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Macron profite du Débat pour finir son OPA sur la Droite
par Yves de Kerdrel
A priori ce devrait donc être Nathalie Loiseau qui serait la tête de liste choisie par le Président de la République, lui-même, pour conduire une liste hétéroclite composée de membres de La République En Marche, du Modem, d’Agir et des écologistes. Voire quelques personnalités issues de la Droite, comme Gilles Boyer, l’ami et le conseiller proche du Premier Ministre. L’annonce pourrait être faite assez rapidement, de manière à ce que la tête de liste soit intronisée, avec toute sa liste, à l’occasion du grand meeting que La République en Marche souhaite organiser à Paris le 30 mars prochain. On ne connaît pas encore le lieu précis.
Le choix a été difficile pour le Chef de l’État. D’abord parce qu’il a autant d’estime pour Agnès Buzyn que pour Nathalie Loiseau. Ensuite parce qu’il a horreur de voir partir un membre de son gouvernement. Mais la Ministre de la santé, qui était sans doute son premier choix, et qui en avait envie est bloquée par le calendrier parlementaire et le prochain examen de la loi santé. De plus le Chef de l'État compte beaucoup sur son caractère consensuel pour faire passer au mois de juin, son souhait de mettre en œuvre la PMA pour toutes. Emmanuel Macron a donc reçu l'intéressée il y a quelques jours pour lui annoncer qu'elle resterait avenue Duquesne. De fait, c'est Nathalie Loiseau qui est maintenant en pole position pour prendre la tête de liste à moins que Brune Poirson, qui en rêve, fasse un retour surprise. La ministre des affaires européennes impressionne Emmanuel Macron par sa connaissance des dossiers. De surcroît elle est moins difficile à remplacer qu'une ministre de la santé.
Macron ne veut pas se lier les mains trop tôt
Pour l’heure, si l’on en croit le rolling Paris-Match-Sud Radio fait par l’Ifop de manière quotidienne, la majorité présidentielle obtiendrait 24 %, score équivalent à celui obtenu par Emmanuel Macron lors du premier tour de l'élection présidentielle. Le Rassemblement National est doté pour l’instant de 22 %. Ces deux listes devancent de neuf points celle des Républicains (13 %). A noter que si un peu moins d'un électeur filloniste sur deux (46 %) votera pour François-Xavier Bellamy, 21 % des sympathisants LR sont tentés par un vote LREM. Ce qui témoigne de la recomposition progressive du paysage politique. D’autant que la gauche est totalement éclatée avec une France Insoumise à 7 %, l’écologiste Yannick Jadot à 7,5 %, des socialistes à 5 % et une hypothétique liste des Gilets Jaunes à 3 %. De fait Nicolas Dupont-Aignan qui table sur 10 % ne se retrouve pour l’instant qu’avec 5 % des intentions de vote.
En fait la fin du Grand Débat et l’approche des élections européennes sont en train de ramener de plus en plus Emmanuel Macron vers un centre droit, alors que plusieurs de ses conseillers, comme Philippe Grangeon, Richard Ferrand, ou Alain Minc (qui lui parle de moins en moins souvent) l’incitent à faire un virage social à l’issue du Grand Débat. Mercredi dernier, il a réuni à l’Élysée pour un dîner qui s’est terminé vers 2 heures du matin, Édouard Philippe, François Bayrou et plusieurs ministres afin d’étudier toutes les solutions de sortie du Grand Débat. Aucune n’a été retenue. Et si l’éventualité d’un référendum qui se tiendrait en même temps que les Européennes est remontée à la surface, elle ne semble pas très crédible. Tant pour des questions de fond que d’organisation.
L’hypothèse d’un Congrès plutôt qu’un référendum
Il reste que le Président de la République veut se laisser les mains libres le plus longtemps possible. Y compris pour réunir le Congrès après les élections européennes et faire passer en force une réforme institutionnelle qui se ferait au détriment des parlementaires, mais surtout des sénateurs. Sur les autres sujets issus du Grand débat, il n’est pas impossible qu’Emmanuel Macron prenne la parole soit après le 15 mars, soit vers le 15 avril afin de borner ce qu’il sera possible de prendre comme mesure ou ce qui sera laissé sur le bord de la route. Sur le plan fiscal, toutes les idées de créations de nouveaux impôts seront évitées. Heureusement. Sur le plan du pouvoir d’achat, il n’est pas impossible que l’on voie apparaître un nouveau et heureux coup de pouce à la participation. Pour le reste, il y a ce marqueur de droite posé par Édouard Philippe sur les contreparties aux allocations ou sur les droits et devoirs qui devra être tranché. Même s’il figurait dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron.
Pour l’heure, le Premier Ministre semble assuré de rester à Matignon. Il a la confiance du Chef de l’État. Il a la confiance de la majorité parlementaire. La machinerie interministérielle fonctionne remarquablement bien. Et les liens entre Alexis Köhler et Benoit Ribadeau-Dumas rendent les relations Élysée-Matignon très fluides. Par ailleurs pour le Premier Ministre, ce n’est pas un problème de gérer un éventuel nouveau remaniement avec Emmanuelle Wargon qui se verrait récompensée en remplaçant Nathalie Loiseau aux affaires européennes et Sébastien Lecornu qui obtiendrait sans doute une promotion, compte tenu de son engagement, apprécié par le Président, dans le Grand Débat National.
Michel Barnier a-t-il vraiment dealé avec le Président ?
Le seul problème d’Édouard Philippe, c’est François Bayrou, qui lui reproche d’être aussi "droit dans ses bottes" que son mentor bordelais. Le Maire de Pau continue de plaider pour des signes envoyés aux plus modestes, et à tous ceux qui ont soutenu les Gilets Jaunes. Mais d’une part, Emmanuel Macron lui répond qu’il a déjà mis plus de 10 milliards d’euros sur la table. Et d’autre part que l’alternative à ce qu’il fait, ce sont les 66 propositions présentées la semaine passée par Laurent Berger et Nicolas Hulot. Des mesures, dont certaines, sont contraires au programme présidentiel de réforme du pays et s’inscrivent dans un schéma de décroissance, et qui trouveront sans doute plus d’écho chez les socialistes d’Olivier Faure ou chez Benoit Hamon.
Reste la question de savoir ce qu’Emmanuel Macron a promis ou non à Michel Barnier. Pour l’heure l’ancien ministre a toujours fort à faire avec les dernières discussions sur le Brexit. Mais il ne fait pas mystère de son désir de devenir Président de la Commission Européenne. Et l’Élysée serait prêt à soutenir sa candidature. Il faut être prudent, car il y a un an les eurodéputés l’ont réaffirmé, ils rejetteront toute personnalité proposée par les chefs d'État et de gouvernement qui n'aurait pas été chef de file pour les élections européennes. Il faut être prudent aussi, car la campagne européenne n’ayant pas commencé, les rapports de force sont loin d’être figés. Restent des sondages qui dessinent un paysage éclaté, la nécessité d’une alliance entre 3, peut-être 4 partis pour dessiner une majorité. Un atout pour un Michel Barnier au profil politique centriste.
Qui pour succéder à Draghi ?
Mais un français à Bruxelles, signifierait presque automatiquement un allemand à la tête de la Banque Centrale Européenne. Et les spéculations sont reparties de plus belle cette semaine sur qui sera le futur gardien de l’Euro. D’autant plus que Mario Draghi, dont le mandat à la tête de la BCE vient à échéance à la fin de cette année, a renvoyé à son successeur la responsabilité de remonter les taux, compte tenu de la trop faible croissance en Europe actuellement. Angela Merkel a pris soin, il y a quelques jours de reconduire Jens Weidmann, pour huit ans, à la tête de la Bundesbank. Ce qui le laisse dans la course à la succession de Mario Draghi à la présidence de la Banque centrale européenne. Mais François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, est vu comme le candidat le mieux placé. Car certains pays du sud de l’Europe sont traditionnellement opposés à ce qu’un allemand occupe ce poste, tandis que d’autres.
Du côté du Brexit, les discussions entre les représentants britanniques, qui cherchent à obtenir des concessions de Bruxelles, et le négociateur en chef de l’Union européenne, Michel Barnier, ont pris sans qu’un accord soit trouvé mardi soir. La Première ministre britannique Theresa May avait chargé son ministre du Brexit, Stephen Barclay, et le procureur général britannique, Geoffrey Cox, de se rendre à Bruxelles afin d’obtenir des retouches au plan de sortie massivement rejeté en janvier par le Parlement britannique. Le Royaume-Uni doit quitter l’Union Européenne dans un peu plus de trois semaines, mais le rejet massif par la Chambre des communes de l’accord négocié par Theresa May avec Bruxelles a jeté le trouble sur les contours du Brexit, et sur l’éventualité même d’un Brexit.
Rien de neuf sur le Brexit et sur la Chine
Puisque la probabilité pour que les députés britanniques rejettent l’accord de retrait en début de semaine prochaine est forte, et qu’une sortie sans accord serait inconsciente, il est fort possible que Theresa May doive soumettre, jeudi, la proposition de report limité du Brexit. De sorte que les Anglais sont partis pour rester un peu plus au sein de la communauté européenne. De l’autre côté de la Manche, le ministre de Finances Philip Hammond s’est permis d’avertir les députés pro-Brexit : en rejetant l'accord mardi, ils risquaient de repousser le départ de l'UE qu'ils appellent pourtant de leurs vœux.
S’agissant de l’autre grande préoccupation des marchés Donald Trump a déclaré mercredi que les négociations commerciales avec la Chine allaient bon train et a prédit soit un bon accord, soit aucun accord entre les deux plus grandes économies du monde. Les pourparlers se déroulent principalement par vidéoconférence et se déroulent bien, a déclaré Ted McKinney, sous-secrétaire au commerce et aux affaires agricoles étrangères. Les États-Unis ont demandé à la Chine d'apporter des changements substantiels à ses lois et pratiques afin de protéger la propriété intellectuelle américaine, de mettre fin aux transferts forcés de technologie américaine vers des entreprises chinoises, de réduire les subventions industrielles généreuses et d'ouvrir le marché intérieur aux entreprises américaines.
Elliott pris la main dans le pot de confiture
Du côté du business, il ne reste plus que dix jours aux différents protagonistes du dossier Telecom Italia pour figer leurs positions en nombre de titres détenus. Puisque seront pris en compte lors de l’assemblée générale du 29 mars les actionnaires enregistrés au 20 mars. Comme prévu la CDP (Caisse des Dépôts italienne) a déjà porté de 4,9 à 8,7 % sa participation au sein de l’opérateur italien. Et elle devrait poursuivre ses achats de manière à monter à 10 %. Vivendi reste l’actionnaire principal avec 23,5 % et n’a guère de marge de manœuvre. Quant au fonds vautour Elliott, il détiendrait aujourd’hui environ 9 % et surtout c’est lui "contrôle" de fait le conseil d’administration. Une rumeur court dans la presse italienne sur l’irruption d’un fonds américain ou chinois qui tenterait de monnayer ses voix pour la prochaine assemblée.
Depuis deux semaines Vivendi a opté pour une position plus conciliante. Le groupe contrôlé par Vincent Bolloré soutient la gestion du groupe. Il est également prêt à voter en faveur d’une mutualisation des réseaux à la condition que cela ne détruise pas de la valeur pour Telecom Italia. En revanche il souhaite que ce groupe soit désormais dirigé de manière normale avec de vrais administrateurs indépendants et continue donc de demander le départ de cinq personnalités proches d’Elliott. Ce qui est important, c’est que la CDP qui, il y a un an, avait soutenu Elliott, au grand étonnement de tous, a vu l’équipe chargée du suivi de Telecom Italia totalement chamboulée. De fait, la CDP pourrait se ranger cette fois-ci du côté de Vivendi ou, au pire, s’abstenir.
D'autant que le rapport sur le gouvernement d'entreprise de TIM dressé par des auditeurs indépendants est accablant pour Elliott. Ce rapport confirme l’existence de graves irrégularités dans la gouvernance de la société et de son Conseil d’administration dont la majorité des membres est issue de la liste d’Elliott. Le rapport révèle que le Président du Conseil d’administration de TIM a violé le droit des sociétés. Il confirme également l’existence d’un "Conseil d’administration parallèle" composé uniquement des membres du Conseil issus de la liste d’Elliott. Ce "Conseil d’administration parallèle" était assisté pour la circonstance par un cabinet d’avocats ayant précédemment conseillé Elliott. De plus, les faits décrits dans le rapport font apparaître la diffusion d’informations privilégiées à des tiers préalablement à la tenue d’un Conseil d’administration. Tous ces éléments devraient amener la CDP et beaucoup d'investisseurs italiens à se retourner contre Elliott lors de l'assemblée générale du 29 mars.
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03/03/2019 - 06:50

