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Anne-Claire Legendre, consule de France à New York : du Moyen-Orient à la French Tech, la passion de la diplomatie

La consule générale de France à New York depuis 2016 a su coupler sa connaissance approfondie du Moyen-Orient pour les négociations internationales les plus complexes. Après une expérience à l’ONU, elle est revenue à New York où elle oeuvre au rapprochement économique des deux pays, malgré les remous de l’administration Trump.
Anne-Claire Legendre
Anne-Claire Legendre

 

 

 

Parler modernité au milieu d’un grand bureau aux murs lambrissés, au sein du non moins imposant consulat général de France à New York sur la Cinquième Avenue, face à Central Park, n’est pas une mince affaire. Et c’est pourtant avec un enthousiasme naturel qu’Anne-Claire Legendre, première femme à avoir été nommée consule de France en septembre 2016, assure ce rôle. A seulement 37 ans, cette native de la Bretagne avait certes un parcours irréprochable d’excellence académique, et développé une passion pour les négociations internationales les plus complexes. Elle a pourtant abordé la matière de manière romantique : « J’avais une grande fascination pour les langues et la littérature, au départ je n’étais pas particulièrement attirée par le politique », se souvient-elle. Elle décide tout de même à entrer à Sciences Po, tout en étudiant la littérature comparée et les langues orientales.

 

Cette ouverture culturelle la conduit en stage à l’ambassade du Caire dès l’âge de 20 ans, une expérience dont elle sortira transformée : « J’ai eu envie de combattre les nombreux stéréotypes sur la région, être un véritable pont entre les cultures », relate-t-elle. Elle réitère ensuite et choisit le Yémen pour un VIE d’attachée de presse, y découvre un pays au bord de l’implosion et déchiré par une guerre civile entre sunnites et chiites. Le terrain, elle l'entrevoit aussi ironiquement à Washington lors de son stage suivant en 2003, lorsque la France s’est opposée à la guerre en Irak et que le sentiment anti-français est au plus fort, à l’image des fameuses « freedom fries ».

 

Elle passe ensuite le Quai d’Orsay et entre dans le vif du sujet lorsqu’elle s’occupe des visas UE pour l’espace Shenghen, pendant la présidence française de l’Union européenne entre 2007 et 2008. Il s’agit désormais d’apprendre le métier sur le tas, avec son vocabulaire, les codes complexes des institutions et leurs négociations ardues, entre Paris et Bruxelles. « J’ai découvert un pan totalement nouveau de ce métier, les relations multilatérales, ce qui m’a passionné », s’enthousiasme-t-elle. Lors du jeu de chaises musicales suivant fin 2008, Anne-Claire Legendre demande à revenir sur son sujet de prédilection, le Moyen-Orient. Elle devient alors rédactrice Algérie pour le ministère des Affaires Etrangères, et se lance dans un grand travail de mémoire sur l’Histoire des deux pays. Un sujet « riche et sensible », qui l’oblige aussi à dénicher des souvenirs douloureux.

En 2010, c’est le premier appel de la Grosse Pomme, où elle part comme conseillère au conseil de sécurité de l’ONU sur les sujets de Moyen-Orient. « En réalité, j’ai passé 70% de mon temps uniquement sur la Syrie », à une période particulièrement violente où ont lieu les premiers massacres de population civile et les armements des rebelles », se souvient-elle. Un rythme très intense et une ambiance pesante, tant les enjeux sont cruciaux et les intérêts divergents. Après le discours d'Alain Juppé pour bloquer Bachar El-Assad, le veto russe donne lieu à une guerre d’information. Dans ce contexte, la recherche de la vérité sur le terrain est essentielle, mais elle en retire aussi parfois un sentiment de frustration face au blocage onusien. Elle ramène ses précieuses connaissances en France en 2013, où elle conseille les Affaires Etrangères sur les questions d’Afrique du Nord et de Moyen-Orient.

 

Trois ans plus tard, New York, dont elle gardait un souvenir ému tant la ville l’a fascinée, se rappelle à elle. Elle se voit proposer le consulat français à New York, à la suite de François Delattre. Une première pour une femme et une « véritable fierté » pour elle, qui encourage les quotas, y compris au niveau des ambassades où elles ne sont encore que 26%. Au quotidien, elle anime la communauté française à New York, et s’étonne encore de la méconnaissance de notre pays dans cette ville si cosmopolite. « Les relations entre France et Etats-Unis sont très fortes, mais ont encore des marges de progression au plan économique », juge-elle. Elle promeut donc activement la French Tech, les ingénieurs français connus pour leur expertise, l’environnement d’innovation afin d’inciter les flux entrants en France. Lors de sa venue en septembre dernier, Emmanuel Macron a d’ailleurs présenté sa réforme fiscale et du marché du travail, qui a eu l’effet escompté : les volumes d’investissement des Etats-Unis ont bondi de 18% en 2017. Même si les tarifs douaniers de Donald Trump risquent de jeter un froid sur ce beau rapprochement.

 

Et New York dans tout cela ? Anne-Claire Legendre, qui occupe toutes ses soirées aux réceptions consulaires, avoue ne pas avoir beaucoup de temps pour arpenter la ville mais ne perd jamais l’occasion d’assister à une soirée au Metropolitan Opera ou au Lincoln Center, ces lieux magiques pour tout amateur d’opéra ou de ballet.

 

 

 

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