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La contestation s’essouffle, mais la crise persiste
par Yves de Kerdrel

Trois mois après les premières manifestations des « Gilets Jaunes » le mouvement montre de nets signes d’essoufflement, et bénéficie d’un moindre degré de soutien des Français. Ce qui redonne de l’air au Chef de l’État. Mais celui-ci, qui exclut désormais le recours au référendum, cherche toujours la solution politique à la crise et l’issue à un grand débat national de plus en plus focalisé sur la fiscalité.
17/02/2019 - 07:00 Temps Lecture 15 mn.

À l’Élysée, c’est désormais le vide intégral. Après le départ de Sylvain Fort, qui a permis d’apaiser les relations avec la presse et d’organiser des séances de "off", après celui de Stéphane Sejourne chargé de préparer les élections européennes – sans que La République en Marche ait une tête de liste – c’est le voisin de bureau du Chef de l’État qui fait ses bagages : Ismaël Emelien. Très proche de DSK, passé par Havas, c’était lui qui était en contact direct avec Alexandre Benalla, c’était lui qui était chargé des basses œuvres du Président, c’était la bête noire de Brigitte Macron qui avait plusieurs fois demandé sa tête. Et surtout au moment où la justice relance l’affaire Business France, via Havas, il était indirectement visé, puisque c’est sa compagne qui s’occupait des relations avec Muriel Pénicaud.

Voilà donc le Chef de l’État très seul, à l’exception de Philippe Grangeon qui a rejoint le Château il y a quelques jours et qui s’emploie, avec l’aide de chasseurs de têtes, à trouver un directeur de la communication pour le Président de la République. Quant aux visiteurs du soir, comme Robert Zarader ou Pierre Weill, le fondateur de la Sofres, qu’Emmanuel Macron interrogeait régulièrement, ils sont désormais hors circuit. Seul reste Alexis Köhler qui tient la maison en tandem avec Benoit Ribadeau-Dumas à Matignon. Mais le secrétaire général de l’Élysée ne fait pas mystère de cesser cette épuisante vie de cabinet. Ce qui est également souhaité par de nombreux chefs d’entreprise qui le trouvent un peu trop raide.

L’épineux problème de l’ISF persiste

Pour l’heure, Emmanuel Macron fait comme si de rien était et poursuit ses participations aux interminables séances du Grand Débat National. Et il en sera encore de même cette semaine. Au terme d’un mois de séances de débat, le Chef de l’État a fait faire un premier état des lieux des doléances. Elles se situent sur deux fronts. D’abord le champ fiscal avec l’épineux problème de l’ISF, que près de 80 % des Français veulent voir rétabli (et 95 % des doléances). C’est ce qui a conduit Emmanuel Macron à clore tout de suite cette semaine un nouveau débat sur la taxe carbone lancé par des députés de son mouvement. C’est aussi ce qui l’a conduit à clore le débat ouvert sur les niches fiscales par Gérald Darmanin.

Le second sujet tient aux normes, aux complications administratives de la vie quotidienne. Notamment dans les territoires. C’est un sujet multiforme et difficile à appréhender, de la part de l’Élysée comme de Matignon. En dehors du problème des 80 kilomètres heure qui est la face émergée de l’iceberg, il y a toute une série d’autres sujets qui relèvent presque du cas par cas, mais qui justifient l’exaspération d’une partie des Français. Et après avoir déjeuné cette semaine avec Gérard Larcher, Emmanuel Macron a bien compris que ce n’était pas un référendum sur la réduction du nombre des parlementaires ou des avantages consentis aux anciens premiers ministres qui pourrait changer quoi que ce soit.

Une solution Le Drian et une autre Borloo

De fait aujourd’hui, la solution du référendum semble s’éloigner très nettement. Car même s’il s’agit d’un questionnaire à choix multiple, et à condition que le Conseil Constitutionnel l’autorise, le résultat pourrait être très négatif pour le Chef de l’État. Du coup il est de nouveau question de changer l’équipe gouvernementale et de refaire appel à "l’ancien monde". À gauche, beaucoup aimeraient voir Jean-Yves Le Drian accéder à Matignon. Mais d’une part le locataire actuel du Quai d’Orsay n’en a aucune envie, et regarde plutôt un éventuel retour en Bretagne. D’autre part ses rapports sont exécrables avec le Chef de l’État qui le voit comme l’œil de François Hollande au sein de son équipe.

Le nom de Jean-Louis Borloo circule beaucoup. Mais c’est sans compter la détestation de l’ancien Ministre de la Ville avec François Bayrou, qui, dans l’ombre, continue à influencer largement Emmanuel Macron. Surtout il y a moins d’un an, Jean-Louis Borloo a été humilié par Emmanuel Macron qui a directement rangé aux oubliettes un rapport sur les banlieues rédigé par l’ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. Certains estiment que cette plaie, qui est encore assez vive, peut se refermer, tant Jean-Louis Borloo a envie de Matignon. Mais avec quelle feuille de route ? Avec quel programme et avec quelle équipe gouvernementale ? Il reste qu’Édouard Philippe manifeste depuis quelques semaines de plus en plus d’intérêt pour un retour au Havre en 2020. Ce qui veut peut-être dire que la solution passe par son départ.

Nécessité de revenir devant le Parlement

Il restera à écrire noir sur blanc une charte issue des multiples réunions du grand débat et des cahiers de doléances. Beaucoup plaident, avec justesse, pour que le travail soit confié à un groupe de parlementaires raisonnables issus du Sénat comme de l’Assemblée Nationale. Car il ne serait pas normal qu’après une telle crise politique, les deux chambres n’aient pas leur mot à dire. Il ne s’agit pas de créer une constituante, mais de faire tirer les leçons du Grand Débat par des parlementaires en fonction de ce qui relève de la loi et du décret. Tout cela sous la houlette d’un sage, qui pourrait être Gérard Larcher ou Jean-Louis Bourlanges.

En attendant, les sondages restent haussiers tant pour le Chef de l’État que pour le Premier Ministre. Même si les deux tiers des Français estiment qu’Emmanuel Macron profite du grand débat pour faire campagne indûment pour les élections européennes, d'après un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France Info et le Figaro. D'après ce sondage, 55 % des Français interrogés pensent par ailleurs qu’Emmanuel Macron en fait trop et qu’il est trop présent dans les médias dans le cadre du grand débat national, même s'ils le trouvent plutôt bon sur la forme pour 53 % d'entre eux. Mais une large majorité (78 %) pense que le chef de l'État ne parviendra pas à retrouver la confiance des Français, car ils estiment pour 68 % des personnes interrogées qu'il n'a pas été convaincant sur le fond sur la plupart des sujets.

De l’espoir dans les discussions USA Chine

Au chapitre économique, le principal sujet qui concerne les décideurs comme les marchés tient aux discussions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Le président américain, Donald Trump, a déclaré cette semaine qu'il pourrait repousser un peu l'échéance actuellement fixée au 1er mars pour les discussions commerciales avec la Chine, tout en soulignant qu'il préférerait ne pas avoir à le faire, et il a dit espérer rencontrer son homologue chinois, Xi Jinping, pour conclure formellement un accord le moment venu. De hauts responsables de l'administration américaine sont arrivés dans la foulée à Pékin, où ils devaient participer à des discussions à haut niveau avec des représentants du pouvoir chinois, avec pour objectif un accord permettant d'éviter une nouvelle montée des barrières douanières entre les deux pays.

Si les discussions semblent sur le point d'aboutir, a dit Donald Trump, un report de l'échéance sera envisageable. Si les discussions n'aboutissent pas à un compromis avant le 1er mars à minuit (le 2 mars à 05 h 00 GMT), les États-Unis menacent de relever à 25 %, contre 10 % actuellement, les droits de douane sur 200 milliards de dollars (176 milliards d'euros) de produits chinois importés. La Chine pourrait répliquer à une telle décision en augmentant ses propres droits de douane sur 60 milliards de dollars de produits américains.

Des signes positifs salués par les marchés

À l’heure qu’il est, les négociations entre la Chine et les États-Unis sur le commerce international se poursuivent. Et elles se poursuivront la semaine prochaine à Washington, a déclaré le président chinois, Xi Jinping, selon des propos rapportés par la presse officielle. À l'occasion d'une rencontre avec le secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin, et le représentant au Commerce, Robert Lighthizer, Xi Jinping a ajouté que les discussions des derniers jours à Pékin avaient permis de réaliser des progrès et dit espérer voir les deux parties parvenir à un accord mutuellement profitable.

Il a assuré que la Chine était disposée à résoudre par la coopération ses différends commerciaux et économiques avec les États-Unis, précise l'agence officielle Chine nouvelle. Steven Mnuchin et Robert Lighthizer ont déclaré de leur côté qu'ils gardaient espoir, même s'il restait beaucoup de travail à accomplir et qu'ils étaient disposés à coopérer avec la Chine pour aboutir à un accord servant les intérêts des deux pays. Tout cela a joué en faveur d’un rebond des principaux marchés d’actions, tant la conjoncture mondiale est suspendue à cette épée de Damoclès, comme l’a encore récemment rappelé Christine Lagarde en parlant de tempête.

La frayeur d’un hard Brexit se rapproche

Le second sujet qui tient en haleine les décideurs, c’est le Brexit, qui se rapproche très rapidement. Le Royaume-Uni ne doit pas se faire d'illusions sur le choc probable que subira son économie en cas de sortie désordonnée de l'Union européenne le mois prochain, a déclaré cette semaine le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney. Londres quittera l'UE le 29 mars sans accord à moins que la Première ministre Theresa May ne parvienne à convaincre les Européens d'amender l'accord de sortie négocié en novembre et que cette nouvelle mouture soit acceptée par le Parlement britannique. Ce qui semble mal parti, au moins du côté des parlementaires outre-Manche.

Il faut reconnaître que cela pourrait se passer assez mal. Nous sommes à 45 jours de cette possibilité, a déclaré Mark Carney lors d'une session de questions-réponses après un discours prononcé à une conférence du Financial Times. Avant d’ajouter : "Il ne faut pas se faire d'illusions, un Brexit sans accord, sans transition entraînerait un choc économique pour ce pays." Interpellé par un député pro-Brexit qui relevait que la faiblesse de la livre pourrait amortir le choc d'un no deal, le gouverneur de la BoE a répondu : Cela ferait partie d'un nécessaire ajustement mais ne serait pas un pas vers la prospérité, c'est au contraire un coup pour les revenus.

Carney, canadien d'origine, avait déjà par le passé averti sur les risques liés au Brexit, suscitant l'ire de députés eurosceptiques. L'an dernier, il a affirmé que le départ de l'UE pourrait, dans un scénario du pire, faire plus de mal à l'économie britannique que la crise financière mondiale il y a dix ans. L'annonce lundi d'un fort ralentissement de la croissance fin 2018 a confirmé les prévisions de la BoE et souligné la nécessité de clarté autour du Brexit. La croissance de la cinquième économie mondiale a ralenti à 0,2 % au quatrième trimestre pour s'établir à 1,4 % sur l'ensemble de 2018, au plus bas depuis six ans, selon les données publiées par l'Office national de la statistique.

Bons résultats pour 2018 et prudence pour 2019

Du côté du business, les marchés qui se sont bien comportés cette semaine ont vécu au rythme des publications de résultats et des guidances qui sont d’ores et déjà formulées pour 2019. Le groupe Kering a affiché des chiffres impressionnants, même s’ils restent principalement tirés par Gucci. Le groupe Aéroports de Paris a également témoigné de son dynamisme avec un résultat multiplié par deux en cinq ans, et un dividende qui va remplir les caisses de l’État à hauteur de plus de 180 millions d’euros. Ce qui ne rend pas urgente la privatisation, dont on ne parle plus guère dans les couloirs de Bercy, car c’est un sujet que l’on sait très impopulaire.

La semaine prochaine sera encore dense en matière de publication de comptes avec dès lundi Faurecia et la Foncière Lyonnaise, puis mardi, Gecina, Danone, Nexity, M6, Sopra et HSBC. Mercredi ce sera au tour d’Air France-KLM de Vallourec, dont les actions sont toujours autant shortées, de Solocal et de Scor. Jeudi est, comme cette semaine la grosse journée avec la publication des comptes de Veolia, de CNP, Bouygues, Valeo, Atos, Saint-Gobain, Axa, Getlink (ex-Eurotunnel), Accor, Orange et TechnipFMC. Enfin vendredi, il faudra compter avec les résultats d’Edenred, de Gaumont et d’Eramet.

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