Feuilleton de l'été / Carine Kraus / Veolia
Feuilleton de l'été
Carine Kraus / Veolia
Carine Kraus (Veolia) : d'utilité publique et privée
Surdiplômée, jeune et dotée d'une allure de mannequin, difficile d'imaginer la directrice générale adjointe, activités Energie France sur le terrain au milieu des cols bleus. Et pourtant, Carine Kraus, qui a pris ses nouvelles fonctions en mai 2015, a visiblement conquis les personnes avec lesquelles elle travaille, que ce soit Antoine Frérot ou les hommes qu'elle chapeaute sur les différents sites de la société. "Ils ne se doutent pas que je suis Enarque", lance Carine Kraus avec un brin de fierté. Une réussite qui peut s'expliquer par son entregent, sa volonté d'être toujours dans le concret ou encore, peut-être, par sa capacité d'écoute. Des attributs qu'elle estime amplifiés par l'influence de son conjoint, qui a créé plusieurs entreprises et qui est un libéral convaincu.
Tout au long de sa carrière, Carine Kraus a souhaité "être utile et efficace". C'est d'ailleurs notamment pour cela qu'elle visait depuis toute jeune l'ENA. Ecole d'administration qu'elle a intégrée à la suite de Sciences Po Paris et de l'Essec. La jeune femme s'y est préparée très tôt puisqu'à 13 ans déjà elle se plongeait dans Verbatim de Jacques Attali. Si Carine Kraus confie ne pas avoir de véritable passion -mais aimer beaucoup de choses comme la danse ou encore l'œnologie- elle a tout de même bataillé avec ses colocataires pour imposer Romain Gary, l'un de ses écrivains favoris, comme nom pour sa promotion en 2005.
A la fin de ses études, Carine Kraus a rejoint le bureau épargne et marchés au sein du Trésor, à l'époque dirigé par Xavier Musca. C'est là qu'elle s'est penchée sur la lutte contre les OPA hostiles en France. Elle consacre alors la majeure partie de son temps à mettre sur pied le mécanisme des bons Breton, sous l'égide de Thierry Franck, "un homme très pondéré, très mesuré, qui m'a beaucoup appris". L'actualité était alors rythmée par le rapprochement avorté de Pepsi et Danone, mais aussi par l'opération aboutie entre Mittal et Arcelor. "C'était l'époque où Thierry Breton était ministre de l'Economie et où il avait défini le terme de grammaire des affaires en disant que l'on ne pouvait pas faire tout et n'importe quoi. C'était l'époque du patriotisme économique avec Dominique de Villepin. C'était le tout début, car aujourd'hui tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut protéger nos entreprises", explique-t-elle.
Puis, deux ans plus tard, Carine Kraus rallie l'Agence des participations de l'Etat, alors sous la houlette de Bruno Bézard. Elle y prend en charge La Poste. Son rôle ? Accompagner son président Jean-Paul Bailly dans sa transformation de l'établissement. Ce qui passait notamment par l'évolution du statut de la firme, d'établissement public à celui de société anonyme. Et c'est justement La Poste qui facilitera le passage de Carine Kraus en cabinet ministériel. En 2009, Christian Estrosi, ministre chargé de l'Industrie, cherche un conseiller sur ce dossier. Elle passe alors des nuits entières sur le changement de statut, qui fera l'objet de pas moins de 8.000 amendements. "Moi qui connaissais plus l'aspect technique, j'ai alors beaucoup plus vu la dimension politique, comme la préoccupation des élus pour des enjeux comme le maintien du service public".
Six mois plus tard, toujours avec Christian Estrosi, Carine Kraus est ensuite promue directrice de cabinet adjointe, en charge des restructurations industrielles. Elle s'attelle alors à sauver des sociétés, souvent sur le devant de la scène pour des questions d'emploi. Au gouvernement, sa fonction consiste à mettre tout le monde autour de la table. "La politique est souvent très critiquée mais elle peut avoir une vraie valeur ajoutée. Ici, la pression qu'elle pouvait exercer permettait d'obtenir plus, notamment de la part des créanciers". Lorsqu'Eric Besson reprend le ministère fin 2010, notre Enarque conserve son poste.
En 2012, alors que Nicolas Sarkozy quitte l'Elysée, Carine Kraus souhaite poursuivre sa carrière dans le privé, si possible dans l'industrie ou les services. Au même moment, Antoine Frérot, PDG de Veolia, est à la recherche d'un directeur de cabinet. C’est-à-dire d'une personne qui soit ses yeux et ses oreilles, qui lui fasse remonter les messages, qui soit capable d'en faire descendre d'autres, de l'épauler et de démultiplier son action. La jeune femme, qui estimait alors qu'un poste d'entrée comme celui-ci était idéal au vu de son profil, saisit l'opportunité. "J'ai été séduite par l'entreprise et par l'homme", raconte Carine Kraus. Et d'ajouter : "Antoine Frérot concilie beaucoup de dimensions. Il a la capacité de se projeter dans l'avenir, à penser l'entreprise de demain. Il a changé toute l'organisation de Veolia. C'est aussi quelqu'un de bienveillant et de juste sur un plan humain".
Puis, enceinte de son premier enfant, venu depuis rejoindre les trois enfants de son conjoint, Carine Kraus prend la casquette de directrice générale adjointe, activités Energie France, l'un des piliers de Veolia avec l'eau et les déchets. Elle a ainsi pour mission de faire croître de manière significative son entité. Pour cela, elle a notamment eu la chance de pouvoir choisir son équipe. L'intéressée, aujourd'hui âgée de 38 ans, prend très à cœur son rôle de manager. "C'est peut-être un tropisme féminin mais au quotidien il faut beaucoup d'écoute. Il faut s'adapter au salarié et comprendre les motivations de chacun", explique Carine Kraus qui a ainsi réussi à se faire une place dans cet univers très masculin.
Si cette dernière n'envisage pas pour l'instant de retourner dans le public, elle ne comprend pas l'opposition entre ce monde et le privé. "Je ne vois pas où est le sujet. Avec tout ce que l'on m'avait dit sur le privé, l'une de mes craintes était de m'y ennuyer mais il y a tout autant d'enjeux intellectuels que dans le public . Il faut mettre sur pied un business, faire évoluer des équipes, etc. On est loin de faire seulement de l'argent."
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