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Suez / Veolia / Bertrand Camus
Comment Suez veut enfin créer de la valeur
Bertrand Camus est une personnalité discrète. Âgé de 52 ans, ingénieur des Ponts et Chaussées, il a rejoint Suez en 1994 en tant que directeur des projets internationaux puis responsable du développement. Il s’est occupé ensuite des activités du groupe en Argentine avant de prendre en charge les activités d’audit au sein de Suez entre 2006 et 2008. Pendant sept ans, il est le patron des activités américaines avant d’être rappelé en France par Jean-Louis Chaussade en 2015 au poste de directeur général de Suez Eau France et Suez Eau Europe. En mars 2018, il devient directeur général adjoint de SUEZ, en charge des régions Afrique, Moyen-Orient, Inde, Asie et Pacifique. Et le 20 décembre 2018, il est nommé directeur général de Suez, afin d’assurer la succession de Jean-Louis Chaussade. Il est entré en fonction le 14 mai dernier.
Ce petit rappel biographique est important car il montre à quel point Bertrand Camus connaît tout de Suez. De ses atouts, notamment en termes technologiques, De ses lourdeurs en termes d’intensité capitalistique. Et de sa difficulté à créer de la valeur. Puisque depuis son entrée en bourse il y a 8 ans, l’action Suez a perdu 8 % de sa valeur alors que dans le même temps le titre Veolia Environnement a presque triplé.
Le plan "Shaping Suez 2030" dévoilé ce matin par Bertrand Camus repose sur deux piliers principaux. Primo : la sélectivité. À l’international, cela passe par la volonté d’être davantage présent sur certains marchés cibles où les besoins en infrastructures environnementales sont en forte croissance. Avec pour but que les marchés hors France représentent à terme 60 % du chiffre d’affaires. Cette sélectivité vise aussi à travailler davantage aux côtés de clients industriels plutôt que pour les collectivités. Ceux-ci devront représenter 50 % de l’activité de Suez à terme. Enfin Suez veut développer ses technologies propriétaires par l’innovation. Un exemple : la gestion de la qualité de l’air et l’agriculture intelligente. Des métiers peu consommateurs de capitaux et à fort potentiel de développement.
La volonté de Bertrand Camus est claire. Pour créer enfin de la valeur, il faut être moins "capital intensive", d’où un changement complet dans la nature des dépenses, et la rotation du portefeuille. Ce qui signifie des ventes d’activités qui représentent actuellement 15 à 20 % des capitaux employés et qui ne sont pas assez rentables. Secundo : le plan stratégique de Suez parie sur la simplicité. Par l’optimisation des processus industriels, par l’accélération de l’innovation, par une organisation simplifiée et plus efficiente et surtout par la mise en place d’un plan d’économies à hauteur de 1 milliard d’euros d’ici 2023.
Dès 2021 cela pourrait se traduire par un bénéfice par action récurrent de 0,80 euro, alors que les estimations des analystes pour 2020 sont actuellement de 0,60 euro, par un free cash-flow de 500 millions d’euros et par une dette nette ramenée en dessous de 3 fois l’Ebitda. En revanche rien n’a été annoncé concernant le dividende. Ce qui semble avoir déplu au marché, puisque l’action Suez perd plus de 4 % et sa capitalisation a été réduite de 360 millions d’euros en quelques heures. Il semble que beaucoup d’analystes espéraient surtout voir citées les cessions d’actifs envisagées par Bertrand Camus. Mais il est normal que lorsque l’on est vendeur, on ne le crie pas sur les toits, si l’on veut obtenir le meilleur prix. C’est dire si le jugement de la Bourse nous paraît bien sévère pour un plan pourtant clair, même s’il est peu détaillé. Et qui vise à faire de Suez un groupe agile et non plus un géant aux pieds d’argile.
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