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Yves de Kerdrel

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La sortie du Grand Débat s’annonce complexe
par Yves de Kerdrel

Le Grand Débat National ouvert il y a deux mois se termine demain avec un succès bien plus important qu’espéré. Mais le revers de la médaille, c’est que les Français ont exprimé une quantité de desiderata dont peu pourront être mis en œuvre. D’où la crainte d’un effet déceptif auprès de la population. Sans compter les sujets sensibles comme ceux de la fiscalité ou de la transition écologique.
17/03/2019 - 06:45 Temps Lecture 16 mn.

Comme WanSquare avait été le premier à le révéler, c’est bien vers la mi-avril qu’Emmanuel Macron prévoit de prendre la parole afin de tirer le bilan définitif du Grand débat National et de tenter de construire un projet de société à partir de certaines des mesures qui auront été retenues par le gouvernement. Auparavant se seront tenues les conférences régionales avec les citoyens tirés au sort. Et surtout au tout début du mois d’avril auront eu lieu à l’Assemblée Nationale comme au Sénat des débats sans vote à partir des 1,7 million de contributions et de doléances diverses émanant de tous les Français. Comme on le murmure à Matignon : "c’est bien d’avoir donné la parole à tous ceux qui voulaient la prendre, mais il va falloir maintenant passer tout ça au tamis".

À ce titre le sondage Odoxa pour le Figaro publié vendredi est intéressant dans la mesure où il fait ressortir les principaux sujets de préoccupation des Français. Ce sondage a été fait à partir d’un questionnaire fermé, qui permet de hiérarchiser les problématiques, mais peut aussi en laisser de côté. Arrive en tête la réindexation des retraites sur l’inflation (qu’Emmanuel Macron avait pensé annoncer dans son discours du 10 décembre dernier) avant de se faire rattraper par Bercy. En deuxième position figure la baisse de la TVA sur certaines catégories de produits. En trois, l’inévitable augmentation du SMIC. Ce qui prouve que la hausse de 100 euros de la prime d’activité accordée à partir du 5 février dernier aux smicards a été un coup d’épée dans l’eau. Le quatrième sujet est le serpent de mer de la réduction du nombre de parlementaires. Juste avant le relèvement de l’ISF qu’Emmanuel Macron avait pourtant, d’emblée, classée au rayon des sujets tabous.

Un exercice compliqué pour Emmanuel Macron

On comprend bien pourquoi cette sortie de Grand Débat peut-être casse-gueule pour le gouvernement. Beaucoup des souhaits exprimés par les Français font ressortir des paradoxes : ras-le-bol fiscal et plus d’impôts pour les plus aisés ; baisse de la dépense publique et davantage de services publics ; moins de parlementaires et plus de politiques connectés à leurs territoires… Ensuite le Chef de l’État, s’il veut donner un rebond à son quinquennat ne peut qu’inscrire les mesures choisies au sein d’un projet de société avec de la cohérence avec ce qu’il a fait au cours des deux années écoulées et avec ce que son gouvernement est prêt à faire. Enfin il doit aussi montrer qu’il a entendu les cris de désespoir de tous les anonymes qu’il a rencontrés pendant deux mois en répondant par des mesures faciles à mettre en œuvre et concrètes pour ceux à qui elles sont destinées.

Reste à savoir ce qu’il en sera des "gilets jaunes" après l’issue de ce grand débat national qui n’aurait jamais vu le jour sans leurs manifestations et l’empathie qu’ils ont déclenché. Les études récentes montent qu’ils n’ont pratiquement pas participé aux séances du grand débat dans leurs régions de prédilection. Leurs revendications phares (rétablissement de l’ISF, Référendum d’initiative citoyenne, changement de cap politique de manière à faire plus de social) risquent donc de ne jamais voir le jour. Il faut dire que leur mouvement s’est essoufflé et déconsidéré depuis l’attaque dont Alain Finkielkraut a été l’objet à Paris, à partir d’injures lourdement antisémites. Ce qui n’a pas empêché hier la tenue de nouvelles manifestations avec des actes de violences qui sont devenus leurs regrettables corollaires. Il faut dire qu'hier, à une forte densité de casseurs, s'est ajouté un dispositif policier très mal adapté par un Ministre de l'intérieur un peu déconsidéré.

Des doutes sur la capacité de Loiseau à conduire une liste

Même si elle n’est pas encore intronisée, Nathalie Loiseau, qui est ministre des affaires européennes, sera donc bien celle qui mènera la liste La république en Marche, mais aussi Modem, Agir et certains écologistes. Elle a fait acte de candidature, de manière un peu exagérément théâtrale au cours de l’Émission Politique sur France 2 durant laquelle elle a débattu avec Marine Le Pen. Un sondage réalisé pour la Lettre de l’Expansion, qui sera publiée demain matin, et qui a été fait par l’IFOP juste avant cette émission, lui donnait pourtant un score de 7 % chez les électeurs de La République en Marche, très loin derrière Jean-Yves Le Drian (26 %), Michel Barnier (23 %) et Agnès Buzyn (17 %). Elle arrive donc en dernière position à égalité avec Brune Poirson. Ce qui signifie que ce sera en fait Emmanuel Macron qui portera le flambeau européen. Au moins dans l’opinion.

Du côté des Républicains on reprend espoir. Car les sondages font apparaître une légère hausse du score possible de la liste Bellamy. Même Stéphane Séjourné, le directeur de campagne de la République en Marche pour les élections européennes et ancien conseiller politique à l’Élysée lui donne le crédit de la cohérence. Il estime que cette liste peut réaliser un score de 15 % en récupérant notamment un certain nombre d’électeurs catholiques tant du Front National que de la République En Marche. Le "rolling" quotidien réalisé par Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio lui donne d’ores et déjà un score de 13,5 % qui était inespéré par les Républicains il y a seulement deux mois. Bien sûr la campagne n’a pas encore commencé et les élections ont lieu dans plus de deux mois. Néanmoins, c’est un signal encourageant afin de contenir la poussée du Rassemblement National.

La balle du Brexit à nouveau dans le camp de Bruxelles

Sur le plan économique, le sujet majeur qui a tenu en haleine tous les Européens cette semaine, c’est le Brexit avec les divers votes intervenus à la Chambre des Communes. Les députés britanniques ont donc voté massivement jeudi en faveur d’un report du Brexit, jusqu’ici programmé le 29 mars. L’Union européenne se dit prête à accorder un délai au gouvernement britannique à la condition que Londres présente une demande dûment motivée avant le 29 mars. De fait, le Conseil européen doit se réunir jeudi et vendredi prochains. Plusieurs dirigeants de pays membres ont déjà prévenu que le Royaume-Uni devrait soit avoir quitté l’Union Européenne avant la prise de fonction en juillet des nouveaux députés européens élus fin mai, soit organiser des élections européennes afin d’éviter tout recours en justice contre la légitimité du nouveau Parlement.

Le texte gouvernemental précise que Theresa May demandera à Bruxelles un report “technique” de trois mois, jusqu’au 30 juin, si les députés approuvent un accord de divorce d’ici à mercredi prochain, et qu’elle sollicitera un report de longue durée si les élus ne parviennent pas à adopter un traité. L'un ou l'autre de ces reports devra être unanimement approuvé par les 27 autres dirigeants des pays membres de l'Union européenne, qui se réuniront jeudi et vendredi prochains en sommet à Bruxelles. Un autre échec sur l'accord signifierait que le contrôle des prochaines étapes du processus du Brexit passerait dans les mains des dirigeants de l'Union européenne. Ils devront alors soupeser les risques d'une extension prolongée face au risque d'un Brexit sans accord.

Trump voudrait un sommet avec son homologue chinois

Du côté des négociations Chine États-Unis, l’optimisme est toujours de mise. Le président américain et son secrétaire au Trésor ont tous deux émis jeudi une note optimiste sur les progrès des négociations commerciales avec la Chine, bien que Donald Trump ait également averti qu'il n'y a aucune garantie d'un accord final. Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, une figure clé des négociations commerciales avec la Chine, a déclaré lors d'une audition à la Chambre des représentants que lui et le représentant américain au commerce Robert Lighthizer se sont entretenus au téléphone avec le vice-premier ministre chinois Liu He, le principal négociateur commercial de Beijing, mercredi.

Le mois dernier, Donald Trump a reporté pour la deuxième fois la date limite de l'augmentation des droits de douane sur 200 milliards de dollars de marchandises chinoises à 25 % après des entretiens en personne avec Liu He à Washington, faisant naître l'espoir de mettre fin à la guerre commerciale prolongée entre les deux principales économies du monde. Un sommet entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping était attendu plus tard ce mois-ci au club Mar-a-Lago du leader américain en Floride, mais les responsables américains ont déclaré que le calendrier n'était pas fixé. Le conseiller économique de Trump, Larry Kudlow, a dit la semaine dernière que ce sommet pourrait avoir lieu d’ici fin avril.

Encore des points à lever entre US et Chine

D’autres sources assurent que Pékin a abandonné ses plans pour la visite de Xi à Mar-a-Lago et cherche maintenant à combiner une longue visite d'État avec l'annonce d'un vaste accord commercial. Outre l'engagement pris par la Chine d'accroître ses achats de produits américains, tout accord commercial devrait aborder des questions telles que la protection de la propriété intellectuelle, les transferts de technologie, la manipulation des devises et les subventions de l'État, domaines dans lesquels Washington a accusé à plusieurs reprises Beijing de pratiques déloyales. Les législateurs américains ont émis des doutes sur les progrès réalisés en matière de questions structurelles ainsi que sur le caractère exécutoire d'un éventuel accord. De son côté, la partie chinoise se méfie d'une réunion précipitée sans avoir d'abord mis au point les détails d'un accord.

Coté business le marché parisien assiste à la fin des publications de résultats pour 2018. Si l’on enlève les éléments exceptionnels, les stars du CAC 40 ont accumulé un profit net de l’ordre de 97 milliards d’euros l’an passé. Et compte tenu des guidances qui ont été communiquées aux investisseurs et d’un taux moyen de croissance des résultats pour 2019 estimé à 3,4 %, cela signifie que cette année devrait permettre au CAC 40 de franchir le seuil des 100 milliards de bénéfices, avec un taux de distribution toujours plus élevé.

L’incroyable succès de nos asset managers

Comme nous l’avions déjà souligné, le secteur de l’asset management ne cesse de marquer des points en France. On le voit avec la transformation de la filiale ad hoc de Natixis, avec le rachat récent des intérêts minoritaires de la Financière de l’Échiquier par Primonial. Ce dernier, dont l’actionnaire principal est le fond BridgePoint a créé tellement de valeur qu’il serait en vente. Et tous les acteurs européens regardent le dossier qui a été confié à Rothschild et à JP Morgan. Si la banque Edmond de Rothschild a subi une sévère décollecte en Suisse, ce n’est pas le cas de Rothschild & Cie qui a engrangé 2,2 milliards de collecte nette positive. Quant à Tikehau Capital, qui vient d’engager David Dautresme comme Senior Advisor, notamment dans les métiers de l’asset management, la société qui n’a pas quinze ans d’existence gère déjà 25 milliards d’euros d’actifs, soit autant qu’une maison dix fois plus âgée comme Lazard Asset Management. Tout cela montre qu’il existe un vrai savoir-faire français dans ce métier.

Sur le dossier Telecom Italia, les deux principales agences de proxy advisor, ISS et Glass Lewis, ont jeté un voile pudique sur les graves dysfonctionnements du conseil d’administration de Telecom Italia, tels qu’ils ont été pointés du doigt il y a une semaine par les auditeurs internes de l’opérateur italien. Mais faut-il encore leur accorder du crédit quand le plus gros gestionnaire d’actif au monde, Blackrock considère comme négligeable leur travail et comme biaisés leurs avis. Il faut dire que ces agences sont largement rémunérées par les hedge funds et se trouvent donc en situation de conflit d’intérêts. Raison pour laquelle la SEC (l’équivalent américain de notre AMF) a lancé une enquête à leur égard. Par ailleurs pas moins de 300 sociétés américaines ont entamé des procédures judiciaires contre ISS et Glass Lewis. Tout cela n’a pas empêché Vincent Bolloré de déclarer qu’il restait attaché à ses investissements italiens. En dépit de tous les bâtons qu’on lui met dans les roues et qui sont aussi liés, en partie à la renaissance politique de Silvio Berlusconi.

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