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La crise s’éloigne pour Macron
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État a incontestablement réussi ces deux premiers grands débats avec les maires normands et ceux d’Occitanie. Cette semaine il s’est frotté directement aux Français, sans grande difficulté. Par ailleurs les Gilets Jaunes annoncent vouloir se présenter aux Européennes, ce qui fait le jeu de son mouvement. Reste à savoir comment il sortira du débat sans créer plus de frustrations qu’il y en avait déjà.
27/01/2019 - 06:55 Temps Lecture 16 mn.

Emmanuel Macron est très doué. C’est son côté Quid, du nom de cet ouvrage qui a malheureusement disparu et où l’on trouvait réponse à tout. C’est son côté bon élève de l’Ena qui sait retenir ce qui est important. C’est son côté acteur de théâtre que lui a appris son, épouse lorsqu’il était au collège et qui lui permet de réussir à ce point des stand-up de 3 heures devant les habitants de Bourg-de-Péage dans la Drôme (dont le maire est Ministre de l’Agriculture, tout de même) ou de 6 heures 30 devant des maires normands ou occitans, dont la plupart sont sortis bluffés par la prestation du Président de la République.

Et puisque ça marche, Emmanuel Macron a décidé de continuer. Toujours en fonction d’un agenda tenu secret pour des raisons de sécurité. Cette semaine il interviendra au hasard d’une réunion municipale comme il l’a fait cette semaine. Et peut-être qu’il réunira des représentants de l’Outre-mer, vendredi 1er février, dans la salle des fêtes de l’Élysée refaite à neuf, afin de montrer qu’il s’intéresse aux problèmes de toute la France qu’elle soit métropolitaine ou ultramarine.

Une popularité qui remonte chez les retraités

Cette stratégie – qui relève plus de l’improvisation que du plan de bataille – lui réussit nettement si l’on en croit les sondages. Même s'il reste très majoritairement impopulaire (63 %), sa cote de popularité remonte (+4) pour atteindre 31 % d'opinions favorables, selon le baromètre BVA pour RTL, Orange et La Tribune publié vendredi. Manifestement, les annonces de décembre n'ont pas laissé les Français insensibles, en particulier les retraités (40 %), auprès de qui le chef de l'État a gagné 5 points depuis décembre, et 8 depuis novembre. Un léger regain de popularité observé également chez les personnes gagnant moins de 1 500 euros par mois (25 %, +4 depuis décembre). Les cadres (51 %, + 6 depuis novembre) eux aussi se disent davantage séduits par Emmanuel Macron.

Il reste que le mouvement des Gilets Jaunes se poursuit et s’amplifie en Province chaque samedi davantage qu’à Paris. Comme nous l’expliquions la semaine passée, si les défilés deviennent moins violents pour la plupart, grâce à des procédures d’organisation qui s’améliorent de semaine en semaine, le mouvement ne parvient toujours pas à se structurer. Pour preuve la décision d’une des icônes des Gilets Jaunes de porter une liste aux élections européennes. Ce qui crée une forte dissension, les plus radicaux estimant qu’elle fait le jeu d’Emmanuel Macron. Ce qui est vrai dans la mesure où cela affaiblit les listes Rassemblement National et La France Insoumise. Et ce qui montre, de fait, qu’une bonne part de ce mouvement "France Profonde" est gangrené par des éléments de ces deux partis extrémistes.

Un sondage à 13 % pour les Gilets Jaunes

S’agissant des Européennes justement, il apparaît que la majorité arriverait en tête des élections avec 23,5 % des suffrages si ces dernières avaient lieu ce dimanche, suivie de près par le Rassemblement national (ex-FN) avec 20,5 %, montre un sondage Elabe pour BFM TV publié mercredi. Ce qui représente une hausse de quatre points pour le camp du Chef de l’État. Troisièmes, Les Républicains réunissent 12,5 % de suffrages (en baisse de deux points et demi), suivis de La France insoumise (9,5 %, -1,5 point), Europe Écologie Les Verts (9 %, + 2 points), le Parti socialiste (6 %, -1 point) et Debout la France (5 %, -1,5 point). La liste du Parti communiste et celle du mouvement de Benoît Hamon rassemblent chacune 2 % d'intentions de vote.

Dans l'hypothèse de l'émergence d'une liste "Gilets jaunes", créditée de 13 % d'intentions de vote, ce classement serait rebattu, la liste RN perdant notamment trois points (mais La République En Marche resterait en tête avec 22,5 % des voix). La lutte contre le réchauffement climatique est le premier enjeu cité par les sondés dans cette élection (37 %), suivie par "la maîtrise des flux migratoires" et la "lutte contre le terrorisme", cités par 34 % des personnes. Moins d'un tiers (30 %) des sondés se disent tout à fait certains d'aller voter aux élections du 26 mai et 53 % des personnes interrogées se disent intéressées par le scrutin. La participation en France lors des précédentes élections européennes de 2014 s'était établie à 42,4 %.

Les Républicains et le cas Bellamy

Ce dimanche a lieu la manifestation des foulards rouges largement soutenue par des proches du Président de la République et par des élus de son parti. Mais l’initiative, qui s’inspirait du défilé du 30 mai 1968 en soutien au Général de Gaulle, suscite plus de scepticisme que d’enthousiasme, jusqu’à l’Élysée. Dans la mesure où même si cette manifestation a lieu le lendemain de celle des Gilets Jaunes, cela ressemblerait à l’affrontement de "deux France", de deux catégories de français, ceux qui vivent dans les périphéries et ceux qui vivent dans les métropoles. En plus des scènes de violence auxquelles le monde entier a eu accès, cet éclatement de la cohésion nationale serait du plus mauvais effet, en France comme à l’Étranger.

Comme c’est le cas depuis plus d’un an, le Chef de l’État a la chance de n’avoir aucune opposition crédible. Et l’intronisation probable de François-Xavier Bellamy comme tête de liste des Républicains pour les Européennes, mardi prochain, ne va, sans doute pas, aider ce parti à faire un bon score. Car l’homme, s’il est sympathique et un philosophe talentueux, clive et ne rassemble pas, y compris dans son camp. En revanche toute la question qui se pose aujourd’hui à Emmanuel Macron est de savoir comment sortir du débat, sans semer la frustration. Surtout à partir du moment où il a déclaré jeudi dans la Drôme, cette phrase peu conventionnelle compte tenu de nos institutions : "Toutes les propositions donneront lieu, soit à des textes de loi, soit à des décisions d’organisation, soit à des modifications plus lourdes."

Vers un retournement mondial marqué

Au chapitre économique, il y a bien sûr toutes les déclarations prudentes voire inquiètes faites à Davos cette semaine. Un ralentissement synchronisé de l'économie mondiale est en cours et une aggravation du différend commercial entre les États-Unis et la Chine pourrait causer un retournement plus marqué, selon une enquête réalisée par Reuters auprès de centaines d'économistes dans le monde. Leur avis est radicalement différent de celui exprimé il y a à peine un an, qui montrait un optimisme sur la croissance mondiale. Mais depuis, les tensions commerciales et le durcissement des conditions financières ont pénalisé l'activité dans la plupart des économies, notamment en Chine où la croissance est tombée l'an dernier à un plus bas de 28 ans.

Les enquêtes de Reuters réalisées ces deux dernières années ont régulièrement fait ressortir le risque protectionniste comme l'un des plus importants pour l'économie mondiale. La dernière enquête, réalisée auprès de plus de 500 économistes ce mois-ci, montre que les prévisions de croissance de 33 des 46 économies recensées ont été revues à la baisse. Les estimations ont été inchangées pour dix économies et revues légèrement à la hausse pour trois d'entre elles. Les prévisions d'inflation pour cette année ont aussi été abaissées pour la plupart des économies. Près de la moitié des 270 économistes qui ont répondu à une question supplémentaire ont indiqué qu'une aggravation du conflit commercial entre Washington et Pékin pourrait provoquer un ralentissement économique mondial encore plus marqué cette année.

Les tensions commerciales vont peser toute l’année

Le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping se sont donnés jusqu'au 1er mars pour parvenir à un accord commercial, mettant sous le boisseau leurs menaces de mettre en œuvre des droits de douane supplémentaires. Mais les négociations ne semblent avoir pour l'heure que peu progressé. Les craintes des économistes sur le commerce international coïncident avec un sentiment de plus en plus négatif parmi les acteurs de marché et qui ont revu en baisse leurs prévisions sur les marchés actions, obligataire et pétrolier. Indépendamment de la trêve conclue entre Donald Trump et Xi Jinping lors de leur rencontre de décembre, les tensions commerciales devraient peser sur l'activité en 2019 estiment ces experts.

La croissance économique mondiale devrait ressortir à 3,5 % cette année, contre une prévision de 3,6 % dans l'enquête précédente, ce qui représente une deuxième révision à la baisse d'affilée. Cette prévision est en ligne avec l'estimation du Fonds monétaire international qui a prévenu lundi des risques associés aux tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, de ceux concernant les modalités de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (Brexit) et de l'éventualité d'un ralentissement plus marqué qu'attendu de l'économie chinoise. Ce ralentissement économique mondial a aussi obligé les grandes banques centrales à modifier leur discours et à adopter une position plus accommodante en dépit de la nécessité de normaliser leur politique monétaire après les mesures exceptionnelles prises après la crise de 2008.

Draghi ne cache plus son inquiétude

Les économistes s'attendent toujours à ce que la Réserve fédérale relève ses taux deux fois cette année, conformément à ce que prévoit la banque centrale américaine elle-même, mais ils estiment désormais que ce relèvement interviendra plutôt au deuxième trimestre qu'au premier. Une minorité assez importante juge qu'il n'y aura qu'un relèvement voire aucun cette année. En Europe, la Banque centrale européenne (BCE) a laissé sa politique monétaire inchangée jeudi, mais son président Mario Draghi a reconnu que les risques pour la croissance de la zone euro étaient désormais orientés à la baisse. Les perspectives pour la région se sont dégradées avec l'affaiblissement de l'économie de l'Allemagne, qui a frôlé une récession technique au second semestre de 2018.

Du côté du business, après la fin du feuilleton Renault et l’adoubement heureux de Jean-Dominique Senard à la tête du constructeur français, toute la question reste de savoir comment Renault va pouvoir reconstruire une relation de confiance avec son allié japonais, qui est d’abord sa filiale, mais aussi son partenaire au sein de l’Alliance. On peut compter sur le talent de négociateur de l’actuel patron de Michelin, qui ne partira de la gérance du géant clermontois qu’au mois de mai prochain, à l’issue de la prochaine assemblée générale des actionnaires. Quant à la prochaine assemblée générale de Renault, elle risque d’être très houleuse lorsqu’il s’agira de voter les émoluments de Carlos Ghosn et ses éventuelles indemnités de départ.

Alexandre Ricard tient tête à Elliott

Autre feuilleton interminable : celui des relations entre le groupe Vivendi et le fonds vautour Elliott au sein du capital Telecom Italia. Les dirigeants actuels du groupe qui sont de plus en plus contestés, eu égard à la chute du titre, se préparent à annoncer le 21 février, une éventuelle scission du groupe (entre l’activité de services et celle de réseaux). À un moment où ses produits dérivés vont lui permettre de remonter au capital en profitant des très bas cours. En espérant que l’assemblée générale des actionnaires du 29 mars approuve cette vente à la découpe. C’est pourquoi Vivendi a alerté en cette fin de semaine les autorités boursières Italiennes de ce qui continue à ressembler à une vaste manipulation de cours au détriment des plus modestes actionnaires de TIM.

Elliott, toujours lui, dont le bilan financier serait catastrophique, du moins s’agissant de son activité européenne, opérée depuis Londres, a envoyé ses deux polytechniciens rencontrer Alexandre Ricard et Julia Massies (la responsable investisseurs) le 15 janvier au siège du groupe. Ils ont répété leurs doléances concernant la marge opérationnelle qu’ils constatent plus faible que Diageo et ont critiqué de nouveau la part trop grande faite aux représentants familiaux au sein du conseil d’administration. C’est ce qui a conduit à la nomination de Patricia Barbizet, personnalité incontestable et indépendante, au poste d’administrateur référent. En fait cela était prévu depuis plusieurs mois et n’a rien à voir avec les manœuvres d’intimidation d’Elliott. Pour le reste, Alexandre Ricard, qui sortira sûrement renforcé de cet affrontement, se prépare à s'assurer une fois encore la confiance des analystes, le 7 février prochain, avec la publication des résultats semestriels, dont on peut s'attendre à ce qu'ils constituent une belle réponse aux injonctions d'Elliott.

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