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Yves de Kerdrel
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Le quinquennat semble figé (mise à jour)
par Yves de Kerdrel
Dans les ministères, l’ambiance a totalement changé par rapport à il y a un an. A cette époque-là les conseillers ministériels se plaignaient d’être trop sollicités, de travailler 15 à 17 heures par jour, et de préparer des textes de lois ou de décrets à la chaine. Aujourd’hui c’est l’inverse, ils attendent qu’on leur donne une ligne directrice, des consignes, un plan d’action. Car s’il y a bien eu un mini séminaire gouvernemental de lendemain de l’annonce du remaniement, on ne sait rien du calendrier des prochaines réformes. Comme si tout semblait stoppé pour permettre au Président de la République de reprendre un peu d’oxygène.
Il faut dire qu’Emmanuel Macron a bien besoin d’une telle pause. Tant son image s’est trouvée dégradée par les événements de septembre et d’octobre. Alors que Pôle emploi vient de dévoiler une hausse du chômage sur le dernier trimestre, la popularité du chef de l’État chute de nouveau. Il a perdu trois points sur le dernier mois et passe sous la barre des 30 %. Un chiffre qui contraste avec celui du Premier ministre Édouard Philippe (40 %, + 1), selon le baromètre d'octobre de l'Observatoire de la politique nationale de BVA publié mercredi dernier.
Impopularité record du Président
Le chef de l'État recueille seulement 29 % de bonnes opinions (- 3 pts) contre 70 % de mauvaises (+ 3), selon ce baromètre pour Orange, RTL et La Tribune. Au moment de son élection, en mai 2017, il enregistrait 62 % de bonnes opinions. Emmanuel Macron recueille 43 % (+ 1) de bonnes opinions chez les cadres et 40 % (- 1) chez des "membres de foyers à hauts revenus" (supérieurs à 3 500 euros par mois), mais enregistre de fortes baisses auprès des employés et ouvriers (16 %, - 8) et des "membres de foyers à bas revenus", inférieurs à 1 500 euros mensuels (19 %, - 17). De son côté, Édouard Philippe enregistre un point de plus de bonnes opinions à 40 %, contre 57 % de mauvaises opinions (- 2). Par ailleurs, la cote d'influence du leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon chute de sept points de 25 à 18 %. Jean-Luc Mélenchon est même dépassé par François Ruffin qui obtient 23 %.
Que le patron des insoumis plonge après ses vitupérations n’est pas une surprise. En revanche pour le Président de la République, l’opinion réagit comme si aucun remaniement n’avait eu lieu. Comme si l’intervention présidentielle d’il y a dix jours n’avait pas eu lieu. Et comme si, quoiqu’il fasse, le Chef de l’État était désormais aspiré par le bas. Bien sûr ce sondage a été effectué avant la baisse des cotisations salariales prévue sur les payes d’octobre. Mais celle-ci risque de ressembler à un coup d’épée dans l’eau face à la forte hausse du prix des carburants et notamment du diesel. Ce qui fait renaître des inquiétudes sur le pouvoir d’achat des ménages au cours du troisième trimestre.
Vers des fermetures de centrales
La seule "action du Président de la République au cours de la semaine passée a consisté à réunir mercredi après-midi une trentaine d'entreprises et organismes de recherche pour les mobiliser sur les questions énergétiques à deux semaines de la présentation de la programmation pluriannuelle de l'énergie allant jusqu'en 2028. Cette séance de travail, à laquelle sont notamment conviées des grandes entreprises ainsi que le CNRS, l'INRIA (Institut national de recherche en informatique et automatique), le CEA ou encore l'INRA, a porté sur la réduction des émissions de CO2 liées à la consommation d'énergie, la maîtrise de la facture énergétique des Français, le made in France des nouvelles solutions énergétiques bas-carbone et les enjeux de souveraineté liés à l'énergie.
Selon les informations de WanSquare le chef de l'État a notamment convié Patrick Pouyanné (Total), Jean-Bernard Lévy (EDF), Isabelle Kocher (Engie), Philippe Varin (Orano, ex-Areva), Xavier Huillard (Vinci) ou encore Martin Bouygues (Bouygues). Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, avait indiqué que les grandes lignes de la PPE seraient présentées en conseil des ministres fin octobre-début novembre. Le gouvernement pourrait notamment annoncer la fermeture de certaines centrales nucléaires alors qu'il souhaite à terme réduire sa dépendance à l'atome.
Séquence mémorielle du 11 novembre
Devant son gouvernement remanié, le chef de l'État a promis le 17 octobre des annonces fortes dans la stratégie énergétique. La veille, dans son allocution télévisée post-remaniement, il avait également annoncé qu'il prendrait des décisions structurantes et historiques en la matière. La présentation des grandes orientations du gouvernement pour le secteur de l'énergie (PPE) est de nouveau repoussée à courant novembre, a annoncé ce mercredi la nouvelle secrétaire d'État à la Transition écologique, Emmanuelle Wargon. Elle doit notamment aborder la délicate question de la baisse de la part du nucléaire dans la production d'électricité mais aussi l'essor des renouvelables. Il semblerait que l’on se dirige à la fois vers l’annonce de la fermeture de 5 à 6 réacteurs et en même temps vers l’annonce de la construction d’EPR afin de maintenir une filière française digne de ce nom.
Après les congés de la Toussaint, le Chef de l’État va replonger dans une séquence davantage mémorielle que réformatrice avec presque une semaine de pérégrinations sur les haut-lieux des combats de la grande guerre. Tout cela se terminant par une grande cérémonie pour la paix le 11 novembre à Paris avec 80 chefs d’état invités. En principe Donald Trump et Vladimir Poutine devraient être là. Il est même question qu’ils tiennent tous les deux un sommet sur les questions de désarmement nucléaire. La seule fausse note de ces journées patriotiques est l’hommage rendu aux maréchaux de la Grande Guerre à l’initiative des armées sous le dôme des Invalides où sont enterrés Joffre, Foch, Franchet d’Esperey ou Fayolle. Emmanuel Macron a refusé d’y assister, car Pétain est un maréchal de la grande guerre, même si sa tombe est sur l’Ile d’Yeu.
Bruno Le Maire défend les assureurs
Au chapitre économique, il faut retenir les déclarations sans ambiguïté de Bruno Le Maire jeudi soir lors du dîner annuel de la Fédération Français de l’Assurance organisé par Bernard Spitz. La France entend mettre tout son poids pour obtenir une réforme rapide de la directive européenne Solvabilité 2 qui limite les investissements des groupes d'assurance dans des produits comme les actions et ce afin de favoriser la croissance des entreprises, a annoncé Bruno Le Maire. Si nous avons uniquement des start-up et pas de licornes, c'est qu'il n' y a pas assez de fonds propres et pas assez de capitaux, a dit le ministre français de l'Économie et des Finances. Mais tant qu'on empêchera les investisseurs de développer, notamment dans l'assurance, les actions parce que le ratio prudentiel qu'on leur demande est tout simplement pénalisant, voire décourageant, nous n'y arriverons pas, a-t-il ajouté.
A ce même dîner où figuraient toutes les personnalités du monde de l’assurance, le ministre italien de l'Économie, Giovanni Tria, s'est employé à rassurer les investisseurs en déclarant que le projet de budget 2019 de son gouvernement ne constituait aucune menace pour l'Europe et était nécessaire pour relancer la croissance. "Ce que l'Italie veut faire n'est pas une menace pour la zone euro ou la stabilité de nos partenaires européens", a-t-il dit avant d’ajouter : "Si l'Italie est en croissance, l'Europe dans son ensemble gagnera en stabilité et peut en profiter. Et comme nous voulons rester dans l'euro, la seule voie est un déficit contenu et responsable l'an prochain pour donner l'impulsion qu'il faut et assurer la capacité à rembourser notre dette", a encore dit Giovanni Tria.
Bras de fer risqué avec l'Italie
La Commission européenne a rejeté cette semaine le projet de budget 2019 de l'Italie, estimant son déficit trop élevé au regard de la dette importante du pays, et lui a donné trois semaines pour en proposer un autre. Le ministre français de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a dit espérer que l'exécutif européen et Rome pourraient établir un dialogue. "La Commission européenne a tendu la main au gouvernement italien a indiqué le locataire de Bercy. Ce que nous souhaitons évidemment, c'est que le gouvernement italien saisisse la main de la Commission européenne et que les fils du dialogue se renouent" avant d’ajouter : "Les règles sont les mêmes pour tous mais je ne crois pas que la France soit la mieux placée pour faire la leçon en la matière, nous qui sortons tout juste de dix ans de procédure pour déficit public excessif".
La Banque centrale européenne a laissé sa politique monétaire inchangée jeudi et réaffirmé son intention de mettre fin à son programme exceptionnel de soutien au crédit et aux marchés en dépit de la dégradation des perspectives de croissance et des turbulences liées à la politique budgétaire italienne. La BCE a ainsi redit prévoir de mettre fin après décembre à ses achats de titres sur les marchés. Elle a aussi évoqué la possibilité d'une hausse des taux d'intérêt après l'été prochain, un élément qui figure dans ses communiqués depuis le mois de juin et répété depuis à l'issue de chaque réunion de politique monétaire. Son président, Mario Draghi, a reconnu lors d'une conférence de presse la dégradation récente de la dynamique économique dans la zone euro et évoqué ce qu'il a présenté comme un faisceau d'incertitudes rassemblant le protectionnisme commercial, les difficultés de certains pays émergents et la volatilité des marchés financiers.
Villeroy de Galhau voit revenir l'inflation de fond
Plusieurs responsables de la BCE ont laissé entendre ces dernières semaines, en privé comme en public, que les circonstances qui justifieraient une prolongation des achats d'actifs en 2019 devraient être exceptionnelles. Le taux de refinancement, principal instrument de la politique monétaire de la BCE, reste fixé à zéro, le taux de la facilité de dépôt à -0,4% et celui de la facilité de prêt marginal à 0,25%. Mario Draghi s'est dit confiant dans la capacité de Bruxelles et de Rome à parvenir à un compromis tout en soulignant que ce différend coûtait déjà cher à l'Italie - son pays d'origine - en faisant monter les rendements des obligations d'État.
La Banque centrale européenne est de plus en plus confiante dans le retour de l'inflation vers son objectif, dans un contexte de recul du chômage et de reprise des salaires, a déclaré le même jour le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Les signes d'un resserrement du marché du travail et d'une accélération de la croissance des salaires nominaux se multiplient, a dit François Villeroy de Galhau, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, lors d'un discours devant des représentants d'industriels, ajoutant que cela devrait se répercuter dans l'inflation de fond. Le gouverneur a également dit que la procédure de normalisation programmée de la politique monétaire de la BCE ne dépend pas des incertitudes budgétaires susceptibles d'apparaître dans des États membres de la zone euro.
Les trimestriels amplifient la volatilité boursière
Coté business, la bourse au vécu au rythme des publications de résultats trimestriels avec de grosses déceptions comme Atos et de bonne surprises comme Kering ou Saint-Gobain. Le géant de l'énergie Total a relevé vendredi son objectif de production pour 2018, après une forte hausse de son résultat net au troisième trimestre, porté par un renchérissement du prix du baril de pétrole. Pour la période de juillet à septembre, le résultat net part du groupe de Total a crû de 45%, à 3,96 milliards de dollars. Son chiffre d'affaires a dans le même temps atteint 54,72 milliards de dollars, contre 43,04 milliards de dollars au troisième trimestre 2017.
Sur les neuf premiers mois de l'année, le résultat net ajusté a progressé de 35%, à 10,4 milliards de dollars. Par ailleurs Total a confirmé prévoir de racheter pour 1,5 milliard de dollars d'actions en 2018, et précisé avoir racheté pour 1 milliard de dollars de titres sur les neuf premiers mois de l'année. Ces rachats d'actions s'inscrivent dans le cadre d'un programme d'un montant total de 5 milliards de dollars sur la période 2018-2020.
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