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Yves de Kerdrel
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Macron reprend de la hauteur
par Yves de Kerdrel
Plus Emmanuel Macron enchaîne les séances du Grand Débat National, en banlieue à la rencontre des problèmes spécifiques de ces parties du territoire ou face aux jeunes – même s’il s’agit de parler de sujets qui ne figurent pas parmi les quatre chapitres auxquels il a lui-même limité le débat – plus il semble prendre goût à cet exercice, que les télévisions en continu rediffusent abondamment et auquel il prend goût. Il faut dire que cet amateur de théâtre sait convaincre son auditoire, en déambulant parmi les Français invités à débattre, la veste tombée, tout en y consacrant le temps qu’il faut.
Le principal problème qui commence à apparaître, et qu’ont déjà identifié, les deux secrétaires d’État chargés de gérer ce Grand Débat National, c’est que les questions et les doléances des Français sont majoritairement orientées, non pas sur plus de justice sociale, mais sur plus de justice fiscale. Et c’est ce qui a amené cette semaine une vingtaine de députés macroniens à réclamer une sorte de nouvel impôt sur la fortune. Alors que d’autres demandent à cor et à cri la mise en placer d’une tranche supplémentaire supérieure pour les gros revenus. Rappelons qu’avec les prélèvements sociaux, la taxation supérieure est actuellement de 58 % en France et que notre pays est le champion d’Europe des prélèvements obligatoires.
Les doléances du débat tournent en rond
Il serait tout de même paradoxal qu’une crise sociétale profonde née d’un ras-le-bol fiscal, débouche sur une augmentation des impôts. Comme si notre Pays, et pas seulement ses dirigeants, cherchait la solution à tous nos maux dans la fiscalité et jamais dans la réduction de la dépense publique. Bien sûr les cahiers de doléances sont truffés de demandes visant à diminuer le nombre des parlementaires ou bien à tirer un trait sur le Conseil Économique Social et Environnemental. Mais il n’y a pas besoin d’être énarque pour savoir que sur les 1.100 de dépenses publiques, là où il y a des marges de manœuvre importantes, c’est sur les 700 milliards de la sphère sociale. Y compris en accroissant l’âge de la retraite qui reste de cinq ans inférieur à ce qu’il est chez notre principal voisin, l’Allemagne.
Les cinq garants du Grand Débat – dont on ne sait pas très bien à quoi ils servent – pourraient s’assurer que toutes les pistes possibles sont soumises à la discussion. Mais la discussion tourne indéfiniment en rond. Et c’est pourquoi les "Gilets Jaunes" qui sont tout de même de moins en moins nombreux estiment que ces réunions ne répondent en rien à leur préoccupation. Comme l’a encore répété récemment Laurent Berger, la vraie question du Pays aujourd’hui, qui rejoint à la fois l’écologie, les territoires, la citoyenneté et le pouvoir d’achat, c’est celle du pouvoir de vivre. Et l’entrée en vigueur de la loi Alimentation qui va entraîner des hausses de prix de produits de première nécessité ajoutée au prélèvement à la source risquent d’avoir des effets terribles sur la consommation en février.
La fausse bonne idée du référendum
Il y a une semaine, le Journal du Dimanche croyait tenir un grand secret en révélant qu’Emmanuel Macron songeait à proposer un référendum aux Français le 26 mai prochain, jour des élections européennes. D’abord, c’est une solution dont on parle depuis longtemps dans son entourage et à contre laquelle Gérard Larcher tente de lutter de tout son poids. Ensuite, depuis qu’elle a été rendue publique avec tant de fracas, les réactions négatives se multiplient, y compris jusqu’à Matignon. De surcroît un référendum à choix multiple comptant parmi ses questions la réduction du nombre de parlementaires, serait probablement refusé par le Conseil Constitutionnel qui a le dernier droit de regard sur ce qui pourrait ressembler à une tentative de plébiscite.
Comme l’a montré un sondage du Figaro, les Français sont eux favorables à cette solution. Parce qu’ils sont toujours favorables aux référendums. Mais, primo, cela passerait par pertes et profit la campagne pour les élections européennes. Secundo, la sélection des questions constituerait déjà un premier biais, alors que jamais il n’y a eu en France de référendums à choix multiples. Enfin, il se pourrait que le taux de participation soit très faible, comme il l’est à chaque élection européenne – où seuls les extrêmes se mobilisent – ce qui poserait un problème de représentativité. Du coup Emmanuel Macron cherche toujours l’issue à ce Grand Débat, pendant lequel la France est à l’arrêt.
Un attentisme insupportable pour le business
La plupart des patrons que nous avons pu rencontrer ces derniers jours nous confient tous qu’ils sont dans une période d’attente, qui leur paraît très longue et très dangereuse. Car l’arrivée du Brexit impose à beaucoup d’entreprises de prendre des décisions structurantes. D’autres mettent en attente des projets de rapprochement. Et cela se remarque particulièrement au sein des groupes de private equity où l’on déclare avoir beaucoup de difficultés à obtenir des réponses d’acheteurs sur des projets de désinvestissement.
À cela s’ajoutent les scories de l’affaire Benalla qui risquent de se prolonger, à travers une course entre Le Monde et Mediapart, qui sont tous les deux convaincus que cette affaire en cache une autre plus importante encore touchant au mode de fonctionnement de l’Élysée. L’arrivée de Philippe Grangeon au Château, n’a pas eu pour l’instant d’effets visibles. Il se pourrait que sa première décision consiste à faire venir son ami Mathias Vicherat comme directeur de la communication. Celui-ci a quitté la SNCF à l’automne dernier. Il entretient une relation ancienne avec Emmanuel Macron, puisqu’ils étaient ensemble à l’ENA. Et à la différence de Sylvain Fort qui aimait humilier les journalistes, c’est un séducteur et un homme de réseaux qui connaît déjà très bien les grands noms de la presse, par ses anciennes fonctions et par son épouse, Marie Drucker.
Macron voit sa popularité rebondir
Il reste qu’Emmanuel Macron respire un peu mieux qu’il y a deux mois. Comme en témoigne la remontée de sa popularité dans plusieurs sondages. Il arriverait en tête du second tour de l'élection présidentielle, avec 56 % des voix devant Marine Le Pen (44 %) si le scrutin avait lieu dimanche, comme le montre un sondage Ifop pour Marianne publié vendredi. Au premier tour, le chef de l'État réunirait 30 % des intentions de vote, la présidente du Rassemblement national (RN) 27 %, Jean-Luc Mélenchon 12 %, suivis de Laurent Wauquiez pour Les Républicains (LR) à 8 % et Benoît Hamon et Nicolas Dupont-Aignan à 6 % tous les deux. Olivier Faure (PS) obtiendrait 3 % et Yannick Jadot (Europe Écologie Les Verts) 2 %. Sur fond de mouvement des "Gilets jaunes", il réduit toutefois son avance au second tour sur Marine Le Pen.
Au chapitre économique, il est important de retenir que la production industrielle de la France a rebondi plus fortement qu'attendu au mois de décembre, progressant de 0,8 %, selon les données publiées vendredi par l'Insee. Ce rebond de la production industrielle en décembre fait suite à une baisse révisée à 1,5 % en novembre (contre -1,3 % en première estimation). Il s'avère supérieur aux attentes des économistes interrogés par Reuters, qui tablaient sur une progression de 0,6 % de la production industrielle. Au cours du quatrième trimestre, la production a diminué dans l'industrie manufacturière (-0,4 %) comme dans l'ensemble de l'industrie (-0,5 %). Sur l'ensemble de l'année 2018, la production manufacturière s'est contractée de 1,5 %. La baisse ressort à 1,4 % dans l'ensemble de l'industrie.
La zone Euro semble bien embourbée
Le ralentissement économique que connaît la zone euro pourrait être plus long et plus marqué qu'anticipé initialement mais rien ne prouve à ce stade que ce sera le cas, a déclaré Benoît Coeuré, l'un des membres du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), dans un entretien au magazine financier américain Barron's. "Nous ne pensons pas disposer d'éléments suffisants pour conclure que nous sommes confrontés à un ralentissement durable et grave de l'économie de la zone euro", a-t-il dit dans l'entretien. Avant d’ajouter : "Ce que nous observons aujourd'hui, c'est que le ralentissement pourrait être plus large et plus prolongé que prévu initialement." Benoît Coeuré a également affirmé que la BCE disposait encore d'instruments permettant de combattre un ralentissement de l'économie et qu'elle pouvait aussi recourir à de nouveaux outils pour affronter une situation inattendue.
Il reste que la Commission européenne a revu en forte baisse jeudi ses prévisions de croissance de la zone euro cette année et en 2020, en raison d'un ralentissement dans les grands pays du bloc lié aux tensions commerciales et à une dette publique croissante. Dans ses prévisions économiques trimestrielles, l'exécutif européen a aussi abaissé ses estimations d'inflation des 19 pays de la zone euro pour cette année et la prochaine. Elle prévoit désormais un taux d'inflation pour 2019 à 1,4 %, au lieu de 1,8 % en novembre, inférieure à l'estimation de la Banque centrale européenne qui est à 1,6 %, et encore plus éloigné de l'objectif de 2 % de la BCE. Depuis décembre, les dirigeants de la BCE ont fait savoir que les prévisions devraient être revues en baisse en mars. Pour 2020, la Commission table sur un taux d'inflation à 1,5 % au lieu de 1,6 % précédemment.
Les banques réduisent la voilure
La Commission s'attend à 1,3 % de progression du produit intérieur brut dans la zone euro en 2019, au lieu de 1,9 % auparavant, après 1,9 % anticipé pour l'année dernière (révisé de 2,1 %). Pour 2020, elle prévoit un rebond à 1,6 % contre 1,7 % auparavant. Pour l'ensemble de l'Union européenne à 27 - hors Royaume-Uni qui s'apprête à en sortir en mars - ses prévisions d'hiver donnent une croissance de 1,5 % du PIB cette année, contre 2,0 % annoncé à l'automne, et de 1,8 %, au lieu de 1,9 %, pour l'an prochain, contre 2,1 % en 2018 (contre 2,2 % estimé en novembre). En Allemagne, la première économie d'Europe, la croissance devrait ralentir, à 1,1 % contre 1,5 % en 2018. En France, la Commission a révisé à la baisse sa prévision de croissance du PIB 2019 à 1,3 % contre 1,6 % prévu à l'automne dernier, une correction qui reflète celle de la zone euro dans son ensemble.
Du côté du business, les séances boursières ont été scandées par les premières publications de résultat avec notamment les annonces de BNP Paribas et de la Société Générale visant à réduire la voilure de leurs activités de marchés, de moins en moins rentables, tout en étant fort consommatrices de fonds propres. Encore une fois, Frédéric Oudéa, le patron de la SocGen a répété qu’il était hostile à tout projet de rapprochement avec une autre banque alors que la fusion de la Deutsche Bank et de la Commerzbank avance plus vite que prévu, à la demande des pouvoirs publics allemands et avec le soutien des actionnaires qataris.
Vers une évolution de la doctrine européenne
L’annonce du veto européen à la fusion entre Alstom et Siemens n’a pas eu de conséquence boursière, dès lors qu’elle était largement anticipée. Ce qui est important, c’est qu’elle a donné lieu de la part de Bruno Le Maire à des déclarations définitives sur une nécessaire adaptation de la doctrine européenne en matière de concurrence. Et au même moment les Allemands ont eux aussi fait un grand pas dans le même sens, tout en annonçant la création d’une sorte de fonds souverain destiné à venir en aide aux entreprises allemandes menacées par des capitaux chinois. Cela montre que la naïveté est peu à peu en train de quitter les esprits de ceux qui nous dirigent. Mais avec tout de même un peu de retard sur les événements.
La semaine prochaine sera marquée par la publication des résultats annuels de la Coface et de Michelin dès demain lundi. Le lendemain ce sera au tour de Kering et de Natixis d’annoncer les leurs. Mercredi sont attendus les résultats annuels de Mercialys, d’Unibail, de Bic et d’Amundi. Jeudi prochain est sans doute la plus grosse journée de cette saison avec ADP, Schneider, Air Liquide, Vivendi, Renault, Legrand, Imerys, Airbus, Crédit Agricole, Cap Gemini, Euronext et Plastic Omnium. Enfin vendredi sont attendus les comptes annuels de TF1 et d’EDF.
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