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Yves de Kerdrel
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Macron de Charybde en Scylla
par Yves de Kerdrel
La semaine passée, devait être pour le Chef de l’État une semaine de reprise en main de la France et de la situation après son coup de fatigue qui l’avait obligé à prendre un long week-end de la Toussaint dans un Relais et Châteaux proche de Honfleur. L’opération a été ratée. Car Jupiter a souhaité descendre dans l’arène et multiplier les bains de foule qui se sont tous transformés en manifestations de colère de la part de Français mécontents de la hausse de la CSG, des taxes sur le gazole, ou de la situation générale. Or de surcroît, en dépit du changement de responsable de la communication à l’Élysée, il montrait toujours aussi peu d’empathie avec les Français. Comme si parler au peuple était devenu, pour lui, un exercice difficile.
Le pire, c’est qu’en dehors de cette journée du 11 novembre, personne n’a le moindre souvenir de cette semaine mémorielle et des dizaines de discours prononcés à Douaumont, à Notre-Dame de Lorette ou à Péronne. Il ne reste plus que la phrase ambiguë sur Pétain, alors que le Général Lecointre avait réussi à séparer l’hommage aux maréchaux de la grande Guerre des cérémonies de la semaine afin qu’il ne puisse y avoir de problème. Curieusement ce jeune Président de la République, qui est né avec Internet et les réseaux sociaux, fait de la politique comme si tous ces nouveaux instruments n’existaient pas. Si bien que sur les chaînes d’information en continu, il ne restait chaque soir de la semaine que le résultat des déboires du Président de la République.
Une popularité toujours plus basse
Jupiter est tellement descendu dans l’arène qu’en dépit des cinq interviews qu’il a données en une semaine, il n’en est rien resté. A part la baisse du prix des permis des conduire. Or le problème de millions de Français concerne les 200 euros de plein d’essence qu’ils doivent payer chaque mois, sans compter la récente hausse du prix du gaz. Comme le dit en privé un de ses anciens mentors qui a beaucoup cru en lui. Il n’était pas préparé à faire de la politique, c’est-à-dire à parler aux Français, comme les socialistes de 1981 n’étaient pas préparés à gérer un pays avec toutes les contraintes extérieures.
Toute la question concerne aujourd’hui la suite des réformes dans la mesure où la popularité du Chef de l’État continue de s’effondrer. Celle-ci s'est un peu plus érodée en novembre, d'après un récent sondage Elabe. Les Français ne sont plus que 27 % à dire "lui faire confiance", une perte de trois points en un mois. Selon ce sondage, le chef de l'État se trouve à son plus bas niveau de popularité depuis son élection. La cote de confiance du Président a encore perdu 3 points en un mois. C'est même sa troisième baisse consécutive, ce qui signifie que le Président a perdu pas moins de 9 points en trois mois. Pour la première fois depuis le début de son mandat, la cote de popularité d'Emmanuel Macron passe sous la barre des 30 %. Les chiffres montrent que seules 27 % des personnes sondées disent "lui faire confiance pour affronter efficacement les principaux problèmes". 69 % des Français, eux, ne lui font pas confiance tandis que 44 % vont jusqu'à ne pas lui faire confiance "du tout".
Un nouveau porte-avions
Bien sûr la loi de finances va être votée sans problème, même si elle crée déjà des frustrations fortes au sein de l’armée qui se voit grugée de plusieurs centaines de millions promis, surtout après l’affaire du Général de Villiers. Du coup, face à la grogne larvée des hauts gradés, Emmanuel Macron a décidé d’aller mercredi sur le Porte-Avions Charles de Gaulle où il devrait annoncer officiellement le lancement des études préparatoires à la construction d’un nouveau porte-avions, qui devrait être nucléaire et dont le coût est estimé à 7 milliards d’euros. Une bonne nouvelle pour l’armée. D’autant plus qu’il y a encore un an le Chef de l’État ne voulait pas en entendre parler. C’est le résultat d’un lobbying très subtil mené par le Général Lecointre et par le Vice-Amiral Vandier, chef du cabinet militaire de Florence Parly, et ancien commandant du Charles de Gaulle.
Pour certains comme François Bayrou, très lucide sur la situation dramatique dans laquelle se trouve l’exécutif, Emmanuel Macron n’a plus que deux solutions avec un niveau d’impopularité supérieur à celui de François Hollande au bout de dix-huit mois de mandat. Soit ne plus rien faire. C’est sans doute la pire des hypothèses. Soit faire fi des sondages, et accélérer la réforme du pays en ne prêtant pas attention aux mécontentements catégoriels. Avec la certitude de ne pas vouloir se présenter aux élections de 2022. Et avec le risque que la grogne des Français alimente le populisme et les extrêmes de droite comme de gauche.
La droite modérée peine à exister
L’appel au blocage du pays, samedi 17 novembre avec l’opération des gilets jaunes qui auraient déjà organisé près de 500 points de blocus, va constituer un test. Dans la mesure où ce mouvement est à la fois apolitique avec la vidéo d’une bretonne vue six millions de fois sur Facebook, et politisé avec les appels à manifester du Rassemblement National, de Debout la France et de La France Insoumise. Si ce mouvement de grogne populaire est un succès, il sera sûrement exploité par les syndicats et suivi par d’autres opérations. Il est également question du côté des routiers d’opérations de blocage des raffineries qui auraient un effet catastrophique sur l’activité économique.
Le pire, c’est que dans cette situation, la droite modérée ne parvient toujours pas à exister. Certes la voix de Xavier Bertrand séduit de plus en plus de Français, mais elle n’est pas relayée par un mouvement. Quant à celle de Valérie Pécresse elle reste coincée en tenailles par son libéralisme, son respect sincère des institutions, et son appartenance au parti des Républicains où des Laurent Wauquiez ou autres Éric Ciotti et Guillaume Peltier multiplient les surenchères anti-libérales et populistes.
Ralentissement en vue en Europe
Au chapitre économique, on a appris en fin de semaine que la Commission européenne s'attend à un ralentissement de la croissance de la zone euro dans les prochaines années avec l'accumulation de risques baissiers liés aux tensions commerciales initiées par les États-Unis, à l'éventualité d'un Brexit sans accord et à la confrontation entre Rome et ses partenaires européens sur le budget italien. Elle a confirmé sa prévision d'une croissance de 2,1 % cette année au sein de la zone euro mais ne table plus que sur une progression du produit intérieur brut de 1,9 % en 2019 contre 2,0 % en juillet. Pour 2020, la CE prévoit une poursuite du ralentissement de la croissance à 1,7 %. Pour l'ensemble de l'Union, ses prévisions d'automne donnent une croissance de 2,1 % du PIB cette année comme en juillet et de 1,9 % en 2019 (2,0 %).
Concernant les deux principales économies de l'Union européenne, l'Allemagne et la France, l’exécutif communautaire a abaissé un peu plus nettement ses prévisions pour la première que pour la seconde. La prévision de croissance du PIB allemand a été abaissée à 1,7 % pour cette année et 1,8 % pour 2019 contre 1, 9% pour les deux années en juillet. Pour la France, la prévision de croissance pour 2018 a été confirmée à 1,7 % et abaissée à 1,6 % pour 2019 contre 1,7 %. Concernant l'Italie, dont la Commission européenne a rejeté le projet de budget 2019 prévoyant un déficit public à 2,4 % du PIB, la prévision de croissance pour cette année a été ramenée à 1,1 % contre 1,3 % en juillet tandis que celle pour l'année prochaine a été légèrement relevée à 1,2 % contre 1,1 %. Pour 2020, la CE s'attend à une croissance du PIB italien de 1,3 %
Anticipations de ralentissement aux US
De son côté, la Réserve fédérale américaine a laissé sa politique monétaire inchangée jeudi et évoqué la poursuite d'une croissance économique soutenue par la bonne santé du marché du travail et la vigueur de consommation des ménages, laissant ainsi le champ libre à une hausse de taux le mois prochain. L'objectif de taux des fonds fédéraux, principal instrument de politique monétaire aux États-Unis, reste fixé à 2,0 %-2,25 %, comme attendu par tous les économistes et analystes. Le communiqué ne traduit pas d'évolution marquante du diagnostic de la banque centrale sur la situation économique depuis sa précédente réunion, en septembre, l'inflation restant proche de son objectif de 2 % tandis que le chômage demeure orienté à la baisse et que les risques entourant les perspectives économiques semblent toujours à peu près équilibrés.
La réunion de la Fed qui s'est achevée jeudi est la dernière à ne pas être suivie d'une conférence de presse, le président de la banque centrale, Jerome Powell, s'étant engagé à rendre l'exercice systématique à partir de l'an prochain. Cette réunion intervenait après une période marquée tout à la fois par un regain de volatilité boursière, un resserrement du marché du crédit et des anticipations de ralentissement de la croissance américaine l'année prochaine. Le produit intérieur brut des États-Unis a crû de 3,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre selon l'estimation initiale publiée fin octobre, un chiffre nettement supérieur à celui de 2 % environ considéré par la Fed comme par des nombreux économistes indépendants comme sa tendance de fond.
Inquiétudes injustifiées sur le luxe
Alors que BNP Paribas et la Société Générale sont en retard dans la croissance de leurs revenus, BPCE est en bonne voie pour atteindre les 25 milliards d'euros visés dans son plan 2020. Le groupe mutualiste a annoncé jeudi un produit net bancaire de 18,16 milliards d'euros sur les neuf premiers mois de l'année, en hausse de 2 % sur un an, alors qu'il table sur une hausse de l'ordre de 1,5 % par an pour 2018-2020. A l'inverse, les revenus à fin septembre de la Société Générale ont reculé de 0,9 % et ceux de BNP Paribas de 0,8 %, bien loin des 3 % et 2,5 % annuels qu'ils attendent respectivement. BPCE fait mieux que prévu grâce au dynamisme de sa banque de gros Natixis, dont les performances au troisième trimestre sont supérieures aux attentes.
En dehors de cette publication la semaine a été émaillée par les dernières déclarations d’activité ou de bénéfice trimestriels avec le cas échéant des réactions très négatives des investisseurs lorsqu’il y a matière à déception. C’était le cas de Rubis, de Nexans de JC Decaux. Par ailleurs les inquiétudes de certains analystes sur la conjoncture chinoise et ses conséquences sur les groupes de luxe a fortement pesé sur les actions Kering et LVMH. Alors même qu’en début de semaine l’action Hermès s’était appréciée à la suite de ses résultats trimestriels et de déclarations d’Axel Dumas particulièrement rassurantes s’agissant de la Chine.
TIM toujours sous l’emprise néfaste d’Elliott
A noter enfin la nouvelle étape dans le feuilleton Telecom-Italia – Elliott – Vivendi. Le fonds vautour qui a mis la main sur la gouvernance, et qui orchestre une vaste manipulation de cours, de manière à baisser le titre de TIM, dont Vivendi détient 24 %, a réussi à faire déprécier les comptes d’une provision calculée "au doigt mouillé" de 2 milliards d’euros. Avec le résultat attendu : une baisse violente du titre vendredi à la Bourse de Milan. Elliott, qui entend poursuivre WanSquare, pour être le seul organe de presse à démontrer ses opérations contraires à son discours, ne recule devant rien, étant soutenu par le groupe Berlusconi.
Du côté des marchés de taux, les rendements souverains de base ont à peine bougé la semaine dernière. Comme le souligne, Benoit d’Angelin depuis la City, le marché européen du high yield a timidement ré-ouvert la semaine dernière après la forte volatilité des semaines précédentes. Verisure, une société suédoise spécialisée dans les systèmes de sécurité, a réalisé une opération intéressante qui témoigne de la reprise potentielle du marché : elle commercialise (mais n'a pas encore fixé le prix) une obligation de 1 milliard d'euros sur 5 ans et une obligation existante de 100 millions d'euros ; l'opération est considérée comme agressive car le produit sera utilisé pour distribuer des dividendes aux actionnaires de Verisure.
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