Ulrike Decoene : un gant de velours chez AXA
Ulrike Decoene aime les mots, ou plutôt le choix des mots. Pas seulement en français d’ailleurs, puisque celle qui est née de parents belge et allemand parle couramment la langue de Molière, mais aussi celle de Kant, Shakespeare et Cervantes. "J’ai du mal à trouver la cohérence de mon parcours car j’ai avant tout cherché à ne pas me cantonner à un seul univers, mais les gens autour de moi voient un lien avec ma capacité à traduire les choses aux gens, à rendre les messages plus tangibles", explique l’executive assistant de Thomas Buberl (DG d’Axa depuis septembre 2016), et secrétaire du comité de direction. Ulrike Decoene, normalienne de formation, a en effet connu plusieurs mondes : de l’enseignement en passant par les cabinets ministériels avant de rejoindre Axa IM en 2007.
Après avoir fait ses classes dans les lycées français et un bac économie en poche pour faire plaisir à son père, Ulrike Decoene, qui s’échappait à l’époque pour suivre des cours de philosophie, décide d’intégrer les classes préparatoires de Louis-le-Grand. "Mes parents y étaient opposés. Pour eux c’était le symbole de l’élitisme français", raconte l’intéressée. C’est très enthousiasmée par sa nouvelle vie parisienne, les humanités ou encore les cerveaux qui l’entourent qu’Ulrike Decoene se prend au jeu et intègre l’école de la rue d’Ulm. Elle fera sa dernière année à Yale, en tant que "lecturer". "Même si cela reste un cadre universitaire, il y a une ouverture d’esprit fantastique et un optimisme très fort qui m’a beaucoup inspirée", souligne celle qui faisait alors une thèse sur la figure du père dans l’Espagne post-franquiste.
Changement de direction
Bien que ses études aient été passionnantes, Ulrike Decoene aspire à découvrir d’autres milieux, à ne pas se cantonner à ce monde "protégé", d’autant plus en cette période où "quelque chose se passait". Le Front national venait en effet d’atteindre le deuxième tour de l’élection présidentielle. La jeune femme prend alors une "décision radicale" et se lance dans des missions pour le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie, groupe de réflexion rattaché au ministère des Affaires étrangères. Un an plus tard, Ulrike Decoene intègre le cabinet de Dominique de Villepin. Elle suivra le politique du quai d’Orsay jusqu’à Matignon, en tant que "plume".
"Ce qui était très intéressant, c’était de travailler avec quelqu’un pour qui la parole politique avait une place à part", explique Ulrike Decoene, qui a été marquée par le discours sur l'Irak en 2003. Les sorties du ministère des Affaires étrangères étaient alors très orientées sur la culture, qui fait les peuples. Place Beauvau, en pleine crise des banlieues, la question du choix des mots est alors primordiale. Mais le plus grand souvenir d'Ulrike Decoene reste le discours de politique générale devant l’Assemblée nationale. "A Matignon, l’aventure était vraiment politique", poursuit notre interlocutrice qui a vécu toute cette période plus en tant qu’observatrice que militante.
Le choix AXA
Et c’est justement cet engagement qui fera prendre à Ulrike Decoene une nouvelle voie en 2007. "Vous ne pouvez pas lire un journal sans vous sentir concerné. Ce n’est pas un job. C’est un engagement corps et âme. Le travail jour et nuit ne me pose pas de problème mais j’avais besoin de pouvoir prendre du recul…", rapporte-t-elle. Elle décide alors de rallier le privé, qui pourra lui offrir une dose d’international. Après avoir envoyé moult CV, elle passe 11 entretiens chez AXA IM, à l’époque repris en main par Dominique Carrel Billiard. "J’ai été bluffée par l’intelligence mais aussi, la bienveillance des gens que j’ai rencontrés. Ils m’ont donné envie d’intégrer la société". Ulrike Decoene a ainsi connu la direction des relations presse et communication interne de la branche gestion d’actifs à Londres, avant de prendre en charge la communication, la responsabilité d’entreprise et des affaires publiques de la région Méditerranée, Amérique latine et Afrique du groupe. Pour cette dernière fonction, elle était alors basée en Espagne -là où elle a grandi : son "paradis perdu".
Puis, il y a deux ans, Ulrike Decoene arrive au siège pour y prendre la tête du fonds AXA pour la recherche, sorte d’initiative de financement philosophique pour la recherche sur les risques à travers le monde. "C’est un poste qui faisait la synthèse de mes expériences précédentes", signale la directrice. Puis, à l’occasion du changement de gouvernance d’AXA, et alors qu’elle avait déjà rencontré Thomas Buberl par ailleurs, Ulrike Decoene devient son "executive director" intégrant ainsi "le cœur du réacteur". "On est un peu comme une courroie de transmission, un facilitateur entre le CEO et les équipes au sein du Groupe. Ce sont des postes qui varient beaucoup d’une entreprise à une autre, avec des sujets très divers et des besoins qui évoluent en fonction de chaque CEO et du moment dans lequel se trouve l’entreprise. Dans mon cas, l’un des intérêts vient du changement de leadership à la tête d’AXA et de la transformation profonde qui est en cours…".
Ulrike Decoene a beaucoup en commun avec son patron de deux ans son aîné. "C’est quelqu’un qui a besoin de se nourrir, pas seulement d’idées, mais aussi à travers des interactions avec toutes sortes de personnalités", explique celle qui en serait presqu’à aller à la gym juste pour pouvoir prendre le temps d’écouter les podcasts de France Culture. Ulrike Decoene, mère de deux enfants, aime également lire, notamment les romans familiaux. Elle comprend aussi le besoin de Thomas Buberl, fraîchement arrivé en France, de se "recréer une vie quotidienne". Elle apprécie enfin qu’il ne soit jamais dans la confrontation, mais plutôt dans l’écoute de ce que propose les autres. Ce qu’elle a également sans doute aussi un peu en elle.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

