Fusions, Acquisitions / Monsanto / Bayer / Pepsi
Fusions, Acquisitions
Monsanto / Bayer / Pepsi
M&A : les bonnes et les mauvaises raisons de se marier
Les tensions commerciales ne réfrènent pas - encore - les ardeurs des corporates américains, et ce lundi, c’est Pepsi qui sous la houlette de son nouveau CEO, a annoncé le rachat de SodaStream, un fabricant d’appareils pour gazéifier son eau, pour 3,2 milliards de dollars. Pour Ramon Laguarta, le nouvel homme fort du géant américain de boissons, cette opération est symbolique de sa volonté de pousser les feux sur les produits plus sains et équilibrés, alors que les ventes de sodas patinent. Sa prédécesseur, Indra Nooyi, avait déjà procédé à des acquisitions transformantes dans le hummus ou le kombucha, une sorte de thé fermenté, mais aux résultats inégaux.
Quoi qu’il en soit, cette opération démontre la proactivité des grandes entreprises américaines, qui prennent appui sur un marché liquide et encore peu cher pour financer leurs deals, et notamment des opérations de plus en plus ambitieuses. Selon Bloomberg, 14 opérations cross-border de plus de 10 milliards de dollars ont déjà été annoncées au premier semestre pour 315 milliards de dollars, soit plus que sur l’ensemble de 2017 ! Le plus gros deal de ce début d’année a été le rachat du Britannique Shire par le Japonais Takeda Pharmaceuticals dans la santé pour 80,2 milliards de dollars.
Ces grandes manœuvres ne sont certes pas sans risque dans un environnement de guerre commerciale, où le politique influe largement sur les destinées des M&A. L’Américain Qualcomm en a fait les frais, car même si l’administration Trump a repoussé les avances de Broadcom à son égard, il a dû renoncer à l’acquisition de NXP Semiconductors en raison de l’opposition des autorités chinoises. En interne en revanche, les velléités protectionnistes de l’exécutif ont été douchées : la justice a approuvé la fusion entre AT&T et Time Warner dans les médias, entraînant de nouveaux jeux de Meccano entre Comcast, Disney et le Britannique Sky.
Mais un autre risque est largement méjugé dans nombre de fusions-acquisitions, et peut compromettre toute l’opportunité d’un deal : le risque légal. L’Allemand Bayer en a fait l’expérience violente la semaine dernière, à l’aube de son rapprochement effectif à 63 milliards de dollars avec le chimiste Monsanto. La cible a été à la même occasion condamnée à payer près de 290 millions de dollars à un jardinier américain atteint d’un cancer qu’il attribue au glyphosate, produit phare utilisé par la firme, ce qui a fait perdre 10 milliards d’euros à Bayer en une seule séance en Bourse, soit 16% du prix de la cible ! Les ennuis ne semblent que commencer, car le groupe fait face à des dizaines de poursuites judiciaires sur les mêmes fondements, et la Cour Suprême de Californie a déjà refusé son appel pour retirer son produit de la liste des produits cancérigènes.
Pour Bayer, cette opération à peine entamée est déjà l’une des plus destructrices de valeur de l’histoire. Le groupe a dû revoir à la baisse les synergies estimées à 1,5 milliard de dollars en raison des obligations de cession par les autorités antitrust, et doit en outre désormais provisionner des montants colossaux pour ces démêlés légaux.
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