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Macron se prépare à s’expliquer
par Yves de Kerdrel

Face à la déception créée par la présentation budgétaire, l’absence de résultats et la baisse de sa popularité, le Chef de l’État, dont la popularité continue de dévisser, pourrait prendre la parole devant les Français d’ici quelques jours.
30/09/2018 - 06:58 Temps Lecture 16 mn.

La chute continue pour Emmanuel Macron. La cote de popularité du Chef de l'État a atteint 32 % d'opinion positive en septembre, une baisse de deux points par rapport à août, selon un sondage BVA pour RTL, Orange et La Tribune. Les mauvaises opinions à son égard sont en revanche en hausse d'un point, s'établissant à 67 %. Le Premier ministre Édouard Philippe ne fait guère mieux, même s'il progresse d'un point, avec 39 % d'opinion positive. Seul point positif pour l'exécutif, 40 % des Français disent attendre encore les résultats de la politique menée par le gouvernement, ce qui pourrait leur laisser l'occasion de remonter la pente. Ce sondage s’inscrit dans la ligne de celui de dimanche dernier par le Journal du Dimanche et par un autre, très négatif, dont la publication est attendue en ce début de semaine.

Ce n’est pas la prestation d’Édouard Philippe, lors de l’Émission Politique de France 2 jeudi soir dernier qui va contribuer à redorer l’image de l’exécutif. D’une part le Premier ministre s’est montré assez ennuyeux. D’autre part, l’émission a été très peu regardée avec 11 % de part de marché et un peu plus de 2 millions de téléspectateurs. Selon les informations de WanSquare, Emmanuel Macron pourrait donc prochainement sortir de son silence, poussé en cela par sa nouvelle équipe de communication. Personne ne sait quelle forme pourrait prendre un tel exercice. Sans doute une interview télévisée. Mais pas avant le 4 octobre, journée qu’il va consacrer à la commémoration des soixante ans de la constitution de la cinquième République. En se rendant d’abord sur la tombe du Général de Gaulle, pour la première fois de son mandat, à Colombey-les-Deux-Églises, puis à une réception au Conseil Constitutionnel.

Déception des chefs d’entreprise

Le problème du Chef de l’État est qu’il voit s’accumuler les informations très négatives concernant son exercice du pouvoir. On l’a vu avec l’affaire Benalla qui a encore connu un rebondissement avec la photo où l’intéressé pose avec une arme qu’il n’a pas le droit de détenir à cette date-là. On l’a vu avec les propos amers et désenchantés de Gérard Collomb. On le voit tous les jours à l’Assemblée avec les commentaires "off" mais plutôt offensifs des députés La République En Marche. On l’a vu surtout avec les commentaires majoritairement négatifs suscités par la présentation de la Loi de Finances.

Bien sûr c’est Bruno Le Maire et Gérald Darmanin qui sont apparus en première ligne sur ce projet de budget. Mais l’absence de vision politique, la multiplication des petites taxes, notamment sur le carburant qui vont brider le pouvoir d’achat des Français, et la dégradation de la plupart des ratios macro-économiques avec une dette plus élevée que prévu et un déficit budgétaire qui tutoie les 100 milliards d’euros ont beaucoup déçu les Français qui, jusqu’ici, lui accordaient le bénéfice du doute surtout en ce qui concerne la gestion du pays. Si bien que 68 % des chefs d’entreprise sont désormais déçus par l’action du locataire de l’Élysée alors qu’il y a un an, ils étaient le même nombre à croire en lui.

L’un des problèmes majeurs d’Emmanuel Macron est qu’il n’a aujourd’hui plus rien à annoncer aux français, à l’exception de la réforme des retraites, qui sera sans doute très douloureuse. Et que les résultats des réformes déjà mises en œuvre tardent à se manifester. A cela s’ajoute un problème de cohérence que souligne très justement François Bayrou. Et si le Chef de l’État vient à s’exprimer devant les français, c’est en tenant compte des reproches du Président du Modem qui répète inlassablement que le tort d’Emmanuel Macron est d’avoir coupé le fil entre son action et ce qu’attendent les français.

La lassitude d’Edouard Philippe

Par ailleurs, il ne se passe plus une semaine où son expression publique, mais non encadrée dans le schéma de la communication politique, laisse la place à une certaine arrogance ou du moins à un éloignement du quotidien des français. Il y a eu la fameuse scène avec l’horticulteur au chômage dans les jardins de l’Élysée, la phrase sur les gaulois réfractaires au changement, sa nomination comme champion de la terre à New York. Autant de petits signes qui déplaisent à ses propres électeurs. Alors qu’il se présentait comme un Président qui allait changer la manière de faire de la politique. Sur un sujet moins médiatique, la révélation par le Canard Enchaîné de cette semaine, que le Président a rayé de sa main les trois noms susceptibles de prendre la suite de François Molins, à la tête du Parquet général de Paris en dit long sur le retour du très vieux monde.

Tout ce climat ne profite pas pour autant à l’Opposition gouvernementale. La prestation de Laurent Wauquiez, jeudi soir, face à Édouard Philippe est là pour en témoigner. Ce sont les extrêmes qui se nourrissent de la paupérisation de la classe moyenne et de l’abandon des territoires. D’où la très forte probabilité pour que la liste Rassemblement National arrive en tête lors de prochaines élections européennes. Et cela, en dépit d’un très bon score que Nicolas Dupont-Aignan est en mesure de réaliser. Si La République En Marche passe en-dessous du seuil des 20 %, voire de 18 %, on voit mal comment Emmanuel Macron pourrait ne pas tenir compte de ce message. D’où, sans doute, le message de lassitude exprimé jeudi soir par Édouard Philippe.

Une dette désormais insoutenable

En début de semaine Valérie Pécresse a réuni quelques membres de son mouvement Libres pour un colloque sur les finances publiques, en présence de Nicolas Baverez et d’Agnès Verdier-Molinié. Mais plus surprenante était la présence du directeur général du Medef, Michel Guilbaud, ex-directeur de cabinet d’Hervé Novelli et de Jean-François Copé, qui semble chercher un point d’amarrage au sein d’une opposition où ne surnagent que deux figures : celle de Valérie Pécresse et celle de Xavier Bertrand.

Au chapitre économique, on note toute une série de statistiques concernant l’économie française. A commencer par la dette publique - au sens de Maastricht - qui a augmenté de 5,2 milliards d'euros au deuxième trimestre pour s'inscrire à 2.299,8 milliards d'euros, selon les données publiées vendredi par l'Insee. Elle représente l'équivalent de 99,0 % du produit intérieur brut (PIB), un ratio en baisse de 0,3 point par rapport à fin mars. Le montant publié initialement pour le premier trimestre, 2.255,3 milliards d'euros, soit l'équivalent alors de 97,6 % du PIB, a été corrigé pour tenir compte de la décision de l'Insee d'intégrer à la dette publique celle de SNCF Réseau, pour 39,4 milliards d'euros, à partir de 2016. La dette de l'État a, à elle seule, progressé de 19,5 milliards d'euros sur le deuxième trimestre pour s'élever à 1.828,4 milliards au 30 juin, précise l'Insee.

Craintes européennes sur l’Italie

Outre la dette de l'État, la dette publique au sens de Maastricht inclut celles des administrations de sécurité sociale (211,9 milliards fin juin, soit une baisse de 11,7 milliards sur le trimestre), des administrations publiques locales (199,4 milliards, en retrait de 0,7 milliard) et des organismes divers d'administration centrale (60,1 milliards, en baisse de 2,0 milliards). La dette nette des administrations publiques s'élevait à 2.085,0 milliards d'euros fin juin, soit 89,7% du PIB contre 80,6% au trimestre précédent, en hausse de 14,4 milliards d'euros sur trois mois, indique encore l'Insee.

S’agissant des questions budgétaires la grande crainte du moment concerne l’Italie. L'accord trouvé par le gouvernement italien sur des objectifs budgétaires intégrant un déficit trois plus fois plus important que la trajectoire fixée par le précédent exécutif a placé l'Italie en porte à faux avec la Commission européenne et provoqué l'inquiétude des marchés financiers, qui redoutent de nouvelles tensions sur la dette publique. La coalition formée par le Mouvement 5 Étoiles et la Ligue a forcé la main de son ministre de l'Économie, Giovanni Tria, dont les appels à la prudence budgétaire avaient rassuré les marchés, en s'entendant jeudi soir sur un objectif de déficit de 2,4% du produit intérieur brut dans son projet de budget pour 2019 et les deux années suivantes.

Inquiétudes sur la dette italienne

Cet accord reste dans la limite du plafond de 3,0 % fixé par les règles européennes, mais le gouvernement précédent dirigé par le Parti démocrate (centre gauche) s'était engagé sur une réduction significative du déficit pour contenir sa dette élevée. L'Italie est, des principales économies européennes, le pays le plus lourdement endetté, à hauteur de 130 % de son PIB. Sur un plan politique, l'accord fragilise Giovanni Tria. Dans les semaines de tension qui ont précédé cet accord, cet universitaire sans affiliation partisane avait prôné un objectif de 1,6 %. Ses déclarations avaient rassuré les marchés financiers. Le Président de la République italienne, Sergio Mattarella, l'a appelé jeudi pour lui demander ne pas démissionner, rapportent plusieurs quotidiens italiens.

L'accord trouvé jeudi soir, dégageant la voie à la première loi de finances de la coalition au pouvoir depuis le mois de juin, vise à financer les principales promesses de campagne. A commencer par le revenu de citoyenneté et la révision de la réforme de 2011 sur les retraites, révision qui permettrait aux Italiens de faire valoir plus tôt leurs droits à la retraite, marqueurs du M5S, et les baisses d'impôts promises par la Ligue. A l'ouverture des marchés européens, vendredi matin, les rendements des emprunts de l'État italien - les taux auxquels l'Italie se finance - étaient en forte hausse et la Bourse de Milan a cédé du terrain en début de séance.

Carrefour a bien approché Casino

A Bruxelles, un porte-parole de la Commission européenne s'est gardé de commenter la situation italienne, se bornant à indiquer que l'exécutif européen étudierait les projets budgétaires de tous les pays de la zone euro, Italie comprise, dans les semaines qui suivront leur présentation formelle, fixée au 15 octobre. Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, a critiqué pour sa part ce choix d'un budget hors des clous et appelé le gouvernement italien à donner la priorité à la réduction de la dette publique, qu'il a qualifiée d'explosive. De son côté, sur Facebook, le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a écrit que cet accord est raisonnable et courageux et garantira une croissance économique plus robuste et un progrès social pour notre pays.

Côté business la semaine a débuté par les rumeurs d’un éventuel rapprochement entre Carrefour et Casino. Rumeurs qui ont donné lieu à un une guerre de communiqués entre les deux groupes, Carrefour démentant tout projet hostile vis-à-vis de Casino. En fait tout montre qu’il y a bien eu des discussions avancées entre les deux groupes, initiées par Alain Minc. Discussions qui auraient pu avoir un effet positif sur les cours de bourse de Casino et de Carrefour. Mais les malentendus et les ambiguïtés concernant cette affaire ont neutralisé son impact auprès des investisseurs. Malgré tout les ventes à découvert sur Casino ont commencé à refluer à hauteur de 1,2 % du capital, en l'espace d'une semaine, sont les données de Markit.

Poursuite de la guérilla Arnault-Pinault

Le feuilleton Covéa-Scor s’est poursuivi cette semaine avec l’annonce par Thierry Derez, le patron du groupe mutualiste de son retrait temporaire du conseil d’administration de Scor. Alors que ce même conseil, par la voix d’Augustin de Romanet, l’administrateur référent de Scor, continue de demander la démission de Thierry Derez. Toujours-est-il que son projet d’OPA hostile à 43 euros déposé le 24 août dernier va vite se trouver obsolète après la forte hausse du titre Scor dans le sillage de présentations faites aux investisseurs français ou britanniques. Tous ont compris que la valeur intrinsèque de Scor était plus proche de 50 à 52 euros que du prix proposé par le groupe mutualiste.

Enfin à noter la reprise de la guerre Arnault-Pinault dans le luxe en pleine fashion week. La semaine passée Artémis annonçait le rachat de Courrèges, maison très largement déficitaire. Cette semaine c’est LVMH qui a annoncé le rachat de la prestigieuse marque Jean Patou, bien connue en haute couture et en parfumerie. En fait cette opération a eu lieu en septembre 2017, puisque l’entreprise est présidée par Sydney Toledano depuis cette date et domiciliée rue Jean Goujon dans les locaux de LVMH.

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