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Yves de Kerdrel
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Quel remaniement gouvernemental pour un président aussi affaibli ?
par Yves de Kerdrel
Dire qu’Emmanuel Macron comptait à la fois sur son intervention dans le Journal du Dimanche de la semaine dernière et sur son déplacement à Saint-Martin pour effacer la rentrée ratée et tenter d’infléchir sa communication désastreuse. La photo dramatique du président posant avec un ex-braqueur et d’un autre antillais lui faisant un "doigt d’honneur" a eu un effet désastreux sur son image. Tant à l’international où elle a fait, hélas le tour du monde, qu’en France. Surtout après s’être trouvé dans une position beaucoup plus distante et donneuse de leçons avec un jeune horticulteur, lors des journées du Patrimoine. Quand on apprend en plus que cette photo a été mise en scène et largement posée pour sa photographe officielle, on peut s’interroger sur les effets des récents changements intervenus au sein de son équipe de communication.
Dimanche dernier, Emmanuel Macron annonce donc que tout continue comme avant et qu’aucun sondage ne l’empêchera de mener les réformes qu’il souhaite faire. Mais dés le lendemain, Gérard Collomb, qui est bien plus rusé que ce que certains veulent faire croire, annonce qu’il souhaite partir immédiatement. Démission refusée. Ce qui est aussitôt communiqué à son officier traitant au Figaro, l’excellent journaliste Jean-Marc Leclerc. Le lendemain, il impose malgré tout sa démission au Chef de l’État et l’officialise par une interview accordée à ce même journaliste en présence du maire démissionnaire de Lyon. Ce qui témoigne de la faiblesse du Président de la République dont les pouvoirs constitutionnels comprennent le refus de démission d’un membre du gouvernement et qui s’est fait tordre le bras, un mois après avoir appris par la radio la démission de Nicolas Hulot.
Les sondages baissent encore
Il n’est pas question ici de "tirer sur une ambulance". Mais faut-il que la presse soit encore aveuglée par l’aventure Macron pour rester aussi modérée face à cette séquence inédite sous la cinquième République dont on vient de fêter le soixantenaire ! Qu’aurait-on dit si cela était arrivé à Nicolas Sarkozy ou à François Hollande. Même ce dernier, alors qu’il était entouré du simple Jean-Marc Ayrault pendant les deux premières années de son mandat n’a pas été humilié à ce point. A part l’épisode de la petite Leonarda. On comprend dans ces conditions que les sondages continuent de dégringoler, mais désormais autant sur le plan qualitatif que quantitatif.
En ce qui concerne le stade quantitatif le sondage Kantar Sofres du Figaro Magazine est implacable et confirme la tendance baissière de ces dernières semaines (-3 points) avec un niveau qui le place à 7 points seulement de François Hollande, recordman de l'impopularité au bout de dix-sept mois de mandat ! Cela signifie que 67 % de français ne font plus confiance au chef de l’État après dix-sept mois de mandat. Édouard Philippe s’en sort tout juste un peu mieux avec 31 d’opinions favorables et seulement 61 % de français qui ne lui font plus confiance.
Sur le plan qualitatif que les politiques et les spin-doctors regardent de très près, la situation est dramatique selon un sondage Elabe pour BFMTV réalisé mardi et mercredi. Les sondés estiment que le chef de l’État est autoritaire (79 %) et arrogant (71 %). Moins d’un sondé sur deux juge qu’Emmanuel Macron respecte ses engagements (47 %) et qu’il est capable de réformer la France (44 %). Enfin, ils ne sont que 42 % à le trouver sympathique. Sur ces trois aspects, la côte d’Emmanuel Macron est en baisse (respectivement de 3, 9 et 10 points). Enfin, le sondage révèle que seulement 38 % des sondés estiment que le président est honnête. Et ils ne sont que 34 % à penser qu’il obtient des résultats.
L’hypothèse Delanoë pour Beauvau
On comprend, dans ces conditions, que personne ne se batte pour rentrer au gouvernement ou pour prendre la place de Gérard Collomb. A part ce pauvre Gérald Darmanin qui a annulé un déplacement à la Réunion ce week-end afin d’être certain d’être à Paris pour emménager Place Beauvau. Mais Emmanuel Macron ne veut naturellement pas confier l’Intérieur à une personnalité venant de la droite. Même si Édouard Philippe n’a pas cessé d’appuyer sa candidature. Jean-Yves Le Drian, qui était une très bonne situation d’apaisement et de sérieux a refusé jusqu’à présent, préférant rester au Quai d’Orsay. Frédéric Péchenard, dont le nom a été beaucoup cité et qui était poussé par son ami Nicolas Sarkozy, n’avait toujours pas reçu d’appel jusqu’à hier soir.
Il reste donc le nom de Christophe Castaner, déjà surnommé le "Vice-Président", mais qui obligerait à un jeu de chaises musicales. Celui de François Molins, qui va quitter ses fonctions à la tête du parquet parisien. Mais tout le monde sait que les magistrats et les policiers ne font pas toujours bon ménage. Et un nom est revenu en force ces dernières heures : celui de Bertrand Delanoë, qui est à Paris alors qu’à cette époque-ci il est habituellement dans sa maison de Bizerte. Un homme est à l’origine de cela. C’est l’un des rares visiteurs du soir du Chef de l’État. Son nom est Philippe Grangeon. Agé de 61 ans, il a été un proche collaborateur de Dominique Strauss-Kahn et Christian Sautter, alors ministres de l'économie du gouvernement de Lionel Jospin avant de rejoindre l'équipe de Bertrand Delanoë en vue de la préparation des élections municipales de 2001. Dés la fin de l'année 2015, il a fait partie de l'équipe qui a préparé le lancement de la candidature d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie.
Une annonce demain soir ou mardi
Ce n’est donc que lundi soir ou mardi dans la journée que l’on devrait connaître le nom du nouveau locataire de la Place Beauvau, afin qu’Édouard Philippe puisse mettre fin à son intérim. Reste la question de savoir si d’autres changements auront lieu, notamment concernant un certain nombre de maillons faibles comme Olivier Dussopt, Françoise Nyssen, Jacques Mézard, ou la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, qui multiplie les gaffes. Mais le principal problème auquel se heurte Emmanuel Macron, c’est de trouver des candidats à la fois solides et irréprochables. Il y a bien quelques députés La République en Marche qui seraient candidats à un portefeuille. Mais sans avoir l’expertise et le sens politique nécessaires.
Au chapitre économique, c’est l’Italie qui fait figure de préoccupation numéro un pour les marchés, notamment européens. Le projet de budget triennal de l'Italie prévoit une croissance de 1,5% en 2019, de 1,6% en 2020 et de 1,4% en 2021, a déclaré le ministre de l'Économie Giovanni Tria dans une lettre adressée jeudi à la Commission européenne. Le projet, qui table sur un déficit budgétaire de 2,4% du produit intérieur brut l'an prochain, soit trois fois l'objectif fixé par le précédent gouvernement, a d'ores et déjà suscité des critiques à Bruxelles. Dans la lettre, le ministre demande à l'exécutif européen de prendre en compte les raisons sérieuses qui ont fondé la stratégie de croissance du gouvernement et dit espérer un dialogue ouvert et constructif.
La préoccupation italienne
L'Italie réduira son déficit budgétaire à partir de 2020 et le poids de sa dette diminuera sur les trois prochaines années, a, par ailleurs, déclaré mercredi le président du Conseil, Giuseppe Conte, apaisant ainsi en partie les craintes d'une nouvelle dégradation des finances publiques de la troisième économie de la zone euro. S'exprimant devant la presse à l'issue d'une réunion ministérielle, Giuseppe Conte a assuré que le programme de relance budgétaire n'était pas remis en cause tout en promettant que les dépenses publiques resteraient maîtrisées.
Le chef du gouvernement a confirmé prévoir un déficit de 2,4% du produit intérieur brut (PIB) l'année prochaine mais il a précisé que ce ratio serait ramené à 2,1% en 2020 et 1,8% en 2021. Il a ajouté que le ratio dette publique/PIB repasserait sous 130% l'an prochain et qu'il serait ramené à 126,5% d'ici 2021. La dette italienne représente aujourd'hui 131% du produit intérieur brut, ce qui en fait la deuxième d'Europe rapportée à la taille de l'économie derrière celle de la Grèce. Le rendement de la dette italienne à dix ans, qui avait dépassé 3,43% mardi, au plus haut depuis 2014, était encore proche de 3,40 % vendredi, contre 0,75 % pour la dette française.
A noter par ailleurs que les créations d'emploi aux Etats-Unis ont considérablement ralenti en septembre, probablement en raison de l'impact du passage de la tempête tropicale Florence sur l'activité des secteurs de la distribution et de la restauration, mais le taux de chômage a reculé à 3,7%, son plus bas niveau en près de 49 ans, ce qui traduit une poursuite des tensions sur le marché du travail. Le rapport sur l'emploi publié vendredi par le département du Travail montre aussi une hausse de 0,3% du salaire horaire moyen sur un mois, suggérant des pressions inflationnistes modérées, susceptibles d'apaiser les craintes de surchauffe de l'économie américaine et de conforter la Réserve fédérale (Fed) dans sa volonté de relever progressivement ses taux directeurs. Le dollar s'est orienté à la baisse après la parution du rapport sur l'emploi et les rendements des Treasuries ont réduit leur progression.
Dans l’attente de LVMH
Coté business, Casino semble avoir réussi à bien desserrer l’étau placé par les vendeurs à découvert. L’annonce de la cession de murs certains Monoprix en début de semaine a amené de nouveaux fonds vautours ou hedge-funds à se racheter. Par ailleurs Jean-Charles Naouri qui cultive une certaine discrétion dans les médias est sorti cette semaine de sa réserve, avec un message convaincant pour les investisseurs, qui valide le rebond de 36 % du titre Casino sur un mois. Il reste que le marché du titre Casino n’étant pas très liquide, il faudra sans doute plusieurs semaines aux vendeurs à découvert pour déboucler leurs positions.
C’est mardi que LVMH publiera son chiffre d’affaires pour le troisième trimestre. Tout porte à croire que le leader mondial des produits de prestige va annoncer une performance meilleure que prévu. Plusieurs analystes financiers ont récemment relevé leur objectif de cours. Ce qui n’a pas cependant pas empêché le titre de reculer de près de 6 % sur la semaine, permettant ainsi à Total de regagner la première place au classement des plus importantes capitalisations boursières de la Place de Paris.
Courbit à l’affut d’Endemol
Selon les informations de WanSquare, Stéphane Courbit, fondateur du groupe français de télévision Banijay, étudierait l'opportunité de faire une offre sur le producteur néerlandais Endemol Shine. Le magazine spécialisé Variety avait auparavant rapporté que le groupe français de télévision était en discussions avancées pour acquérir la société de production à l'origine des programmes "Big Brother" ("Loft Story" en France), "MasterChef" ou encore "Black Mirror" et "The Fall". La mise en vente du producteur de populaires programmes de téléréalité par ses actionnaires, le fonds de capital-investissement Apollo et Twenty-First Century Fox, a suscité l'intérêt de plusieurs acteurs du secteur.
Une source bancaire affirme que les vendeurs aimeraient retirer entre 2,5 à 3 milliards d'euros de la vente, pour laquelle ils ont mandaté Deutsche Bank et LionTree comme conseils. Ces dernières semaines toutefois, plusieurs ont jeté l'éponge, à l'image du diffuseur britannique ITV qui a fait savoir mercredi qu'il ne ferait pas d'offre. RTL avait déclaré fin août ne plus être intéressé par l'opération. Selon une autre source, Liberty Global, un temps présenté comme intéressé, est également hors du jeu.
Banijay est contrôlé par la holding de Stéphane Courbit, Lov Group, et par DEA Communications du groupe Agostini. Le groupe de médias Vivendi détient une participation de 31,4% dans la société après son entrée au capital en 2016. Présent dans 17 pays, Banijay, qui réalise un chiffre d'affaires de 900 millions d'euros, est un producteur et un distributeur indépendant de premier plan en Europe. Un rachat d'Endemol, présent dans une vingtaine de pays et dont le chiffre d'affaires a atteint 1,84 milliard d'euros en 2017, ferait entrer le groupe dans une autre dimension. Son actionnaire Vivendi, qui dispose d'importants moyens financiers, a plusieurs fois exprimé sa volonté de se développer à l'international et dans la production de contenus.
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