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Yves de Kerdrel

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L’année de tous les possibles
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État entend bien profiter de la demande d’un référendum pour obtenir une légitimation de son action. Ce qui l’amènerait à proposer, en même temps, que les élections européennes un référendum à choix multiple. Cela rendrait impossible la situation d’un référendum sanction. Pour l’heure, il lui faut continuer à contenir la colère plutôt qu’à mettre l’accent sur de nouvelles réformes.
06/01/2019 - 06:57 Temps Lecture 17 mn.

Qu’on le veuille ou non, le mouvement des "Gilets Jaunes" s’essouffle. Même s'il a semblé se réveiller hier, en s'illustrant par une violence inacceptable. Il reste que ce mouvement se cherche. D’abord parce qu’Emmanuel Macron a tout de même répondu en grande partie aux attentes de ceux qui demandaient davantage de pouvoir d’achat. Ensuite parce que la force est désormais utilisée partout où il y a des ronds-points, des barrages, ou des esquisses de manifestation, avec des amendes pécuniaires à la clé. Enfin parce que le mouvement n’est pas parvenu à s’unifier entre les modérés et les durs. Et c’est mieux comme cela pour le Pays, pour son économie, pour son activité et pour son image dans le reste du monde.

Il reste malgré tout sinon une colère sourde, du moins, le sentiment d’avoir été méprisé par une certaine élite parisienne, qu’elle soit représentée par l’énarchie, par les députés, ou par les journalistes. Un sondage OpinionWay pour LCI publié dès le 1er janvier recensait seulement 40 % de convaincus par les vœux du chef de l'État. De fait, plus de 60 % des Français apportent toujours leur soutien au mouvement des "gilets jaunes", même si le chiffre recule légèrement. En revanche ils sont partagés quant à la suite du mouvement : 50 % souhaitent que le mouvement s'arrête, 49 % qu'il continue. Près de trois quarts des sondés estiment également que le chef de l'État n'a pas été à la hauteur pour gérer la crise des gilets jaunes, contre seulement 27 % de convaincus.

Curieux éloge de la dépense publique

L’intervention du Chef de l’État a été surprenante à plus d’un titre. Qu’il insiste sur la nécessité de faire régner l’ordre républicain, c’est naturel. Qu’il rappelle tout ce qui a été mis en place pour les bas salaires, c’est normal. En revanche il était plus que surprenant de l’entendre faire l’éloge d’une dépense publique qui représente 56 % de la richesse nationale. Alors même que le principal problème de notre économie, c’est cette dépense publique, et notamment tout ce qui découle de la sphère sociale et qui représente plus de 700 milliards d’euros. Non seulement le très libéral Emmanuel Macron n’a pas fait diminuer cette gabegie. Mais en plus, cette année, le déficit budgétaire pourrait atteindre 3,9 % du PIB. Soit le double de celui de l’Italie, qui a posé tant d’états d’âme aux technocrates bruxellois.

Sur le plan purement politique, le Chef de l’État a deux calendriers à gérer. Le premier, c’est celui du renouvellement de son premier cercle qui cherche à quitter l’Élysée brutalement. Il y a eu l’annonce du départ de Sylvain Fort, chargé de la communication et de certains discours, et de son adjointe pour la presse internationale, Barbara Frugier. Il y a le départ imminent de Stéphane Séjourné, qui va diriger la campagne pour les élections européennes. Il est également question de l’éloignement d’Ismaël Emelien, dont le nom est trop associé à l’affaire Benalla après être toujours concerné, vis son épouse, à l’affaire Business France.

Fuite des cerveaux à l’Élysée

Le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, un préfet remarquable en tout point serait également d’actualité. De même que celui de Philippe Étienne, le sherpa d’Emmanuel Macron qui serait intéressé par l’ambassade de France à Washington. Ce qui tombe mal alors que la France accueille cette année le G 7 à Biarritz. Sans compter la fin de mandat de l’amiral Rogel, le chef d’état-major particulier du Président de la République qui fait un bon tandem avec le général Lecointre, chef d’état-major des armées. En tout on recense une dizaine de départs. Et la personnalité des nouveaux arrivants sera déterminante pour la conduite des affaires au cours des semaines qui viennent.

La seconde étape dans le calendrier politique d’Emmanuel Macron est liée aux élections européennes de fin mai. Ce scrutin se présente mal pour le parti présidentiel La République En Marche qui devrait être balayé par le Rassemblement National, dont on connaîtra cette semaine les grandes lignes de la liste. Tout dépendra également si une liste "Gilets jaunes" fait son apparition. Ce qui, là en revanche, serait une bonne affaire pour la Macronie, car elle siphonnerait une partie des voix du Rassemblement National et de la France Insoumise. C’est la raison pour laquelle les meneurs les plus visibles du mouvement sont dragués par ces deux partis pour intégrer leur liste. Notamment Éric Drouet et Benjamin Cauchy.

Vers un double scrutin au printemps

Comme l’a révélé le Canard enchaîné de mercredi, Emmanuel Macron envisagerait de faire un double scrutin en mêlant les élections européennes et un référendum à choix multiple. C’est-à-dire que les Français auraient à se prononcer sur des questions comme le nombre de parlementaires, la possibilité de mener des référendums d’initiative citoyenne ou d’autres sujets apparus ces derniers temps dans le débat public. Cela aurait le double avantage d’éviter un référendum sanction où les électeurs répondraient au contexte et non au texte, et de donner à Emmanuel Macron un sacré ballon d’oxygène pour la suite de son mandat.

Car un certain nombre de grandes réformes sont à l’arrêt. Celle de l’assurance-chômage, même si elle résulte d’une discussion entre les partenaires sociaux. Il semble se confirmer que le Ministère du Travail en profitera pour imposer une forme de taxation sur les contrats courts. Celle de la retraite qui devait être initialement dévoilée en janvier 2019, et qui est désormais repoussée à la Trinité. Celle enfin de la fonction publique, dont on ne parle plus guère.

La bourde de Terra Nova

En revanche le think tank Terra Nova a jeté un beau pavé dans la mare en suggérant une réforme assez mal venue des droits de succession. Le groupe de réflexion propose d'augmenter de 25 % le rendement de la fiscalité des successions afin de compenser les 3 milliards d'euros perdus pour l'État avec la suppression de l'impôt sur la fortune. Pour parvenir à augmenter le rendement des droits de succession, le think tank propose plusieurs pistes, dont la mise en place d'un abattement décroissant et lissé en fonction des parts transmises, ce qui permettrait d'introduire davantage de progressivité dans l'impôt sans y faire entrer de nouveaux contributeurs.

L'abattement serait de 100 000 euros pour les parts transmises jusqu'à 200 000 euros, et décroîtrait jusqu'à 30 000 euros pour les parts au-delà de 1,5 million d'euros. Aujourd'hui, l'abattement est de 100 000 euros quel que soit le montant pour les transmissions entre descendant et ascendant en ligne directe. Le groupe de réflexion propose en outre une refonte du barème progressif de taxation des transmissions, avec lequel on paierait moins d'impôts jusqu'à 150 000 euros par part, et davantage au-dessus. Enfin, pour éviter que la progressivité du barème soit contournée par le barème applicable aux sommes transmises par l'assurance-vie, Terra Nova juge souhaitable de revoir ce dernier pour l'aligner sur le droit commun.

Forte contraction de l’activité

Au chapitre économique, l’actualité principale réside dans le fait que la contraction de l'activité dans le secteur privé liée aux perturbations provoquées par le mouvement des "Gilets jaunes" en France a été pire que ce qui était estimé au mois de décembre, au cours duquel l'activité a baissé pour la première fois en deux ans et demi et touché un plus bas depuis février 2016. Le mouvement a été particulièrement marqué dans le secteur des services, qui inclut notamment le commerce, dont l'indice des directeurs d'achat a plongé à 49,0 le mois dernier contre 49,6 lors de la première estimation publiée le 14 décembre et 55,1 en novembre, selon la version définitive de l'enquête IHS Markit auprès des directeurs d'achat.

Il ressort ainsi en dessous du seuil de 50 de l'activité, qui départage les phases d'expansion et de contraction, pour la première fois depuis deux ans et demi et inscrit un plus bas depuis février 2016. Sous l'effet de cette détérioration plus marquée qu'en première estimation de l'activité dans les services, l'indice composite, qui combine des éléments du secteur des services et du secteur manufacturier, s'établit à 48,7 en version définitive contre 49,3 en version préliminaire et 54,2 en novembre. Ce qui fait dire à Markit qu’en décembre, l'indice composite de l'activité globale se replie considérablement par rapport au mois précédent, indiquant une contraction modérée du secteur privé français, la première depuis deux ans et demi sur fond de mouvements contestataires perturbant l'économie.

Le sérieux accident d’Apple

Concernant les taux d’intérêt, Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE a confirmé que les taux directeurs de la Banque centrale européenne resteront à un niveau bas aussi longtemps que nécessaire afin de porter l'inflation au niveau de l'objectif de 2 %. La BCE a cessé en décembre son programme de rachat d'actifs de 2 600 milliards d'euros mais s'est engagée à garder les taux à des niveaux ultra-bas au moins jusqu'à l'été. Il a ajouté, alors qu’il était interrogé sur France Inter, qu'avec le ralentissement de la croissance imputable aux appréhensions nées des tensions commerciales, il y avait un risque de voir apparaître une nouvelle crise financière et qu'en conséquence il fallait rester vigilant à ce sujet.

Les premiers jours de 2019 n'ont guère offert de répit aux investisseurs, confrontés d'emblée aux signes de plus en plus nombreux d'un ralentissement de la croissance mondiale, mis en avant aussi bien par des indicateurs économiques que par l'avertissement retentissant d'Apple sur ses ventes. Si le rebond des actions vendredi a permis de limiter la casse boursière pour la première semaine de l'année, le regain d'aversion au risque a été très perceptible sur les rendements obligataires, poussés vers des plus bas, et sur le yen. Le ralentissement de l'activité manufacturière en zone euro comme aux États-Unis et sa contraction en Chine n'ont fait qu'accentuer les inquiétudes sur la croissance économique mondiale et souligné l'impact des tensions commerciales entre Washington et Pékin sur l'activité.

La saison des résultats annuels à l’approche

Cette guerre commerciale a d'ailleurs été expressément citée par Tim Cook, le directeur général d'Apple, dans sa lettre aux actionnaires annonçant la révision à la baisse de la prévision de chiffre d'affaires du groupe pour le premier trimestre. Car c'est bien la faiblesse des ventes d'iPhone en Chine qui explique en grande partie cet avertissement, rare dans l'histoire d'Apple. Si certains analystes rappellent que les difficultés d'Apple ne sont pas seulement liées à la Chine mais aussi à des éléments spécifiques, comme des prix trop élevés dans un marché des smartphones de haut de gamme saturé, l'avertissement du géant à la pomme n'en a pas moins créé une onde de choc.

La saison des résultats annuels aux États-Unis, qui débutera pendant la semaine du 14 janvier, sera l'occasion pour les investisseurs de mesurer dans les comptes des entreprises l'ampleur du ralentissement économique mondial de la fin 2018. Et donc de vérifier si les fondamentaux, jugés encore solides il y a quelques semaines malgré les troubles sur les marchés, sont aussi solides qu'escompté. Plusieurs éléments positifs sont de nature à rassurer : l'activité dans les services en Chine a fait mieux que résister pour atteindre un plus haut de six mois et le marché du travail aux États-Unis reste toujours aussi vigoureux, un soutien de poids pour la consommation.

Vers une issue à la guerre commerciale

Par ailleurs, les autorités ne sont pas insensibles aux inquiétudes du marché. Ainsi, la banque centrale chinoise a annoncé vendredi une nouvelle baisse du ratio de réserves obligatoires des banques, une mesure destinée à faciliter le crédit aux petites et moyennes entreprises. Et plusieurs responsables de la Réserve fédérale américaine ont évoqué une pause dans le relèvement des taux. Surtout, les déboires de Wall Street pourraient pousser le président américain, Donald Trump, à rechercher rapidement une issue à la guerre commerciale qu'il a déclenchée contre la Chine. En ce sens, une délégation de représentants américains menée par le secrétaire adjoint au Commerce Jeffrey Gerrish doit se rendre lundi et mardi à Pékin pour des discussions commerciales avec des représentants chinois.

Le mouvement de correction sur les marchés d'actions mondiaux a par ailleurs ramené les valorisations à des niveaux plus favorables. Dans ce contexte, tout élément de nature à rassurer sur les fondamentaux de l'économie pourrait être salué par un retour sur les actions. Avant le début de la saison des résultats, les investisseurs prendront connaissance des chiffres des commandes à l'industrie et des ventes au détail en zone euro et aux États-Unis. Mais c'est surtout la publication, mercredi, du compte rendu de la dernière réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale qui devrait retenir l'attention. Les investisseurs attendent donc plus de clarté cette année de la part de Jérôme Powell, le patron de la Fed, qui s'exprimera désormais après chaque réunion de politique monétaire.

Toute l'équipe de WanSquare et de La Lettre de l'Expansion se joint à moi pour vous souhaiter des voeux très chers pour cette nouvelle année. Tant dans vos projets personnels que professionnels. En vous assurant de notre dévouement et en vous remerciant pour votre fidélité. Y de K.

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