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Pause mémorielle pour Macron
par Yves de Kerdrel

Après son repos très médiatisé du week-end de la Toussaint à Honfleur, le Chef de l’État va consacrer la totalité de cette semaine à des cérémonies mémorielles sur les principaux lieux de la guerre de 1914-1918, avant la grande cérémonie du centenaire, samedi 11 novembre prochain. Il n’est pas certain que cela suffise à lui faire retrouver sa popularité et sa capacité à agir.
04/11/2018 - 06:55 Temps Lecture 15 mn.

Comme cela est annoncé à grand renfort de publicité par l’Élysée depuis deux mois, le Chef de l’État va consacrer cette semaine précédant le 11 novembre à une pérégrination dans le Nord et l’Est du Pays, sur les hauts lieux de la "grande guerre". Cent ans après la fin de la Première Guerre mondiale, Emmanuel Macron entame donc aujourd’hui à Strasbourg cette itinérance mémorielle qui est aussi pour lui l'occasion de renouer avec le monde rural et d'adresser un message aux territoires après des mois de crispations. En l'espace d'une semaine, le président se rendra sur plusieurs lieux emblématiques de la Grande Guerre - Verdun, Notre-Dame-de-Lorette et la clairière de Rethondes - mais également dans des territoires où les plus hautes autorités de l'État ne se sont jamais rendues.

Au total, le chef de l'État, qui sera accompagné sur des étapes de certains de ses ministres, traversera deux régions et onze départements en l'espace d'une semaine. Après Strasbourg, aujourd’hui, où il assistera ce soir dans la cathédrale à un concert avec son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, il se rendra lundi à Morhange (Moselle) où 27 000 soldats français ont été tués le 22 août 1914. La journée de mardi le conduira des Éparges (Meuse) - théâtre d'une bataille éponyme en 1915 - au champ de bataille de Verdun avant de rejoindre Reims où il inaugurera avec le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, la "Force Noire", un monument hommage aux forces africaines.

L’occasion d’un message aux territoires

Après une étape à Charleville-Mézières (Ardennes), où le conseil des ministres se tiendra mercredi matin, Emmanuel Macron se rendra à la Flamengrie (Nord) où le premier coup de clairon du cessez-le-feu a retenti le 7 novembre 1918. Il ira ensuite à Maubeuge, théâtre d'une bataille en août 1914, puis à Lens, rasée et envahie dès octobre 1914, avant de gagner vendredi Notre-Dame-de-Lorette et la ville d'Albert, transformée en champ de ruines après la bataille de la Somme d'août 1918. Il sera à cette occasion accompagné par la Première ministre britannique Theresa May. Son itinérance s'achèvera samedi 10 novembre par une cérémonie, à laquelle participera la chancelière allemande Angela Merkel, dans la clairière de Rethondes, à Compiègne (Oise) où fut signé l'armistice du 11 novembre 1918.

Au-delà de l'aspect purement mémoriel, ce déplacement sera aussi l'occasion pour Emmanuel Macron d'adresser un message à des territoires lourdement frappés par le chômage. Ces régions n'ont pas vécu que les guerres, elles ont également vécu la désindustrialisation et les coups de boutoir de la mondialisation, a-t-il déclaré, il y a quelques jours dans une interview à Ouest-France, ajoutant qu'il voulait montrer que ce sont des territoires d'avenir en insistant sur les projets pour une ambition industrielle. Des échanges avec des investisseurs, des élus locaux et des habitants sont notamment prévus.

Une soixantaine de chefs d’État présents

Point final de la semaine mémorielle, la cérémonie de commémoration de l'armistice se tiendra dimanche en présence d'une soixantaine de chefs d'État et de gouvernement, dont Donald Trump, Angela Merkel et Vladimir Poutine. Cette cérémonie sera suivie dans l'après-midi par un Forum de la paix, un moment d'échanges qui a vocation à devenir annuel et qu'Emmanuel Macron voit comme une nouvelle étape de la prise de conscience internationale. Cette première édition sera ouverte par un discours d'Angela Merkel - "un geste symbolique qui témoigne de la réconciliation et de l'amitié franco-allemande" selon l'Élysée.

L'objectif est de célébrer la paix retrouvée sur le continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale grâce à l'Union européenne, a expliqué Emmanuel Macron dans Ouest-France. Cette idée de Forum de la Paix lui a été soufflée par Laurent Bigorgne, le directeur de l’Institut Montaigne et son ami. L’Institut Montaigne fait partie avec Sciences Po, la Fondation Körber, la Fondation Mo Ibrahim, l’Institut français des relations internationales et le Quai d’Orsay des six membres fondateurs à l’initiative du Forum de Paris sur la Paix, un rendez-vous annuel autour de la gouvernance mondiale. Chaque année, le Forum présentera des projets et réunira des acteurs du monde entier autour de cinq grands thèmes : la paix et la sécurité ; l’environnement ; le développement ; les nouvelles technologies ; l’économie inclusive.

La montée de tous les mécontentements

Si le "repos" insolite du Chef de l’État a surpris, il est venu apporter de l’eau au moulin de ceux, de plus en plus nombreux qui pensent que le Président de la République risque de voir son quinquennat fossilisé, par les affaires, par la médiocrité de sa majorité parlementaire, et par son incapacité à faire les réformes de structure qu’il s’était engagé à mener. En témoigne la grogne qui monte, notamment chez les classes moyennes, en raison de la baisse du pouvoir d’achat et de la forte hausse du prix des carburants, liée à la flambée des cours du pétrole, mais surtout aux taxes décidées par le gouvernement. La manifestation du 17 novembre prochain à l’appel du Rassemblement national, de Nicolas Dupont-Aignan et de la France Insoumise témoigne de cette coalition des extrêmes qui parviennent à catalyser la colère des Français.

Selon le dernier baromètre du Figaro Magazine révélé mercredi dernier, seulement 26 % des sondés font aujourd’hui confiance au chef de l’État. Cela fait ressortir une baisse de 4 points par rapport au mois d’octobre 2018. Par ailleurs, s'il maintient le lien avec les sympathisants de son mouvement La République en marche (81 %, - 6), Emmanuel Macron connaît une véritable désillusion auprès des partisans des Républicains (24 %, - 17). À noter enfin que Nicolas Dupont-Aignan (39 %, +19) passe désormais devant le chef de file LR Laurent Wauquiez (34 %, -7). Or celui-ci est également devancé par Marion Maréchal. Ce qui témoigne de son incapacité à "imprimer". D’où le succès rencontré par la grande interview accordée par Nicolas Sarkozy au Point.

Le "retour" de Ségolène Royal

Par ailleurs selon le sondage exclusif IFOP-La lettre de l’Expansion qui doit être publié demain concernant les intentions de vote pour les prochaines élections européennes, la liste La République En Marche, qui n’a toujours pas de leader, comme la liste des Républicains, est créditée de seulement 19 points. Pour la première fois elle passe en dessous du seuil des 19 %. De même la liste des Républicains n’est plus créditée que de 13 %, soit deux points de plus que La France Insoumise (11 %). Mais le plus intéressant dans cette étude tient au fait que si la liste socialiste est conduite par Ségolène Royal elle passe ipso facto de 6 à 7,5 %. Or l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007, qui revient sur la scène médiatique avec la publication d’un livre, a été effectivement approchée par le PS, après que Najat Vallaud-Belkacem et Bernard Cazeneuve ont tous les deux décliné cette proposition.

Au chapitre économique, la principale nouvelle est venue de l’Insee qui a révisé en baisse son estimation concernant la croissance de l'économie française au troisième trimestre malgré un rebond de la consommation des ménages et un investissement toujours dynamique des entreprises. Le produit intérieur brut de la période a augmenté de 0,4 %, un rythme deux fois plus fort que celui de 0,2 % enregistré au premier comme au deuxième trimestre, qui constituait un point bas depuis l'été 2016. Mais les économistes interrogés par Reuters et la Banque de France l'anticipaient en hausse de 0,5%, de même que l'Insee dans sa dernière note de conjoncture où l'institut a ramené sa prévision sur l'ensemble de 2018 de 1,7% à 1,6% pour tenir compte du "trou d'air" du premier semestre.

Forte baisse des dépenses des ménages en septembre

L'acquis de croissance pour 2018, à savoir l'évolution du PIB si l'activité stagnait au cours du dernier trimestre, se situe donc à 1,5% au 30 septembre. À ce niveau, l'objectif de 1,7% du gouvernement nécessitera un PIB en hausse de 0,8% au 4e trimestre pour être atteint, selon les calculs de WanSquare. Sur les trois mois à fin septembre, la consommation des ménages s'est redressée de 0,5%, soit un peu moins que ne l'attendait l'Insee (0,7%) après son recul - un phénomène rare dû notamment aux grèves des transports -, du deuxième trimestre qui a été confirmé à -0,1%. Mais l'investissement des ménages, pour l'essentiel les dépenses en logement neuf, a accusé sa première baisse (-0,2%) depuis le printemps 2015 en lien avec le recul des mises en chantier depuis fin 2017.

Par ailleurs, chiffre très inquiétant : les dépenses de consommation ont fléchi de 1,7% en septembre par rapport au mois précédent, et de 1,5% par rapport à septembre 2017. En août, les dépenses de consommation avaient augmenté de 1,1% par rapport au mois précédent, selon un chiffre révisé à la hausse, a ajouté l'Insee. La baisse de septembre pourrait s'expliquer par le net repli de la consommation des biens fabriqués (-2,5 %) et énergétiques (-1,2 %) et le nouveau recul de la consommation alimentaire (-0,9 %), a expliqué l'Insee. Sur l'ensemble du troisième trimestre, la consommation des ménages affiche une hausse de 0,6% par rapport au trimestre précédent.

Vers une remontée progressive de l’euro

En dépit d’une conjoncture qui se dégrade dans tous les pays d’Europe, les experts en matière de devises interrogés par Reuters voient toujours la monnaie unique remonter en 2019, profitant de l'affaissement de la position dominante du dollar. La difficulté est de tenter de prévoir à quel moment précis le dollar, dopé par une économie américaine bien plus dynamique que la plupart de ses concurrentes et par une banque centrale en mode de durcissement monétaire, perdra de son attrait, ajoutent les stratèges. L'euro gagnerait plus de 2% à 1,16 dollar dans trois mois. La perspective de l'euro à 12 mois est stable autour de 1,20 dollar tout au long des enquêtes Reuters réalisées cette année dans la mesure où la Banque centrale européenne est censée mettre un terme à son programme d'assouplissement quantitatif en décembre et commencer à relever les taux d'intérêt au second semestre 2019.

En matière de business, dans une semaine écourtée par le pont de la Toussaint, ce qui a pesé sur les volumes de transactions, l’actualité a été dominée par les publications de résultats semestriels. Avec à chaque fois des réactions bien plus vives à la hausse ou à la baisse qu’au cours des derniers trimestres. BNP Paribas qui a fait part de résultats solides quoiqu’affectés par le pincement des marges en raison de la faiblesse des taux a été sanctionné par les investisseurs. Néanmoins les fondamentaux de la banque restent très solides, tant en matière de ratio de solvabilité que d’importance des fonds propres.

La très belle surprise de L’Oréal

La très bonne surprise des derniers jours a été le fait de L’Oréal qui a publié des chiffres trimestriels en forte hausse. Au troisième trimestre, le leader mondial des cosmétiques a dégagé un chiffre d'affaires de 6,473 milliards d'euros, en croissance organique de 7,5% contre un rythme de 5,8% à 6,359 milliards attendus en moyenne par les analystes. Le numéro un mondial des cosmétiques ne voit absolument aucun signe de freinage de la demande en Chine, a précisé le PDG Jean-Paul Agon aux analystes, un élément qui avait fait craindre pour les résultats du groupe et entraîné une baisse du titre.

Mardi prochain ce sera au tour d’Axa de publier son chiffre d’affaires trimestriel, alors que le titre de l’assureur est en repli de plus de 15 % depuis un an, en raison notamment de l’acquisition faite à un prix très élevé du groupe XL. Mercredi, Hermès, Veolia et le Crédit Agricole communiqueront à leur tour sur leurs chiffres trimestriels, avant JC Decaux, Eurazeo, Lagardère et la Société Générale jeudi. Ce même jour Sodexo fera part de ses résultats annuels. Ensuite c’en sera pratiquement terminé de ces publications trimestrielles, permettant à plusieurs grands groupes du CAC 40 de se livrer à de traditionnels investor day en préparation de l’exercice 2019.

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