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Macron menacé par Bayrou
par Yves de Kerdrel

A l’heure où paraît cet éditorial le nouveau gouvernement n’est toujours pas formé, alors que Gérard Collomb a démissionné il y a douze jours. Le Chef de l’état compte sur sa nouvelle équipe pour rebondir et expliquera son projet aux français le 20 octobre sur l’antenne de RTL.
14/10/2018 - 06:58 Temps Lecture 17 mn.

C’est sans doute la semaine la plus étrange qu’a connue la Cinquième République depuis son avènement le 4 octobre 1958. Le Président de la République et le Premier ministre ne sont pas arrivés à se mettre d’accord au bout d’une semaine de tractations sur la nouvelle équipe gouvernementale ou simplement les ajustements de postes. La seule certitude c’est qu’Édouard Philippe a tordu le bras d’Emmanuel Macron en obtenant de ne pas avoir à remettre sa démission, et donc à ne pas refaire de déclaration de politique générale après la constitution du gouvernement. Après quoi mercredi le conseil des ministres s’est réuni "au complet" comme l’a fait savoir l’Élysée mais avec trois ou quatre ministres en sursis et toujours pas de ministre de l’Intérieur. Et mercredi après-midi, le Chef de l’État a quitté la France pour le sommet de la francophonie en Arménie avant de ne rentrer que vendredi soir et de filer diner à la Rotonde.

Pendant ce temps les tractations ont bien évidemment continué. Menées par Édouard Philippe, son directeur de cabinet Benoit Ribadeau-Dumas et Alexis Köhler à l’Élysée. A cette heure il y a plusieurs certitudes : le départ de Stéphane Travert du ministère de l’Agriculture ainsi que de Jacques Mézard du ministère de la Cohésion des territoires (il était déjà absent mardi dernier de la séance des questions au gouvernement) et celui de Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’état auprès du ministre de l’Économie et des Finances, qu’Édouard Philippe a déjà prévenue en personne. Elle devrait retourner chez Saint-Gobain où elle occupait un poste prestigieux.

Un ministère pour Marc Fesneau

Du côté des arrivées on cite les noms de Didier Guillaume, membre du Parti Socialiste, comme ministre de l’Agriculture. C’est une belle prise pour Emmanuel Macron, si cette information est confirmée. Juliette Méadel, ancienne porte-parole du PS entrerait au gouvernement pour occuper un secrétaire d’état au service national universel. Par ailleurs, Marc Fesneau, le patron du groupe Modem à l’Assemblée qui est la révélation de ces dix-huit derniers mois devrait hériter d’un ministère important. De manière à calmer François Bayrou qui menace de rompre son alliance avec La République En Marche. Peut-être celui des relations avec le parlement. Surtout si Christophe Castaner obtient le ministère de l’Intérieur comme il en a été question. Dans ce cas il serait secondé par Frédéric Péchenard, es qualités de ministre délégué à la sécurité. Les deux hommes se sont vus cette semaine pour acter leurs domaines d'action respectifs. Par ailleurs Frédéric Péchenard, ancien patron de la police, et ami d'enfance de Nicolas Sarkozy, a reçu un avis favorable de ce dernier.

La tentative d’Édouard Philippe de faire rentrer davantage de personnalités de droite au gouvernement, avec l’aide de Jean-Pierre Raffarin et de Dominique Bussereau a beaucoup contrarié la macronie historique. Celle-ci, même si elle ne repose que sur quelques personnes, compte beaucoup pour le Chef de l’État. Et c’est ce qui plaide aujourd’hui pour que Christophe Castaner abandonne ses ambitions pour Marseille afin de rejoindre la Place Beauvau. Cela signifie que Gérald Darmanin qui se voyait à ce poste devra rester à Bercy. Il a été envisagé, à un moment, de lui confier un grand Bercy en déplaçant Bruno Le Maire au Quai d’Orsay et Jean-Yves Le Drian à l’Intérieur. Mais ce dernier a décliné car il est fatigué et que le poste de ministre de l’Intérieur est épuisant.

Philippe Grangeon va rejoindre l’Elysée

Emmanuel Macron va donc devoir trancher dans les heures qui viennent. Avec une possible annonce ce dimanche soir ou lundi matin par simple communiqué de presse. Le Chef de l’État, que ses proches ont senti déprimé avant son départ en Arménie, commence à comprendre que l’un de ses principaux problèmes s’appelle Alexis Köhler. D’un côté il a une confiance totale en lui. Mais il a compris que ce dernier l’enfermait. Et souvent dans des scénarios paranoïaques. Cela avait commencé avec l’affaire du Général de Villiers dont Köhler était à l’origine voulant éviter la reconstitution d’un axe Le Drian-Villiers. De fait Emmanuel Macron devrait annoncer d’ici peu que le communicant Philippe Grangeon rejoigne l’Élysée comme conseiller politique. C’est ce que nous laissions entendre la semaine passée.

Le principal sondage publié ces derniers jours a été réalisé par Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et France-Info. Une large majorité des Français déclare avoir davantage confiance en Édouard Philippe, le Premier ministre, qu’en Emmanuel Macron. Priés de dire qui, entre le Premier ministre et le Président de la République, vous donne le plus confiance, 55% des sondés répondent le premier, 29% le second et 16% ne se prononcent pas. Édouard Philippe arrive également en tête sur sa proximité avec les gens (51% contre 34%) et la compétence (49% contre 36%). S’il y a bien un domaine qui sourit encore à Emmanuel Macron, c’est l’autorité. Le président de la République devance le Premier ministre (59% contre 29%), tout comme sur le charisme (50%-36%) et la stature d'homme d'État (46%-41%).

Une intervention le 20 octobre à la radio

L’autre sondage intéressant a été publié par Paris Match jeudi dernier et réalisé par l’Ifop et Fiducial. Il montre que la popularité de Gérard Collomb a grimpé de huit points après son bras de fer avec Emmanuel Macron, sa démission et son retour à Lyon. Cela a découragé un bon nombre de personnalités politiques appelées par Édouard Philippe ou par l’Élysée à rejoindre le Gouvernement qui prend, de plus en plus, un air de Titanic. En outre l’ambiance à l’Élysée, qui n’était déjà pas fameuse, compte tenu de la guerre que se mènent le cabinet du Chef de l’État et celui de Brigitte Macron, n’a pas cessé de se détériorer, alimentée par ces hésitations et par les scories de l’affaire Benalla.

Selon les proches d’Emmanuel Macron, le Président de la République espère bénéficier d’un soubresaut positif dans les sondages, une fois sa nouvelle équipe constituée, une fois son explication donnée aux français – sans doute sur l’antenne de RTL le 20 octobre prochain – et une fois concrétisée la baisse de la taxe d’habitation et la seconde vague de baisses des cotisations chômage pour les salariés qui doivent intervenir en octobre. Malgré tout selon la plupart des experts, l’histoire politique récente, notamment sous Nicolas Sarkozy ou François Hollande montre que n'importe quel remaniement n’a que peu d’impact sur les sondages.

La prudence du FMI pour la France

Au chapitre économique, il faut retenir la mise à jour des prévisions économiques du FMI concernant la France, faite à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de l’Institution présidée par Christine Lagarde. Le Fonds monétaire international a revu à la baisse, à 1,6%, sa prévision de croissance pour la France en 2018 et 2019, dans ses dernières perspectives économiques mondiales publiées mardi. La guerre commerciale qui fait rage entre les États-Unis et la Chine est aussi une ombre au tableau de l'économie mondiale, a souligné le FMI en abaissant les perspectives de croissance pour 2018 et 2019.

Cette nouvelle prévision pour la France correspond à un tassement de respectivement 0,1 et 0,2 point de pourcentage par rapport à celle précédemment établie par le Fonds en juillet. Par rapport à la prévision d'avril, la baisse atteint même respectivement 0,5 et 0,4 point de pourcentage. Pour le FMI, qui s'aligne pour l'année en cours sur les prévisions de l'Insee, de l'OCDE et de la Banque de France, le ralentissement de la croissance reflète une demande extérieure plus modérée. Le mauvais chiffre du deuxième trimestre, avec seulement 0,2% de hausse du Produit intérieur brut, ainsi que les incertitudes internationales, sur fond de guerre commerciale sino-américaine, sont largement responsables de ces prévisions plus pessimistes.

Les craintes d’une guerre commerciale

Le Fonds accorde par ailleurs un satisfecit au gouvernement français pour les réformes déjà menées ou en cours. Le projet de la France de réduire ses dépenses (publiques) est une démarche à saluer, alors que le pays fait partie selon le FMI de ceux dans la zone euro qui doivent mettre à profit une croissance actuellement au-dessus de son potentiel de long terme pour se créer des marges de manœuvre fiscales. Le FMI félicite aussi le gouvernement français d'avoir fait des pas dans la bonne direction pour améliorer la flexibilité de son marché du travail et, plus récemment, pris des mesures législatives pour mieux mettre en adéquation les compétences de sa main d'oeuvre avec les besoins des entreprises.

Le FMI a aussi annoncé avoir abaissé ses prévisions de croissance mondiale pour 2018 et 2019, pointant du doigt la guerre commerciale qui fait rage entre les États-Unis et la Chine. Le FMI, qui souligne également les risques entourant la crise des devises de certains pays émergents, table désormais sur une croissance du produit intérieur brut mondial (PIB) de 3,7% pour ces deux années, soit 0,2 point de pourcentage de moins que lors de sa précédente prévision de juillet et dans son rapport de printemps. Pour les États-Unis et la Chine, les deux premières puissances économiques du monde qui se sont infligées mutuellement des taxes douanières sur des centaines de milliards de dollars de marchandises, l'institution de Washington maintient leur prévision d'expansion économique cette année à +2,9% et +6,6% respectivement mais les abaisse de 0,2 point pour l'année prochaine à +2,5% et +6,2%.

Secousses boursières sur le luxe

Coté marchés et business, un léger vent de panique a soufflé en milieu de semaine sur l’ensemble des bourses mondiales. Tant en Asie où la bourse de Shangai affiche maintenant une baisse de 21 % depuis le début de l’année qu’à New-York où ce sont les valeurs technologiques qui ont le plus souffert. Au cours de la seule journée de mercredi les GAFAN ont perdu quelques 172 milliards de dollars de valeur cumulée. Ce qui est équivalent à la capitalisation boursière de LVMH ou de Toyota et à la richesse annuelle d’un pays comme l’Algérie. En fait depuis le début du mois d’octobre les GAFAN ont vu leur valeur boursière chuter de plus de 300 milliards de dollars. Ce qui correspond à un recul moyen de l’ordre de 10 %.

A Paris les principales victimes de ce mouvement ont été les valeurs du Luxe. Au moment même où LVMH publiait un chiffre d’affaires exceptionnel pour les neuf premiers mois de l’année avec des perspectives très encourageantes pour l’ensemble de l’exercice. Notamment dans le secteurs mode et maroquinerie avec Vuitton, parfumerie avec Dior et montres et joaillerie. C’est l’imminence de la publication d’une étude de Morgan Stanley très défavorable au luxe à cause d’un éventuel effet de richesse négatif en Chine qui a provoqué de mouvement dont Kering a été la principale victime avec une chute de près de 10 % en une seule séance.

Les grandes manœuvres continuent

En matière de business l’actualité principale a été l’annonce de discussions officielles entre Natixis et Ingenico afin de créer une puissante fintech à l’échelle européenne. Tout le problème repose sur le modus operandi dans la mesure où Ingenico affiche une valeur boursière de 4 milliards d’euros. De fait, selon les informations de WanSquare, Natixis pourrait envisager de combiner sa branche de paiements à celle d’Ingenico en conservant une participation minoritaire. Bien sûr Natixis n'a jamais caché avoir placé au cœur de sa stratégie le développement de l'activité paiements, y compris en participant à la consolidation du secteur. Natixis a racheté l'an dernier Dalenys (ex-Rentabiliweb), la fintech fondée par Jean-Baptiste Descroix-Vernier.

A noter également un mouvement très intéressant dans la logistique. Puisque l'entreprise suisse de transport Ceva Logistics a annoncé jeudi avoir rejeté une offre non sollicitée de rachat de 1,34 milliard d'euros en estimant qu'elle la sous-évaluait. Ceva, dont le français CMA CGM est le premier actionnaire, n'a pas précisé l'identité du candidat proposant de le racheter au prix de 27,75 francs par action en numéraire, soit une prime de 50% sur le cours de clôture de mercredi, de 18,42 francs. Le danois DSV a par la suite déclaré avoir soumis une offre à 27,75 francs par action sur Ceva, rejetée par cette dernière. Le groupe français de transport maritime CMA CGM, qui possède environ un quart du capital de Ceva, a apporté son soutien à la décision du conseil d'administration de ne pas donner suite à cette offre non sollicitée.

CMA CGM a ajouté qu'il envisageait d'augmenter le niveau de sa participation au capital de Ceva afin de donner à l'entreprise toute la stabilité nécessaire à la réalisation de son plan de transformation. De fait en Suisse on pense que CMA CGM va rapidement porter sa participation à 33,3% et que les actionnaires pourraient demander la convocation d'une assemblée générale extraordinaire pour débattre du sujet. Mais le groupe marseillais n'a aucune intention de lancer une offre sur l'ensemble du capital de Ceva, où il occupe déjà deux des huit sièges au conseil d'administration. Si sa participation montait à 33,3%, CMA CGM serait néanmoins contraint de lancer une offre sur l'ensemble du capital du groupe suisse, en vertu du droit suisse.

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