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Yves de Kerdrel
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Macron cherche toujours une porte de sortie
par Yves de Kerdrel
Emmanuel Macron a poursuivi, cette semaine, ses déplacements annoncés à la toute dernière minute. Avec une attention toute particulière pour Bordeaux ces jours-ci. D’une part en raison de la violence qui caractérise chaque manifestation des "gilets jaunes" le samedi, et qui paraît assez paradoxale avec le caractère bourgeois, voire bobo de cette métropole. D’autre part, afin de saluer Alain Juppé qui mettait fin jeudi 28 février à sa vie politique avant de rejoindre le Conseil Constitutionnel. Un aréopage qu’il semble pressé et heureux de rejoindre. Même si, de source bien informée, c’est d’abord l’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve que Richard Ferrand a contacté pour lui proposer ce poste de sage qu’il a décliné, préférant rester avocat chez August & Debouzy.
Comment faire rentrer les "gilets jaunes" chez eux ?
Cette semaine le Chef de l’État a donc rencontré à l’Élysée des élus de la région Grand Est et des maires de la région bordelaise. Mais à chaque fois il a eu droit aux mêmes reproches : manque de concertation avec les territoires, abandon des services publics, un État de plus en plus éloigné des citoyens, au propre comme au figuré. D’où cette forte réclamation d’une démocratie davantage participative qui pourrait prendre la forme d’un référendum de légitimité tous les deux ans, d’une baisse du seuil nécessaire aux référendums d’initiative partagée et une plus grande liberté donnée aux référendums locaux.
Mais Emmanuel Macron se heurte toujours à deux problèmes principaux. Faire rentrer chez eux les "gilets jaunes" afin que les manifestations du samedi, qui sont plus ou moins violentes, cessent une bonne fois pour toutes. D’où ses déclarations faisant un amalgame entre ces démonstrations et la violence insupportable qu’on y constate. Ce samedi, c’était la ville de Lille qui était principalement visée par les manifestants. Et le problème, est que son ministre de l’Intérieur se montre incapable de faire face à cette situation totalement anormale. Comme l’affirment désormais sans se cacher certains membres du gouvernement : il aurait fallu décréter l’état d’urgence dès le 1er décembre.
La France Insoumise a-t-elle trusté le Grand Débat ?
Le second problème, c’est que la plupart des propositions faites par les Français, dans le cadre du grand débat sont de nature fiscale. Nous avons déjà expliqué dans ces colonnes que la mesure la plus demandée est le rétablissement de l’ISF. Mais le problème c’est que les cahiers de doléances, comme le site internet du Grand Débat semblent avoir été trustés par les militants de la France Insoumise, tant les propositions qu’on y retrouve ressemblent au programme du parti présidé. De fait le débriefing de ce Grand Débat, sous le patronage de ses cinq garants, s’annonce compliqué. Surtout à un mois des échéances européennes.
Échéances européennes qui constituent l’autre grand sujet de préoccupation du Chef de l’État. Même s’il n’est pas chef de parti, c’est lui qui décidera de la tête de liste pour La République en Marche, le Modem, les constructifs d’Agir et certains écologistes. On a vu la multiplication des clins d’œil d’Agnès Buzyn pour cette mission électorale. Il ne s’agit pas que d’un caprice de la part de la Ministre de la Santé. D’une part, elle souhaite adopter un profil plus politique que techno, et par ailleurs, en tant qu'ex-belle-fille de Simone Veil, dont elle occupe aujourd’hui le Ministère, elle serait attachée à marcher sur sa trace européenne.
Qui pour diriger la liste de la Macronie ?
Mais le Chef de l’État qui a bien du mal à voir partir des ministres et encore plus à les remplacer comme on a pu le voir avec Nicolas Hulot ou Gérard Collomb, marquerait aujourd’hui sa préférence pour la ministre chargée des Affaires européennes, auprès de Jean-Yves Le Drian, Nathalie Loiseau. Le problème c’est qu’elle est encore plus techno qu’Agnès Buzyn. Elle a fait toute sa carrière au Quai d’Orsay et même pas à des postes traitant des problématiques européennes. Sauf lorsqu’elle s’est retrouvée secrétaire générale du Ministère des Affaires Étrangères avec Alain Juppé comme ministre, avant d’être débarquée sans ménagement par Laurent Fabius. D’où son parachutage à la tête de l’Ena.
Il n’est pas certain que ce profil soit celui qui corresponde aux préoccupations du moment. Tant pour les débats avec les autres candidats, même si Nathalie Loiseau serait sans doute celle qui a la meilleure connaissance des enjeux européens. Que pour assurer la cohésion d’une liste difficile à constituer en fonction des différentes composantes de la "Macronie". Comme toujours, François Bayrou fait le forcing dans les négociations qui ont déjà commencé pour avoir le maximum de candidats éligibles. Les constructifs également qui ont agité le spectre de mener leur propre liste, dans le seul but d’être absorbés en bonne position par la liste de La République En Marche. Le cas qui pose le plus de problèmes est celui de Gilles Boyer, l’ancien directeur de campagne d’Alain Juppé, et aujourd’hui conseiller d’Édouard Philippe à Matignon. En dépit des pressions amicales du Premier Ministre, il n’est pas du tout certain, à l’heure qu’il est, de figurer en position éligible.
Un coude-à-coude LRM-RN
Selon le sondage EuroTrack OpinionWay-Tilder pour Les Échos et Radio Classique, les deux listes En Marche et Rassemblement National sont désormais au coude-à-coude pour la première place au soir du 26 mai, avec 22 % d'intentions de vote chacune. La campagne est, certes, à peine balbutiante et le pourcentage de Français se déclarant "intéressés" perd même un point à 58 %. Pour autant, le match retour de l'élection présidentielle se profile au fil des semaines. Deux ans après l'élection d'Emmanuel Macron, ces élections européennes confirment donc leur statut de "midterm" du mandat du président de la République. Elles marqueront aussi le retour d'échéances électorales régulières, chaque année jusqu'en 2022 et la fin du quinquennat : après les Européennes, les municipales suivront en mars 2020 et les régionales en 2021.
La surprise de cette deuxième vague du sondage vient de LR, dont la liste est créditée de deux points de plus par rapport à la dernière vague et atteint 14 % des intentions de vote. Officialisée fin janvier, la nomination de François-Xavier Bellamy comme tête de liste a eu un impact réel auprès de l'opinion et des électeurs de droite. La progression de la liste LR se fait au détriment de celle de Debout la France, le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, qui perd deux points. À gauche, l'émiettement des listes a pour conséquence directe de toutes les maintenir à des niveaux faibles. La France Insoumise perd un point pour tomber à 7 %, bien loin du score de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle (19,6 %). À la différence de ce qui s'est passé avec François-Xavier Bellamy, la désignation de Manon Aubry comme tête de liste n'a eu aucun effet dopant pour LFI.
Amélioration de la conjoncture hexagonale
Au chapitre économique, la fin de semaine a été marquée par la publication très attendue de l’indice Markit pour la France concernant le secteur manufacturier. La croissance de l'activité s'est légèrement renforcée en février, portée par une production en hausse pour la première fois depuis septembre dernier. Le mois dernier, l'indice PMI synthétique du secteur manufacturier s'est établi à 51,5, un niveau légèrement au-dessus de sa première estimation "flash" de 51,4 publiée le 21 février et supérieur à celui de 51,2 enregistré en janvier. Il se maintient ainsi pour le deuxième mois consécutif au-dessus du seuil de 50, qui distingue croissance et contraction de l'activité. Le secteur manufacturier confirme ainsi la reprise amorcée en janvier après sa contraction de décembre, mois marqué par des perturbations notables liées au mouvement des "Gilets jaunes".
La légère amélioration de la conjoncture pour le secteur manufacturier français en février a été soutenue par une production en croissance pour la première fois depuis septembre 2018. Le volume global des nouvelles commandes a renoué avec une timide croissance après trois mois de recul, la progression de la demande interne ayant permis de compenser un sixième recul mensuel consécutif des nouvelles commandes à l'export. Cette légère hausse de la demande globale a incité les fabricants français à renforcer leurs effectifs pour le deuxième mois consécutif en février, même si le taux de création d'emplois s'est légèrement replié par rapport à son niveau de janvier.
Tout est encore possible à Londres
À moins d’un mois du Brexit, chaque jour réserve encore ses surprises sur ce dossier fondamental qui ressemble de plus en plus à un trou noir. Officiellement, le Brexit doit avoir le 29 mars à 23 h 00 GMT. Mais difficile de savoir si la date fatidique sera bel et bien fin mars. Les choses évoluent de jour en jour, d'heure en heure et cette semaine, des députés réformistes ont proposé de s'abstenir sur l'accord de Theresa May à condition qu'il y ait un second référendum pour savoir s'il doit y avoir une sortie ou non de l'Union européenne. Il semble donc exister à l’heure qu’il est une vraie possibilité de revenir sur le Brexit. Personne ne voulait de second référendum il y a quelques semaines et aujourd'hui, il y a une possibilité que les Britanniques puissent se prononcer soit par référendum, soit par des élections générales. C’est pourquoi, la situation est pour le moins incertaine alors que l'Union Européenne vient même de proposer un éventuel report de deux ans.
Net ralentissement en Chine
Il reste que la plupart des entreprises comme des particuliers britanniques ne se sont pas préparés à un Brexit sans accord négocié car ils jugeaient cette issue improbable, conclut une étude publiée cette semaine. C’est ce qui a amené Theresa May, à proposer aux députés britanniques, s'ils ne ratifient pas d'ici au 12 mars le projet d'accord de retrait négocié avec les Européens, de voter sur un Brexit sans accord à la date prévue du 29 mars puis sur un report court et limité de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Quoi qu’il en soit, le délai désormais très court d'ici au 29 mars, ne permettra pas au gouvernement de compenser intégralement l'impact d'une éventuelle absence d'accord. En novembre, la Banque d'Angleterre avait publié une étude concluant qu'en cas de Brexit sans accord, l'économie britannique pourrait subir son choc le plus violent depuis dix ans.
Enfin sur un tout autre sujet, au moins aussi important, les correspondants de WanSquare en Asie nous signalent que l'activité manufacturière en Chine s'est contractée à son plus bas niveau depuis trois ans en février, les commandes à l'exportation ayant chuté au rythme le plus rapide depuis la crise financière mondiale, mettant en évidence l'aggravation des fissures dans une économie confrontée à une faible demande sur le marché intérieur et international. Ces résultats sombres sont susceptibles de renforcer l'opinion selon laquelle la deuxième plus grande économie du monde est toujours en perte de vitesse, après que la croissance de l'an dernier a atteint son plus bas niveau en près de 30 ans.
Le flop du plan stratégique d’Engie
L'activité manufacturière en Chine s'est contractée à son plus bas niveau depuis trois ans en février, les commandes à l'exportation ayant chuté au rythme le plus rapide depuis la crise financière mondiale, mettant en évidence l'aggravation des fissures dans une économie confrontée à une faible demande sur le marché intérieur et international. Ces résultats sombres sont susceptibles de renforcer l'opinion selon laquelle la deuxième plus grande économie du monde est toujours en perte de vitesse, après que la croissance de l'an dernier a atteint son plus bas niveau en près de 30 ans.
Coté business, les publications de résultat commencent à toucher à leur fin. Celle d’Engie, qui était très attendue, car doublée de la présentation à Londres d’un plan stratégique à échéance 2021, a fait un flop. En l’espace de cinq séances, le titre a perdu plus de 6 %. D’aucuns commencent à redouter une assemblée des actionnaires difficile pour le management. L’agacement ne vient pas tant des "petits porteurs" que des gros institutionnels qui, heureusement, bénéficient encore d’un rendement conséquent sur leurs titres. Corollaire naturel de la baisse de l’action. Les derniers "gros" résultats seront présentés jeudi avec LafargeHolcim, JCDecaux et Iliad, et vendredi prochain avec Eurazeo et EssilorLuxottica.
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Éditorial / La contestation s’essouffle, mais la crise persiste
17/02/2019 - 07:00

