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Yves de Kerdrel
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Macron n’a pas encore trouvé d’issue
par Yves de Kerdrel
Actuellement toutes les semaines se suivent… et se ressemblent. Le samedi les "Gilets jaunes" défilent, de plus en plus nombreux dans les grandes villes de Province et de moins en moins nombreux à Paris où se répètent les incidents avec les forces de l’ordre. Le dimanche, les hommes et les femmes politiques discourent de la situation sur les plateaux de télévision. Le lundi, Emmanuel Macron partage ses doutes sur l’issue du grand débat national lors de son déjeuner hebdomadaire avec Édouard Philippe. Le mardi, les questions au gouvernement, en l’absence d’un ordre du jour consacré aux réformes, montrent que les préoccupations remontant des territoires restent plus vives que jamais. Le mercredi, le conseil des ministres est de plus en plus court, puisque tous les sujets importants sont gelés. Et le jeudi et le vendredi les deux têtes de l’exécutif vont discourir sur les 80 kilomètres heure, les agences postales qui ferment ou la désindexation des retraites un peu partout en France dans des bourgs bouclés par des CRS.
L’atmosphère du pays s’en ressent. C’est-à-dire qu’il ne se passe plus rien au niveau gouvernemental – en dehors de l’examen de la loi anticasseurs – qui pose de nombreux problèmes d’atteintes aux libertés publiques comme l’a très bien montré François Sureau, pourtant proche du Chef de l’État. Une fois votée, cette loi devient une arme terrible si, par malheur, un camp extrême arrive un jour au pouvoir. Les préfets pourront interdire toute manifestation sans aucune forme de procès. En revanche, il existe plein de projets de lois dans les tuyaux prêts à être examinés à partir du 15 mars. À commencer par la loi santé d’Agnès Buzyn qui doit mettre fin au fameux "numerus clausus". Même les ministres s’impatientent. L’un d’entre eux me confiait cette semaine "vivement le 15 mars pour que l’on puisse faire comme avant !"
Le pari de Macron pour les Européennes
Mais le problème est là en partie. Les Français attendent de ceux qu’ils ont élus qu’ils dirigent désormais autrement. Qu’ils arrêtent de faire comme avant. Cela, Emmanuel Macron l’a bien compris. Avec deux priorités. Que l’on s’intéresse aux Français dans leur ensemble en arrêtant de ne prioriser que les problèmes des cités, des quartiers, et des territoires perdus de la République. C’est ce qu’Alain Finkielkraut a très justement fait remarquer. Et deuxièmement que la France cesse de donner l’impression de n’être plus un pays souverain. C’est-à-dire un pays où le pouvoir a été capté par une poignée de technocrates qui appliquent la doxa maastrichtienne à partir d’objectifs budgétaires conçus il y a plus de trente ans, lorsque l’économie numérique n’existait pas.
Ce sera là une partie du débat qui affrontera les grands – et même les plus petits partis – lors de la campagne pour les élections européennes. Emmanuel Macron a décidé de prendre sa revanche sur l’opinion à l’occasion de ces élections et de faire en sorte que La république en Marche arrive en tête devant un Rassemblement National forcément affaibli par la présence d’une liste "Gilets Jaunes". Même si celle-ci a encore du mal à se structurer et à éclore. Par ailleurs Nicolas Dupont-Aignan entend bien siphonner une partie des voix du Rassemblement National et des Républicains. D’où son idée de placer en positions éligibles Jean Frédéric Poisson, l’ancien député des Yvelines et Jeannette Bougrab, la fille de harkis, qui n’a pas sa langue dans sa poche s’agissant de l’islam.
Une liste Républicains bloquée à 12 %
Laurent Wauquiez a donc investi le philosophe versaillais François-Xavier Bellamy comme tête de liste pour les Européennes. Avec toujours la volonté de droitiser l’image du parti. Malgré tout, il a placé en deuxième position la présidente de la Fédération de Paris Agnès Evren, proche de Valérie Pécresse, et en troisième position le juppéiste Arnaud Danjean, qui avait été chargé par Emmanuel Macron de mener il y a dix-huit mois une revue stratégique du Pays. Ensuite figureraient les caciques du Parlement européen comme Rachida Dati, Brice Hortefeux et Nadine Morano. Geoffroy Didier devrait pour sa part figurer à la septième place, donc en position éligible.
Malgré tout pour l’heure cette liste LR semble bloquée à 12 % d'intentions de vote. Dans un sondage OpinionWay/Tilder sur les européennes publié jeudi dans Les Échos, le Rassemblement national et La République en marche se disputent le haut du podium. La liste RN, chapeautée par Jordan Bardella, arrive en tête des intentions de vote avec 22 %, inversant la tendance relevée une semaine auparavant lors de l’enquête Elabe pour BFMTV. Alliée au MoDem, LaREM est créditée de 20% d'intentions de vote pour le scrutin du 26 mai. Rappelons que le parti présidentiel n'a toujours pas choisi sa tête de liste. Les mouvements incarnés par Marine Le Pen et Emmanuel Macron distanceraient, d'assez loin, la liste des Républicains (12 %), celles de La France Insoumise (8 %) et d'Europe Écologie-Les Verts (8 %), si le scrutin avait lieu dimanche.
Un indice de participation faible
Viennent ensuite les listes Debout la France (7 %), du Parti socialiste (6 %), de Génération.s (4 %), de l'UDI (3 %) et du Parti communiste (2 %). Ils sont 6 % à choisir une autre liste, en sachant qu'aucune liste "gilets jaunes" n'a été testée par l'institut OpinionWay. Les listes Lutte ouvrière, Les Patriotes et Union populaire républicaine sont aux alentours de 1 %. À quatre mois de ces élections, qui représenteront une étape charnière du quinquennat d'Emmanuel Macron, 21 % des personnes interrogées n'expriment pas d'intentions de vote. Par ailleurs, six Français sur dix (60 %) ne souhaitent pas que les gilets jaunes présentent une liste aux Européennes, contre 38 % qui y sont favorables.
L'indice de participation est estimé à 43 % du corps électoral, soit un niveau proche du taux effectif de participation au scrutin de 2014 (42,4 %). L'intérêt pour la campagne des Européennes est plus élevé, avec 59 % des Français qui se disent intéressés et 40 % pas intéressés. Si 43 % veulent exprimer leur opposition à l'action d'Emmanuel Macron et du gouvernement en votant aux Européennes, 14 % souhaitent lui exprimer leur soutien. Pour 40 %, leur opinion sur l'action du chef de l'État n'est pas l'essentiel de ce scrutin. La fiscalité (43 %), la lutte contre le terrorisme (40 %) et l'environnement (38 %), sont considérés comme les enjeux prioritaires de la campagne à venir.
Nette baisse de l’activité en Europe
Au chapitre économique, la croissance de l'activité manufacturière dans la zone euro a été quasi nulle en janvier et les nouvelles commandes ont subi leur plus forte baisse depuis près de six ans, comme en témoignent les résultats définitifs de l'enquête IHS Markit. L'indice PMI manufacturier pour l'ensemble du vieux Continent a reculé pour le sixième mois consécutif, à 50,5 après 51,4 en décembre, un chiffre inchangé par rapport à la première estimation publiée le mois dernier. Il s'agit du chiffre le plus faible enregistré depuis novembre 2014. Rappelons que cet indice - mesurant l'évolution de la production - entre dans le calcul de l'indice PMI composite attendu mardi prochain. Il est revenu à 50,5 après 51,0, au plus bas depuis cinq ans et demi.
L'activité du secteur manufacturier allemand s'est contractée pour la première fois en plus de quatre ans en janvier, la chute des nouvelles commandes s'aggravant avec la baisse de la demande des principaux partenaires commerciaux du pays comme les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. L'indice PMI Markit manufacturier est tombé à 49,7 le mois dernier, contre 51,5 en décembre et une première estimation à 49,9. Il se situe ainsi au-dessous du seuil de 50 qui sépare une contraction d'une croissance de l'activité. Le secteur manufacturier allemand n'a pas montré de signes de redressement en janvier, la baisse des carnets de commandes s'étant poursuivie pour le quatrième mois consécutif, indique-t-on chez Markit. Avant d’ajouter que grâce à une forte hausse de la production de biens de consommation, la production totale reste de justesse en croissance en janvier mais les risques augmentent pour les perspectives à court terme.
Le Brexit entraîne une hausse des stocks
L'activité manufacturière française s'est légèrement redressée en janvier selon la version définitive de l'indice des directeurs d'achats calculé par IHS Markit. L'indice PMI des acheteurs est repassé au-dessus de la barre des 50 qui sépare la zone de contraction de la zone d'expansion pour s'établir à 51,2. L'activité manufacturière s'était contractée en décembre (indice à 49,7) pour la première fois depuis septembre 2016, dans un contexte perturbé par les répercussions du mouvement des "Gilets jaunes". Si la production a de nouveau reculé en janvier, sous l'effet notamment de la faiblesse continue du secteur de l'automobile, la contraction est moindre qu'en décembre. Les prises de commandes ont également diminué en janvier, en raison notamment des perturbations liées à la crise des "Gilets jaunes", mais le niveau de contraction est très faible selon Markit.
À noter qu’en Grande-Bretagne, les entreprises industrielles britanniques ont enregistré en janvier la plus forte augmentation de leurs stocks depuis le début des années 1990, conséquence des préparatifs en cours en vue d'un possible Brexit sans accord négocié. Elle reflète aussi un pessimisme accru des industriels, dont l'activité a vu sa croissance tomber à son plus bas niveau depuis juillet 2016. L'indice PMI manufacturier a reculé à 52,8 après 54,2 en décembre, inscrivant un plus bas de trois mois. Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient un chiffre plus élevé, à 53,5. L'indice mesurant l'évolution des stocks a bondi à 56,3 après 54,2 alors que celui de la production reculait à 51,4 après 52,4. Pour Markit, il existe un risque important de voir le secteur manufacturier britannique entrer en récession.
Le très beau millésime de LVMH
Du côté du business, le marché a commencé à enregistrer les premières publications de résultats annuels au titre de l’exercice 2018. LVMH a ouvert le bal avec des performances stupéfiantes, tant en termes d’activités, dans tous les domaines du luxe, qu’en termes de rentabilité. En témoignent ce résultat opérationnel courant de 10 milliards d’euros et ce cash-flow disponible de 5,3 milliards d’euros qui sont des armes très précieuses pour l’avenir et pour le développement du luxe. Le seul problème qui se pose chaque année à LVMH après la publication de ses comptes, c’est comment trouver les moyens de faire encore mieux, et de continuer à surfer sur la poussée de ces nouveaux millionnaires asiatiques – hors Japon – qui font à eux seuls 30 % du chiffre d’affaires du groupe.
L’autre très bonne surprise de la semaine a résulté de la publication d'une activité plus forte qu'escompté au dernier trimestre de 2018 pour le groupe JCDecaux. Le groupe dont l’action s’est adjugée près de 10 % a fait état d'une croissance organique de son chiffre d'affaires ajusté de 5,4 % au quatrième trimestre, jugé meilleur qu'attendu. Sur l'ensemble de 2018, JCDecaux a réalisé un chiffre d'affaires ajusté de 3,62 milliards d'euros, en hausse de 3,6 % sur un an et de 5,2 % en données organiques. Cette performance est supérieure aux attentes les plus élevées. Le consensus tablait en moyenne sur une croissance organique de 4,6 % en 2018 et la une prévision la plus optimiste la donnait à 5 %. Pour les analystes de Morgan Stanley, le maintien d'une solide croissance en Chine constitue la principale surprise de la fin 2018. JCDecaux dévoilera ses prévisions pour 2019 à l'occasion de la publication de ses résultats annuels, le 7 mars.
Atos crée deux leaders mondiaux
Enfin Atos s’est envolé en bourse jeudi après l’annonce d’un projet de distribution à ses actionnaires de 23,4 % du capital de sa filiale Worldline, parachevant ainsi la séparation des activités du groupe spécialisé dans les moyens de paiement, entamée lors de son introduction en Bourse en 2014. À l’issue de ce projet - qui devrait être finalisé au cours de la première quinzaine de mai, après son adoption par l’assemblée générale du 30 avril - le groupe de services informatiques dirigé par Thierry Breton ne détiendra plus que 27,4 % du capital de Worldline, dont le flottant sera porté à environ 45,7 %. Les actionnaires d’Atos recevront deux actions Worldline pour cinq actions Atos. Conçue par Goldman Sachs et d’Angelin & Co, cette opération intervient après les acquisitions l’an dernier par Atos de la SSII américaine Syntel pour 2,9 milliards d’euros et du groupe suisse Six Payment services par Worldline pour 2,3 milliards, dans un secteur des moyens de paiement en pleine ébullition, marquée par une vague de consolidation.
Cette activité est en effet au cœur de la bataille que se livrent les banques, les SSII et des acteurs comme Amazon, Google ou Apple pour capter la manne représentée par les données des consommateurs. À l’occasion d’une journée investisseurs organisée au siège d’Atos, le groupe a par ailleurs confirmé ses objectifs 2019 après une année 2018 décevante. Le titre Atos a ainsi reculé de 41 % en 2018, en raison notamment de la révision à la baisse en octobre de son objectif de chiffre d’affaires, qui s’est finalement établi à 12,26 milliards d’euros (+1,2 % en organique) avec une marge opérationnelle en repli à 10,3 % (contre 10,8 % en 2017).
La semaine prochaine sera marquée, notamment mercredi 6 février par les résultats annuels de Vinci, Dassault Systèmes, BNP Paribas et Klépierre. Jeudi ce sera au tour de la Société Générale de communiquer les siens à un marché en attente de nouvelles rassurantes. Grosse journée avec également les résultats – sans doute historiques – de Total, de L’Oréal, de Sanofi, d’Arcelor Mittal et de Tarkett ainsi que les semestriels de Pernod-Ricard. Le vendredi ne sera marqué que par la publication, très attendue, du chiffre d’affaires d’Hermès pour l’année 2018.
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