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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Un gouvernement sans souffle
par Yves de Kerdrel

Après deux semaines d’atermoiements, de rumeurs et de refus, le remaniement gouvernemental a été communiqué en catimini. Avec bien sûr l’arrivée de Christophe Castaner à l’Intérieur. Mais le soir même, Emmanuel Macron n’a pas réussi à positiver sur cette nouvelle équipe, qui, d’emblée, manque de souffle.
21/10/2018 - 06:58 Temps Lecture 17 mn.

C’était un mini-retour à la quatrième république. Le seul départ de Gérard Collomb du Ministère de l’Intérieur, dans des conditions rocambolesques, a donné lieu à un remaniement qui aurait pu être annoncé au bout de 48 heures. Mais il aura finalement fallu deux semaines exactement pour que la liste des heureux élus soit rendue publique. Benoît Ribadeau-Dumas, le directeur de cabinet d’Edouard Philippe et ce dernier ont pourtant fait au mieux pour composer une nouvelle équipe sans maillon faible comme Stéphane Travert, Françoise Nyssen ou Jacques Mézard. Comme nous l’évoquions la semaine passée, c’est finalement François Bayrou qui a eu le dernier mot. Ce qui témoigne de la faiblesse dans laquelle se trouve le Chef de l’État.

La marque du patron du Modem se retrouve à trois niveaux dans ce remaniement. D’abord, la place importante donnée à Jacqueline Gourault sur la question des territoires, point faible d’Emmanuel Macron depuis un an et demi. Celle-ci est avec Marielle de Sarnez l’une des plus proches de François Bayrou. Il n’y a pas de journée où ils ne se parlent pas. Ensuite la nomination du jeune Marc Fesneau pour les relations avec le parlement. C’est donc lui qui va jouer le rôle de "whip" de la majorité présidentielle. Une revanche sur l’élection bien contestable de Richard Ferrand au "perchoir" et celle du bien fade Gilles Le Gendre comme patron du groupe La République en Marche.

Le coup de pied de l’âne de Bayrou

La dernière manœuvre de François Bayrou a consisté à tirer un trait sur le nom de Frédéric Péchenard qui figurait pourtant bien comme ministre délégué à la sécurité, après un partage des tâches avec Christophe Castaner organisé dans le bureau de Benoît Ribadeau-Dumas. L’ancien directeur de la Police Nationale a pourtant de très bonnes relations avec Emmanuel Macron. Nicolas Sarkozy lui avait donné sa bénédiction pour prendre ce poste. Mais le patron du Modem a expliqué au Chef de l’État qu’il serait l’œil de la Rue de Miromesnil au gouvernement. Alors que ce n’est qu’un coup de pied de l’âne du Maire de Pau à l’égard de son ennemi personnel : Nicolas Sarkozy.

Qu’Emmanuel Macron ait donné raison à François Bayrou sur ces trois sujets, après une discussion qui s’était très mal passée le mardi précédent entre les deux alliés, témoigne de l’état de faiblesse politique du Chef de l’État auquel le simple Président du Modem peut fixer ses conditions. Sous peine de casser l’alliance politique qui lui assure une large majorité parlementaire. Cette faiblesse se retrouvait d’ailleurs dans l’allocution présidentielle de mardi dernier. Il y avait bien sûr les questions de forme (lumière ratée, absence de prompteur, discours raturé…). Mais sur le fond, tout montrait un Emmanuel Macron à la fois affaibli, mais incapable de tirer les leçons des raisons qui l’ont amenées à être dans cet état là après dix-sept mois de mandat. Les Français ont à peine entendu son mot d’excuses sur son arrogance et ses petites phrases venimeuses. Quant au reste le mot d’ordre était : pas de changement de cap ni de ralentissement. Alors que c’est justement cela la question posée aujourd’hui par son impopularité.

Les Français sceptiques sur ce gouvernement

D'après un sondage Elabe pour BFMTV publié en milieu de semaine, cette mise au point était attendue des Français. 70% des personnes interrogées estiment qu'il a eu raison de faire son mea culpa. En revanche, 65% remettent en cause la sincérité de sa démarche. Dans le détail, interrogés sur cette séquence, près de 6 Français sur 10 (58%) estiment aussi que le président a tort de ne pas changer de cap. Dans le cadre de cette étude, il a aussi été question du remaniement ministériel annoncé mardi matin. Il en ressort que seuls 4 Français sur 10 sont satisfaits de ce nouveau gouvernement. Seuls 43% des sondés se déclarent satisfaits, et ce chiffre est à mettre en perspective avec le taux de satisfaction engrangé par le premier gouvernement, au lendemain de la victoire d'Emmanuel Macron (61%) et le taux de satisfaction du deuxième gouvernement d'Édouard Philippe, après les législatives (59%).

Par ailleurs, une majorité de Français jugent que ce gouvernement ne sera pas efficace pour répondre aux problèmes du pays (69%). Alors que plus de 50% des Français estimaient que les gouvernements constitués au début du quinquennat seraient efficaces pour répondre aux problèmes du pays, ce taux n’est plus que de 30% aujourd’hui. Enfin, à l'issue de cette séquence marquée par le remaniement, plus de 7 Français sur 10 jugent que l'exécutif ne sera pas plus à l'écoute (72%), ni plus rassembleur (72%), ni plus proche des territoires et des collectivités locales (71%), alors même qu'un ministère des Territoires a été créé. Pour 76% des sondés, l'exécutif ne mènera pas non plus une politique plus sociale.

L’issue difficile des européennes

Dans les milieux économiques, la grande crainte est que le quinquennat marque un net coup d’arrêt après cet épisode crépusculaire. Car le Chef de l’État a beau expliquer qu’il n’y aura pas de changement ni de ralentissement, ses conseillers politiques lui rappellent tous les jours que dans six mois les Français voteront dans le cadre des élections européennes. Et à ce jour le parti présidentiel n’a toujours pas de tête de liste à proposer aux Français. Pas plus d’ailleurs que Les Républicains qui cherchent toujours la personnalité idoine à la fois européenne et eurosceptique. Les derniers sondages montraient le Rassemblement National de Marine Le Pen au coude-à-coude avec une liste présidentielle. Mais selon les experts des sondages au fur et à mesure que l’échéance va se rapprocher la liste d’extrême-droite et la liste France Insoumise devraient occuper les deux premières places laissant les listes La République En Marche, Les Républicains et Dupont Aignan dans un mouchoir de poche. S’il est déjà difficile aujourd’hui pour le Président de poursuivre ses réformes, qu’en sera-t-il après ce scrutin européen ?

Au chapitre économique, les prévisions concernant la conjoncture en 2019 s’affinent de jour en jour. Après le FMI la semaine passée, c’était au tour de l’OFCE cette semaine. La croissance de l'économie française devrait revenir à 1,7% cette année, se maintenir à un rythme proche (1,8%) en 2019 avant de retomber à 1,5% en 2020 en amorçant un retour progressif à son potentiel, estime l'Observatoire français des conjonctures économiques. L'institut revoit ainsi en baisse de 0,3 point ses prévisions pour 2018 et 2019 à la lumière du trou d'air enregistré sur les six premiers mois de cette année, avec un taux de croissance trimestriel tombé à 0,2% (après 0,7% au 4e trimestre 2017). Il rejoint, de fait, le consensus des organisations internationales, de la Banque de France et de l'Insee, qui tablent sur un PIB en hausse de 1,6% à 1,7% cette année et dans une fourchette de 1,6% à 1,8% l'an prochain.

L’OFCE attend un ralentissement pour 2020

Selon l'OFCE, l'économie française profitera encore l'an prochain d'un investissement des entreprises toujours dynamique et d'une accélération de celui des administrations publiques. Pour la suite, les économistes de l'institut anticipent l'apparition en 2020 des premiers signes d'une fin de cycle, sous la forme d'une moindre demande extérieure adressée à la France, et ce au moment où le PIB revient vers son potentiel, limitant d'autant les marges spontanées de croissance. A l'inverse d'autres institutions, ils estiment en effet que l'économie française n'a toujours pas comblé l'écart de production - différence entre la croissance réelle et la croissance potentielle - accumulé ces dernières années et qu'elle ne devrait s'en rapprocher que fin 2019.

De son côté, l'institut économique Rexecode, proche du patronat voit la croissance française ralentir à 1,3% en 2019 - après 1,6% cette année - un niveau bien inférieur à la prévision de 1,7% de l'exécutif. A ce niveau, les attentes de Rexecode s'avèrent également inférieures à celles des organisations internationales et de la Banque de France, qui se situent pour l'instant dans une fourchette allant de 1,6% à 1,8%. Pour renforcer la compétitivité des entreprises françaises, Rexecode plaide une nouvelle fois pour une baisse des impôts de production - l'institut estime qu'une réduction de huit milliards d'euros de celle-ci pourrait être financée en renonçant à l'élargissement de l'exonération de la taxe d'habitation sur la résidence principale aux 20% des ménages les plus aisés. Evoquant également la nécessité de réduire le poids de la dépense publique, es économistes de Rexecode estiment qu'une réduction de quatre points de PIB de celle-ci - l'exécutif vise une réduction de trois points sur la durée du quinquennat - ne pourra pas être réalisée sans toucher aux dépenses de transferts, en particulier les dépenses de retraites.

Outre-Atlantique, le débat sur le resserrement de la politique monétaire s’intensifie alors que les derniers chiffres du chômage sont de nouveau à un plus bas historique. Le dernier relèvement de taux décidé par la Réserve fédérale a porté la politique monétaire à son niveau adéquat, et aucun resserrement supplémentaire n'est nécessaire sachant que l'inflation reste faible, a déclaré jeudi le président de la Réserve de Saint-Louis, James Bullard. Ce dernier a affirmé que : "Le maintien du niveau actuel des taux serait une politique appropriée" dans un avenir prévisible. Les membres du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) devraient à nouveau décider de relever les taux en décembre, ainsi que plusieurs fois l'année prochaine, avant que le taux du financement à un jour atteigne le niveau d'environ 3,4% en 2020, selon les dernières projections économiques de la Fed.

Avalanche de bons chiffres trimestriels

Le compte-rendu de la réunion des 25 et 26 septembre de la banque centrale américaine a montré que les responsables de la politique monétaire étaient généralement en faveur d'une hausse des taux d'intérêt le mois dernier et d'une poursuite de la hausse des taux de façon progressive alors que le chômage est au plus bas depuis près de 50 ans aux Etats-Unis et que la croissance économique a été plus forte qu'escompté. Malgré cela, l'inflation reste modérée, ce qui a constitué un des arguments de James Bullard ces dernières années sur la nécessité pour la Fed de maintenir le statu quo en attendant une quelconque évolution. James Bullard n'est pas un membre votant du FOMC mais il le deviendra en 2019.

Côté business, la semaine a été marquée par de nombreuses publications de résultats trimestriels. Plutôt bons dans la distribution avec Carrefour, Casino et Fnac-Darty qui ont affiché des résultats meilleurs que prévu. Plutôt mitigés chez les cycliques comme Bouygues ou Michelin qui ont révisé en baisse leurs objectifs pour la fin de l’année. En revanche Danone, malgré des difficultés ponctuelles en Chine et au Maroc a affiché un taux de croissance organique satisfaisant qui a permis à Emmanuel Faber de confirmer la guidance prévue pour 2018.

Engie dans la tourmente en Belgique

L'action du groupe aérien franco-néerlandais Air France-KLM a évolué en dents de scie cette semaine. Selon plusieurs sources syndicales, des réunions se sont tenues mercredi et devaient se poursuivre avec les organisations représentatives sur les propositions de la direction de hausses de salaires (2% pour chacune des années 2018 et 2019). Pour être signé, l'accord doit obtenir l'aval de la majorité des organisations représentatives. Depuis son arrivée mi-septembre, le directeur général exécutif d'Air France-KLM, Benjamin Smith, a multiplié les rencontres avec les syndicats d'Air France, après les grèves de cette année qui ont coûté 335 millions d'euros au groupe et entraîné en mai la démission de son prédécesseur Jean-Marc Janaillac.

Le groupe Engie, dont le titre affiche une perte de 17 % depuis le début de l’année, avec un management très contesté est pour l’instant dans l’œil du cyclone en Belgique. La filiale belge du groupe énergétique français, Electrabel, fait face à une situation difficile, dans la mesure où un seul de ses sept réacteurs nucléaires sur les sept que compte le pays est actuellement en service, dans la centrale de Doel, près d'Anvers. Le parc nucléaire belge vieillissant est empêtré depuis des mois dans d'importants problèmes de sécurité (béton effrité, fuite...) qui ont provoqué des arrêts de tranches. Si bien qu’une partie de la classe politique et de l'opinion publique redoute une pénurie d'électricité et le gouvernement a attaqué Engie à plusieurs reprises ces derniers jours.

Engie promet de réaliser les travaux nécessaires le plus rapidement possible tout en privilégiant la sûreté nucléaire qui reste évidemment la priorité absolue. Le groupe français vise une remise en service de deux autres réacteurs de la centrale de Doel le 10 décembre et le 31 décembre respectivement, sous réserve du feu vert de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire. Ajouté à l'un des réacteurs de l'autre centrale, celle de Thiange, qui doit également redémarrer le 17 novembre après un arrêt programmé, et à un quatrième à Doel qui doit être remis en service le 15 décembre, ce sont donc cinq réacteurs qui devraient fonctionner à la fin de l'année.

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