Présidence de Suez : une trêve d'un an
La liste de noms entendus comme potentiels successeurs de Gérard Mestrallet à la présidence de Suez commençait à être bien longue. Bien sûr, l’actuel directeur général du groupe, Jean-Louis Chaussade - dont le départ à ce poste opérationnel est prévu pour mai - était en lice. C’est d’ailleurs lui qui a remporté la manche en étant nommé hier président à compter de mai et ce pour un an.
"Je quitterai la direction générale d’un groupe armé pour l’avenir ; en 15 ans, Suez a connu de très importantes transformations, telles la mutation de ses métiers, le doublement de la présence à l’international, la croissance significative du chiffre d’affaires, le passage à la marque unique et la transformation digitale", a commenté Jean-Louis Chaussade.
Ce dernier va ainsi assurer une période de transition. "Sous la présidence de Jean-Louis Chaussade, le conseil d’administration va contribuer au succès de cette année très importante pour Suez, et apporter au nouveau directeur général le soutien nécessaire", fait valoir le communiqué publié hier. Le futur DG, Bernard Camus, est très loyal envers Jean-Louis Chaussade, qui l’a poussé pour prendre sa suite. Le directeur général sortant est aussi un proche de Gérard Mestrallet qui, atteint par la limite d’âge, poussait pour que celui qui est aux commandes depuis 12 ans prenne sa suite.
Il est parfois déconseillé que le DG devienne président, cette succession de postes pouvant empêcher les changements de stratégie. Mais la (courte) période d’un an finalement actée, couplée à l’entente entre Bertrand Camus et Jean-Louis Chaussade ainsi que les bons résultats de Suez, font figure de contre-arguments. "Je sais qu’il (Bertrand Camus) saura mener les transformations nécessaires à un rythme soutenu : il a le goût de la conquête et l’audace d’entreprendre", a d’ailleurs estimé Jean-Louis Chaussade.
Cette solution intermédiaire permet de refermer pour quelques mois le dossier. Et celui-ci n’a pas été une mince affaire. Dans un premier temps, Engie - actionnaire de Suez - aurait souhaité conserver sa place. Les noms d’Isabelle Kocher et de Jean-Pierre Clamadieu circulaient comme possibles candidats à la présidence de Suez. Puis, c’est Pierre Mongin (secrétaire général en charge des BU Afrique, Benelux, France Renouvelables, France Réseaux et France BtoC et de la coordination de la sûreté nucléaire d’Engie) qui aurait été poussé par Engie, avant que le groupe ne se décide à vouloir un candidat extérieur.
Une option toujours envisagée pour la suite, même si une autre hypothèse - comme le regroupement des fonctions de président et de directeur général - ne serait pas totalement à exclure. Cet appel à des candidats extérieurs a engendré diverses hypothèses. Guillaume Pepy (candidat d'Isabelle Khocher) a été écarté lors du dernier round. L’homme, qui quittera la SNCF en 2020, aurait bien aimé le siège. Le nom d’Anne-Marie Idrac - qui avait pris la présidence d’Air France-KLM par intérim après le départ de Jean-Marc Janaillac - était envisagé mais aurait pu buter sur une question d'âge. Cette ancienne de la SNCF et de la RATP n’est pas complètement extérieure au groupe puisqu’elle y est conseillère.
Par ailleurs, les administrateurs Valérie Bernis et Lorenz d’Este, dont le mandat arrive à échéance, ne souhaitent pas resigner. Le board va proposer à l'assemblée générale de renouveler trois administrateurs, Isabelle Kocher, Anne Lauvergeon et Nicolas Bazire. Il va également proposer la nomination de Martha J. Crawford en qualité d’administratrice indépendante. Si l’ensemble de ces propositions, ainsi que la nomination de Bertrand Camus en qualité d’administrateur, est adopté, le conseil sera composé de 50 % de membres indépendants et de 42 % de femmes.
Le conseil veut également que les présidents des comités soient tous à l’avenir des administrateurs indépendants. Les administrateurs qui perdent leur qualité d’indépendant en cours de mandat se sont engagés à démissionner au moment où ils perdront cette qualité. Ce principe s’appliquera en 2020 à Nicolas Bazire et Guillaume Pepy, qui seront administrateurs depuis plus de 12 ans à cette date. Le conseil a enfin décidé qu'Anne Lauvergeon présiderait le comité d'audit ; les nominations, la gouvernance et les rémunérations seront chapeautées par Guillaume Pepy, la stratégie par Miriem Bensalah Chaqroun et l'éthique et le développement durable par Delphine Ernotte Cunci. A noter qu'un administrateur ayant des fonctions exécutives au sein d’Engie sera membre de chacun de ces comités.
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