les méthodes de Philippe Guillemot ? Pour les comprendre, il faut remonter à ses débuts. C’est son grand-père, ingénieur passionné, qui lui a donné l’envie de faire ce métier. Après les Mines de Nancy, il entre chez Michelin. Le groupe lui permet d’aller à l’étranger et de faire ses gammes en usine. Il a notamment été responsable production et qualité au Canada et en Italie. "Je voulais commencer sur le terrain ", indique celui qui travaillait déjà durant ses études. "A l’époque, les Japonais inspiraient beaucoup l’industrie (…). En s’inspirant de leur modèle, je mettais en place un système pour que les problèmes de qualité ne soient plus traités une fois les produits finis, mais en amont ", souligne Philippe Guillemot qui a ainsi intégré la nécessité d'une gestion rigoureuse. Il a également appris à manager les équipes, comme à Turin où les ouvriers étaient en grève lorsqu’il a pris son poste. "Le seul pouvoir que vous avez dans une entreprise, c’est de motiver les équipes ", précise-t-il. Et d’ajouter : "dans mon parcours, j’ai aidé des équipes qui ne réussissaient plus ou qui avaient perdu les recettes du succès ".

Son MBA à la Harvard Business School, après six ans d’opérationnel, lui a permis de compléter sa formation. Pour des raisons familiales, il rentre ensuite à Paris où il fera deux ans de conseil avant de réintégrer Michelin en 1993. Dès 1995, il a travaillé à repenser l’organisation du groupe, en passant d’une répartition par géographies à une répartition par produits. "On a ouvert des portes et des fenêtres comme jamais ", rapporte notre interlocuteur, qui était à l’époque celui d’Edouard Michelin. C’est lorsque Carlos Ghosn, l’actuel patron de Renault, a quitté le groupe que Philippe Guillemot a pu prendre sa place au Comex, à seulement 36 ans.

Des convictions forgées avec le temps

En 1998, Philippe Guillemot délaisse Clermont-Ferrand pour la capitale afin que son fils, sourd, puisse bénéficier d’un accompagnement adéquat. Une décision qu’il ne regrette pas puisque son aîné a depuis fait de belles études -d’ingénieur- et se construit aujourd’hui une jolie carrière. A Paris, Philippe Guillemot a, de nouveau, enchaîné les remises de gaz : tout d’abord chez Valeo, en qualité de directeur de la branche thermique moteur, puis chez Faurecia où il était à la tête de l'activité sièges d'automobiles. En 2004, il change de secteur et devient PDG d'Areva Transmission et Distribution. "Areva TD avait tout juste été racheté à Alstom (…) Les méthodes issues de l’industrie automobile pouvaient y avoir leur vertu. La rigueur dans la gestion, la chasse au gaspillage étaient des réponses ", rapporte Philippe Guillemot. Résultat : en six ans, le chiffre d’affaires de l’entité se retrouve doublé. Philippe Guillemot regrette la scission décidée ensuite par l’Etat, qui n’était, selon lui, pas une décision industrielle.

Et ce n’est pas le seul choix d’actionnaire qui ne lui ait pas convenu. Après avoir passé par la suite deux ans chez Europcar en tant que directeur général -société où il a notamment remis la satisfaction client au goût du jour- il a déploré le court termisme induit par les LBO. Philippe Guillemot a en effet eu des différents avec l’actionnaire Eurazeo, qui a mis un terme à son mandat. Heureusement pour notre interlocuteur, chez Elior, il pourra "gérer tous les horizons de temps : court, moyen et long terme ". Et il l’affirme, il est un homme de convictions. Convictions qu’il s’est forgées sur le terrain et qui le poussent à faire ses choix de dirigeant.

 

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article