Le patron de Deutsche Bank fait-il un grand ménage ?
Le nombre de noms cités commence à être très important. Deutsche Bank, en proie à son énième scandale et actuellement perquisitionnée dans le cadre des Panama Papers, pourrait de séparer de plusieurs de ses membres dirigeants. Dans le détail, le Wall Street Journal a évoqué hier le possible départ de la patronne de la conformité, la Française Sylvie Mathérat, ainsi que celui du dirigeant de la partie américaine, Tom Patrick. De son côté, le Financial Times a surenchéri aujourd'hui en indiquant que le Sud-Africain, Garth Ritchie, patron de la banque d'investissement, serait sur la sellette. Ajoutés à la récente sortie de Nicolas Moreau, le Français en charge de la gestion d'actifs, les changements pourraient s'avérer nombreux et très significatifs au regard des niveaux de responsabilité des intéressés.
Pour mémoire, Deutsche Bank a connu pas moins de trois dirigeants en six ans. L'établissement d'outre-Rhin a nommé en avril un nouvel homme fort, Christian Sewing. Il a notamment été reproché à son prédécesseur, John Cryan de ne pas avoir réussi à redresser assez rapidement la rentabilité de la banque, laquelle avait enregistré trois années de pertes consécutives. La nomination de Christian Sewing était un marqueur fort. En effet, contrairement à la tradition, Deutsche Bank n'a pas opté pour un spécialiste de la banque d'investissement - longtemps considérée comme une locomotive. C'est un homme de la banque de détail qui a finalement été préféré. Christian Sewing aurait aussi pour lui d'être bien vu des régulateurs. Ce qui n'est pas cosmétique quand on sait tous les litiges auxquels a dû et fait aujourd'hui face Deutsche Bank. Dernier en date : les soupçons de blanchiment dans le cadre du scandale Danske Bank. Ce mois-ci, lors de son audition devant le parlement danois, le lanceur d'alerte a expliqué que, sur les 230 milliards de dollars d'origine douteuse, environ 150 milliards ont transité par la "filiale américaine d'une banque européenne". Et les regards se tourneraient vers Deutsche Bank.
Cette affaire - dont les faits remonteraient à 2011-2015 - est la goutte d'eau supplémentaire qui pourrait coûter son poste à Sylvie Mathérat, qui est par ailleurs la seule femme au management board. Cette dernière est arrivée de la Banque de France en 2014, avec pour feuille de route d'insuffler un changement de culture, combattre la criminalité et renforcer le contrôle interne. Elle aurait "dit à ses collaborateurs qu'elle devrait peut-être se préparer à quitter la banque et a exprimé son mécontentement à l'égard de ce qu'elle a décrit à certains comme des obstacles à l'amélioration des contrôles de la criminalité financière et au rétablissement des relations de Deutsche Bank avec les régulateurs", explique le Wall Street Journal. Tandis que de son côté, le CEO évaluerait ses progrès afin de savoir si la partie restructurée qu'elle supervise a bien amélioré ses processus de prévention et de détection des infractions.
Les dirigeants de Deutsche Bank auraient aussi discuté du départ de Tom Patrick, patron de la partie américaine depuis l'été 2017. L'homme avait rejoint l'établissement en 2012, après avoir passé 18 ans chez Bank of America. À l’époque, cette partie était devenue source d'ennuis. Quelques mois auparavant, la banque avait écopé d'une sanction de 7,2 milliards de dollars pour mettre un terme à l'enquête sur son rôle dans la crise des "subprimes". Tom Patrick avait donc notamment pour mission de raffermir le lien avec les régulateurs et les politiques. Problème : l'entité américaine a été la seule cette année à échouer aux stress-tests de la FED, qui a pointé du doigt les mécanismes de contrôles internes. Et grand classique des régulateurs (en particulier américains), l'un des moyens pour regagner leur confiance est de sacrifier un dirigeant. Par ailleurs, Deutsche Bank a annoncé, dans le cadre de sa nouvelle stratégie, vouloir réduire la voilure côté US pour se concentrer sur l'Europe.
Et le management pourrait aussi évoluer sur la partie banque d'investissement, où là encore une réduction des activités a été présentée. Au moment de la nomination de Christian Sewing, la partie corporate & investment était emmenée par deux hommes. Markus Schrenk, candidat malheureux à la succession de John Cryan, a souhaité quitter l'établissement, tandis que Garth Ritchie a été porté à la tête de l'entité. Mais ce jeudi, le Financial Times évoque son possible départ, à cause des mauvaises performances de CIB. "Nos résultats ne sont pas bons. On doit se demander si cela à un sens d'avoir une partie obligataire dirigée par un banquier actions", a commenté une source du FT. Pour l'instant rien n'est confirmé. En tout cas, lorsque Nicolas Moreau a été écarté en octobre, ce dernier a été remplacé par un homme de confiance Christian Sewing.
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