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Macron se redonne de l’air
par Yves de Kerdrel

Avec sa lettre aux Français et l’ouverture – plutôt réussie – du grand débat national, Emmanuel Macron s’est redonné de l’air et du temps, afin d’échapper aux revendications et aux manifestations toujours présentes. Sans toutefois donner le sentiment d’avoir vraiment compris la profondeur de la crise "sociétale" qui agite le Pays.
20/01/2019 - 06:30 Temps Lecture 15 mn.

Peu de voix se sont élevées – y compris parmi les politiques – pour critiquer la première séance du grand débat national qui s’est tenue mardi dernier dans l’Eure, à Grand Bourgtheroulde (3 700 habitants). Pendant plus de 6 heures et trente minutes, au lieu des 3 heures initialement prévues, le Chef de l’État a répondu aux très nombreuses questions des édiles de l’Eure. Même si par moments il a donné l’impression de repasser son oral de l’Ena avec une parfaite connaissance de tous les problèmes et une maîtrise des problématiques. Il faut dire, comme l’a révélé RTL, que les questions étaient en grande partie filtrées voire soufflées aux maires présents.

Vendredi Emmanuel Macron a renouvelé l’exercice à Souillac, dans une ville qui a voté à 70 % pour lui en mai 2017 face à 600 maires de la région Occitanie. D’ores et déjà il semble que 360 débats ont d’ores et déjà été programmés via la plateforme du gouvernement. La semaine prochaine, Emmanuel Macron aura de nouveau une rencontre avec les élus. Mais c'est l'Élysée qui annoncera l'endroit au dernier moment en fonction des contraintes de sécurité. Car même si ces déplacements ont un bon retentissement dans la presse quotidienne régionale, le mouvement des "Gilets Jaunes" ne faiblit pas et la contestation continue de se manifester régulièrement. Comme l'ont montré les défilés d'hier, avec plus de manifestants à Toulouse qu'à Paris.

Le Pays reste au ralenti

Ensuite, l'idée est d'avoir une à deux rencontres par semaine, en fonction de l'agenda international, et garder des rencontres qui soient à taille humaine, sur le modèle de ce qui s'est déjà fait dans l'Eure mardi. Sur ces 360 débats, globalement 40 % sont organisés par des élus locaux, des collectivités territoriales, 40 % sont organisés par des citoyens et 20 % sont organisées par des associations. Pour le Château ces débats sont essentiels et constituent une forme de soulagement, parce que les images de violence laissent la place à un dialogue apaisé. Il reste que le mouvement de fronde sociétale se poursuit. Que le Président de la République ne peut pas se déplacer comme il le veut dans le Pays. Et que beaucoup de Français sont désinhibés face à toute forme de pouvoir dans ce climat un peu particulier.

La chance, pour l’Élysée, c’est que ce grand débat national va durer jusqu’au 15 mars, soit deux mois avant l’échéance des élections européennes. En agissant ainsi le Chef de l’État s’est acheté du temps et un peu d’oxygène. Mais cela ne lui permet pas de relancer les réformes. Si bien que le Pays reste au ralenti, comme nous l’écrivions la semaine passée. Personne ne parle plus de la réforme de l’assurance-chômage, de la réforme des retraites ou de celle de la fonction publique. Il faut dire que lors du dernier séminaire gouvernemental, Jean-Yves Le Drian, qui est, de tous les ministres celui qui a la plus grande expérience politique, a piqué une crise à propos des projets de Gérald Darmanin sur les fonctionnaires, demandant devant tous ses collègues au Premier Ministre, s’il voulait vraiment rajouter une crise à celle que le Pays vit actuellement… Ce qui a jeté un grand froid.

L’absence désolante de la Droite

On se demande, dans ce contexte où tout le Pays est censé s’exprimer, ce qu’il advient de l’opposition. Aucune voix ne se fait entendre. Valérie Pécresse a bien tenté de donner son point de vue. Mais Xavier Bertrand, dont la cote de popularité ne cesse de grimper reste silencieux. Et cette absence laisse croire qu’il n’y a aucune alternative à la situation actuelle. Même si Emmanuel Macron a pensé, à un moment, constituer un gouvernement d’union nationale, sur les conseils de François Bayrou et faire venir Gérard Larcher à Matignon. Cette hypothèse s’éloigne aujourd’hui à cause de la phase du grand débat et parce que les deux plus hauts personnages de l’état se sont envoyé quelques noms d’oiseaux de manière indirecte.

Il reste la perspective des élections européennes qui auront lieu à la fin du mois de mai. Avec la question – non encore résolue – d’une possible liste Gilets Jaunes qui obtiendrait 7 à 8 % selon les sondages. Mais on voit bien que ce mouvement a aujourd’hui tendance à s’effilocher et n’arrive pas à se structurer. Plusieurs tentatives ont eu lieu qui ont toutes échoué. Sans soute parce que ce mouvement est constitué de français issus du Rassemblement National comme de la France Insoumise. Deux partis qui n’ont aucun intérêt à voir émerger une troisième liste contestataire et anti-européenne.

Geoffroy Didier vise les Européennes

Du côté des Républicains, Laurent Wauquiez qui voit les sondages accorder moins de 10 % à son parti, a toujours envie de placer en tête de liste le philosophe François-Xavier Bellamy en dépit de l’opposition de Gérard Larcher. Mais à l’heure qu’il est, c’est Geoffroy Didier qui tient la corde pour être tête de liste. Ce proche de Brice Hortefeux, qui est aussi vice-Président de la Région île de France a le mérite de pouvoir rassembler les électeurs les plus à droite du parti comme ceux plus proches de Valérie Pécresse. Quant à Maël de Calan, que certains voyaient figurer sur la liste de la République en Marche, il a démenti tant pour des raisons politiques, puisqu’il est l’un des principaux supporters de Valérie Pécresse que pour des raisons personnelles, puisqu’il vient de rejoindre le cabinet de conseil en stratégie Mc Kinsey.

En termes de popularité, Emmanuel Macron respire à nouveau. La cote de popularité du chef de l’État a bondi de sept points en janvier, passant de 23 % en décembre à 30 % en janvier, collectant ainsi un tiers d’avis positifs, selon un sondage Ifop-Fiducial réalisé les 11 et 12 janvier 2019 et commandé par Paris Match et Sud Radio sur les personnalités politiques préférées des Français. Autre personnalité politique à gagner des points auprès des Français, Marine Le Pen a vu sa cote augmenter de 5 points à 33 %. La leader du Rassemblement National fait ainsi jeu égal avec le chef de file de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, stable à 33 %. Malgré son retrait du champ politique, l’ancien ministre de l’écologie Nicolas Hulot garde un capital sympathie conséquent auprès des Français. Sur la première marche du classement, il affiche un score de 75 %.

Croissance toujours solide aux États-Unis

Au chapitre économique, la situation reste favorable outre-Atlantique, en dépit des craintes de nombreux analystes. L'économie et le marché de l'emploi des États-Unis sont solides, et l'inflation est maîtrisée, alors même que les marchés financiers se préoccupent du risque de ralentissement de la croissance mondiale, a déclaré jeudi Randal Quarles, l'un des gouverneurs de la Réserve fédérale. Il est évident que les marchés sont plus sensibles actuellement aux risques baissiers mais fondamentalement, la solidité est la maître mot de l'économie américaine, a dit Quarles, chargé de la surveillance au sein de la Fed.

La Fed a relevé les taux quatre fois en 2018, dont la dernière en décembre, mais depuis lors la banque centrale a semblé sensible aux préoccupations exprimées par les investisseurs depuis octobre et le président Jérôme Powell a décidé de ne pas se hâter à poursuivre le cycle de resserrement monétaire. Pour Quarles, les marchés semblent surtout réagir aux doutes quant à la solidité de la croissance ailleurs dans le monde, en Europe et en Chine en particulier, avec des statistiques en demi-teinte. Avec une bonne nouvelle qui tient à l’amélioration des discussions Chine USA sur les tarifs douaniers.

Toute l’Europe se prépare à un Brexit dur

Du côté de l’Europe le rejet de l’accord sur le Brexit par un vote humiliant pour Theresa May n’a pas eu trop de conséquences, dans la mesure où il était anticipé. Le secteur financier devrait être en mesure de faire face à une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord, a d’ailleurs estimé mercredi le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau. Si une telle éventualité devait se concrétiser le 29 mars prochain, pour les établissements financiers, les conséquences paraissent toutes gérables, a-t-il dit, lors d'une audition par la commission des Finances du Sénat. La préparation du secteur financier est aujourd'hui plutôt meilleure que celle des autres secteurs économiques, a souligné François Villeroy de Galhau, qui est également membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne.

Pour sa part, le Medef, première organisation patronale française, a invité les entreprises à se préparer au pire scénario, celui d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord, après le rejet par la Chambre des communes du compromis négocié par Theresa May avec Bruxelles. Ce résultat rend aujourd'hui malheureusement possible une sortie du Royaume-Uni sans accord le 29 mars prochain a écrit le Medef, qui espère encore une solution négociée. Le Medef rappelle qu'en cas de sortie sans accord, les personnes, les biens, les services et les capitaux ne pourraient plus circuler librement entre l'Europe et le Royaume-Uni. Selon l'organisation patronale, 300 000 Français travaillent outre-Manche, 150.000 Britanniques sont installés en France, où près de dix millions de leurs compatriotes viennent chaque année, 30 000 entreprises françaises exportent au Royaume-Uni et plus de 3 000 d'entre elles y sont installées.

L’après-Ghosn est en marche chez Renault

Du côté du business, l’actualité a été dominée par la préparation de la succession de Carlos Ghosn à la Présidence de Renault. Jusqu’ici la position du gouvernement, ès qualités de représentant de l’État actionnaire à hauteur de 15 % du capital était de dire : mettons en place une gouvernance provisoire car Carlos Ghosn n’a rien fait de répréhensible chez Renault et il n’est pas dans les mains de la justice française. Mercredi dernier Bruno Le Maire a souhaité la convocation rapide d’un nouveau conseil d’administration après que l’on a appris le refus de la justice japonaise de remettre Carlos Ghosn en liberté contre le dépôt d’une caution.

L’exécutif espérait que ce conseil puisse se tenir ce week-end. Mais d’une part Carlos Ghosn a fait appel de la décision de mercredi. Donc toutes les voies de recours ne sont pas épuisées. D’autre part chez Renault on expliquait vendredi que ce conseil nécessitait un travail préparatoire important sur le plan juridique. Peut-être qu’il fallait également du temps pour Jean-Dominique Senard afin qu’il s’assure qu’il peut abandonner la gérance de Michelin quelques semaines avant l’échéance prévue. Enfin la question importante est de savoir qui va présider l’alliance Renault Nissan, même si, a priori, par sa stature internationale, Jean-Dominique Senard a toutes les qualités requises pour diriger cette structure d’échange avec Nissan.

Alexandre Ricard tient tête à Elliott

Cette semaine Alexandre Ricard a eu un nouvel échange de vues avec les représentants du fonds vautour Elliott qui a acquis 2,5 % du capital du leader des spiritueux. Pernod Ricard continuera d'annoncer, le moment venu, d'autres évolutions de sa gouvernance et n'a attendu personne pour améliorer cette même gouvernance, a déclaré vendredi un porte-parole du groupe français. Cette mise au point intervient alors que le fonds activiste Elliott a fait irruption au capital du numéro deux mondial des spiritueux, demandant plus de marges et plus d'administrateurs indépendants.

Le groupe rappelle avoir déjà entrepris des modifications de sa gouvernance depuis l'arrivée de son P.-D.G. en février 2015. Pernod Ricard, qui doit réunir un conseil d'administration ce jeudi 23 janvier, pourrait ainsi entériner des modifications prévues bien avant l'arrivée du fonds américain à son capital. Depuis 2015, le conseil d'administration, sous l'impulsion d’Alexandre Ricard, a créé un comité stratégique et a fait entrer trois nouvelles administratrices indépendantes, renforçant ainsi les compétences du conseil sur les sujets digitaux, financiers, stratégiques et de gouvernance. Pierre Pringuet, 68 ans, vice-président du groupe, pourrait, dans ce cadre, démissionner de sa fonction, tandis que Patricia Barbizet, ancienne dirigeante d'Artemis, holding de la famille Pinault, deviendrait administratrice référente.

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