<p><span>A l’Elysée, Cédric O mise sur la création de valeur</span><span></span></p>
A l’Elysée, Cédric O est en charge des participations publiques et de l’économie numérique. Un segment stratégique quand on sait les grands arbitrages que le gouvernement entend faire pour renflouer les caisses de l’Etat mais aussi quand on connaît l’appétence d’Emmanuel Macron pour l’innovation. Pour autant, Cédric O, 34 ans, se garde bien de se voir comme plus qu’un conseiller. « Je peux apporter un point de vue, expliquer où me semble être la création de valeur mais il n’y a pas de conseiller de l’Elysée tout puissant. Il faut être assez humble. C’est toute une chaîne de commandement et in fine c’est le Président de la République qui décide », explique l’intéressé.
Les débuts du noyau dur
Ce dernier fait pourtant partie du noyau dur d’En Marche! Et ce, d’autant plus que ledit noyau s’est constitué il y a bien longtemps. En effet, Cédric O était secrétaire général du BDE de HEC quand Stanislas Guerini, actuellement député LREM, en était le président. Cette première amitié nouée, Olivier Ferrand, qui était en contact avec Stanislas Guerini, leur propose de rejoindre la campagne de Dominique Strauss-Kahn pour les primaires PS de 2006.
« Je n’avais jamais eu d’engagement partisan mais ça correspondait à mon positionnement politique et il y avait aussi l’attrait pour l’inconnu », commente Cédric O. Le conseiller évoque également son papa, d’origine coréenne, qui l’a toujours poussé vers l’engagement. « Mon père avait une approche très coréenne de l’éducation. A six ans, à la question de ce que je voulais faire plus tard dans la fiche de renseignement traditionnellement remise par la maîtresse de CP, j’avais répondu Polytechnique. Son lobbying était assez efficace », s’amuse celui dont la sœur, Delphine, diplômée d’ULM, est aujourd’hui députée LREM.
C’est à cette époque qu’il rencontre le reste de l’équipe de campagne. « Isma, Stan, Ben et moi, on était très copains », se rappelle Cédric O. Isma ? Ismaël Emelien, aujourd’hui conseiller spécial de l’Elysée. Ben ? Benjamin Griveaux, actuel secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances. Si en 2006, ces petits jeunes s’occupaient des vidéos du blog, ou d’installer les chaises pour les meetings ; pour En Marche!, Cédric O était trésorier du mouvement et de la campagne, quand Ismaël Emelien gérait la communication et les affaires stratégiques.
Après l’échec aux primaires du parti socialiste, Cédric O décide de rejoindre le privé ; en l’occurrence l’agence de communication et de conseil Opérationnelle. Cette PME planchait alors sur la communication politique ou encore le conseil aux collectivités. « C’est vraiment là-bas que j’ai appris à travailler », souligne-t-il. Puis, Cédric O, qui avait gardé contact avec la "strauss-kahnie", devient en 2010 assistant parlementaire de Pierre Moscovici, avec des sujets plutôt axés sur le fond (il avait notamment rédigé une note sur mécanisme européen de stabilité, MES) et la politique. Après le retour avorté de DSK, Pierre Moscovici se rallie à François Hollande et prend en charge sa campagne. En tant que bras droit du directeur, Cédric O s’occupe notamment des déplacements et des réponses à certaines interviews. Quand Pierre Moscovici arrive à Bercy en 2012, Cédric O se verra confier des relations avec le Parlement.
Les fondamentaux du privé
Mais, en 2014, l’envie de revenir dans le privé se fait sentir pour celui qui avait alors l’impression que les cabinets manquaient parfois des bons "drivers". « Je n’avais pas envie d’être un homme politique, d’être dans le normatif. J’aimais l’idée de produire des choses, de me forger une expertise sectorielle. » Son challenge, il le trouve alors chez Safran qui, avant de le mettre à un poste opérationnel, lui propose celui d'adjoint du directeur industriel groupe -en charge de l’industrie du futur. « C’était un vrai sujet pour une entreprise qui est dans un secteur qui va bien mais qui est resté assez artisanal », rapporte Cédric O.
Il rejoint ensuite Safran Aircraft Engines. Pendant six mois, il prend son TER et gère une équipe de 20 ouvriers à Gennevilliers, en tant qu’agent de maîtrise. Le choc des cultures passé, Cédric O se sent à l’aise et apprend à chapeauter et motiver des équipes très différentes de ce qu’il avait connu auparavant. Il prend ensuite le titre de chef de ligne et, avec, la tête de 60 personnes. « Je me suis rendu compte que j’étais là, à essayer de trouver des personnes qualifiées pour mon usine, alors que le taux de chômage en France est élevé ! Il faut le vivre au jour le jour pour le comprendre », insiste Cédric O.
Un impact sur le réel à l’Elysée
S’il avait plutôt prévu de rester 10 ans chez Safran, la formation du mouvement En Marche! et l’unique opportunité qui s’offrait à lui de retrouver son équipe a été plus forte. Il a d’abord commencé en travaillant la journée à l’usine puis le soir au siège du futur parti. Depuis la présidentielle, Cédric O se plait à plancher sur des matières qui ont des impacts concrets sur le réel ; avec d’un côté les participations, de l’autre l’innovation. « Ce sont des sujets où l’on voit tout de suite l’action de l’Etat ». Et d’ajouter : « Ce sont deux portefeuilles assez disjoints en apparence, mais en réalité assez complémentaires. Le numérique se développe sans l’Etat mais ce dernier doit accompagner et soutenir l’écosystème dans son développement. Le digital est par ailleurs souvent au cœur des enjeux entreprises dont l’Etat est actionnaire. C’est un axe de réflexion majeur pour continuer à créer de la valeur, notamment dans les industries traditionnelles ». Cédric O cite ainsi l’exemple du rapprochement entre Alstom et Siemens, qui se justifie par une vision industrielle de long terme où la valeur, demain, sera pour beaucoup concentrée dans les savoir-faire comme la signalisation ou encore la capacité à gérer le trafic de manière autonome.
Il n’en demeure pas moins que notre conseiller entend retourner un jour dans le privé. « C’est utile de savoir pour l’Etat comment fonctionnent les entreprises, mais aussi important que les entreprises apprennent à comprendre comment fonctionne l’Etat », estime Cédric O, qui a d’ailleurs invité certains ouvriers de Safran à l’Elysée ou à visiter l’Assemblée nationale.
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