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Yves de Kerdrel
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Remaniement imminent dans une ambiance délétère
par Yves de Kerdrel
C’est, en principe, demain soir que le bureau exécutif de La République En Marche devrait investir officiellement Nathalie Loiseau, l’actuelle ministre des Affaires Européennes, comme tête de liste pour les élections européennes. C’est un secret de polichinelle depuis qu’elle a annoncé sa candidature à ce poste si convoité lors d’un face-à-face télévisuel avec Marine Le Pen, et depuis que le Chef de l’État a demandé à Agnès Buzyn, pourtant bien plus populaire et bien plus politique, à s’effacer au profit de cette juppéiste, protégée et poussée par Édouard Philippe.
De manière quasi immédiate, l’adjointe de Jean-Yves Le Drian au Quai d’Orsay, réputée pour sa très bonne connaissance des mécanismes européens, va être amenée à démissionner. Ce qui va nécessiter un remaniement. Ce que le Chef de l’État déteste plus que tout. Il a deux solutions. La première consiste à seulement remplacer Nathalie Loiseau par Clément Beaune. Actuellement conseiller Europe à l’Élysée, il était auparavant adjoint au Directeur général d’Aéroports de Paris Management. C’est un ancien élève de l’Institut d’Études Politiques de Paris, du Collège d’Europe et de l’École Nationale d’Administration.
Clément Beaune au gouvernement ?
Entre 2009 et 2011, Clément Beaune a travaillé à la Direction du budget, au bureau des lois de finances. Entre 2011 et 2012, au sein du ministère du Budget, des comptes publics et de la réforme de l’État, il a rejoint le bureau "recherche et enseignement supérieur". Entre 2012 et 2014, Clément Beaune a été conseiller pour le budget au Cabinet du Premier ministre. Entre 2014 et 2016, au sein du Cabinet du ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, il occupait les fonctions de Conseiller pour les affaires européennes et budgétaires puis Conseiller auprès du ministre, chargé des affaires européennes, internationales et financières. Puis il a joué un rôle important dans la campagne pour l’élection présidentielle d’Emmanuel Macron.
Gabriel Attal en piste pour le Porte-Parolat
Cela, c’est la solution la plus simple pour Emmanuel Macron. L’autre cas de figure est de procéder à un remaniement plus large avec le départ de Benjamin Griveaux très tenté de recouvrer sa liberté afin de mener sa campagne parisienne. Il faudrait nommer un nouveau porte-parole dans une période cruciale pour l’exécutif. Le choix le plus naturel serait de confier ce poste au jeune secrétaire d’État Gabriel Attal. D’autant plus que, placé sous la tutelle de Jean-Michel Blanquer, ce dernier ne peut pas le supporter. En outre il a achevé sa mission qui vise à concevoir le nouveau service national universel. Enfin, c’est le compagnon de Stéphane Séjourné, qui est le directeur de campagne de La République En Marche pour les européennes, et qui reste un conseiller très écouté par le Chef de l’État.
L’autre solution serait de confier ce poste à Emmanuelle Wargon, la fille de Lionel Stoleru, qui est secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition Ecologique et Solidaire depuis la mi-octobre 2018. Le Chef de l’État a beaucoup apprécié la manière dont cette ancienne directrice de la communication et des affaires publiques de Danone, a conduit le Grand débat national aux côtés de Sébastien Lecornu. Et sa nomination au porte-parolat, où Benjamin Griveaux a multiplié les gaffes et les erreurs de communication depuis un an, serait à la fois un challenge pour accompagner la sortie de crise et une récompense.
Mission : casser la Préfecture de Police
La semaine passée a été, en tous points, détestable pour Emmanuel Macron qui s’était accordé le week-end dernier un déplacement au ski. Obligé de rentrer précipitamment, il a passé un savon un Christophe Castaner et à Édouard Philippe qui étaient restés injoignables tout le samedi matin, alors que les violences avaient déjà largement commencé sur les Champs-Élysées. La décision de révoquer le Préfet de Police tient beaucoup moins à la volonté du Chef de l’État de réformer cet État dans l’État, tel qu’il a été conçu en 1800 par Napoléon, qu’à d’éventuels dysfonctionnements. Le Préfet Didier Lallement, intronisé jeudi comme nouveau Préfet de Police, a pour mission de casser la PP. Cette mission avait été proposée il y a un mois à Frédéric Péchenard qui l’avait naturellement refusée.
Le problème avec cette révocation, c’est que le Chef de l’État s’est mis une bonne partie des forces de l’ordre à dos, de la même manière qu’il avait ébranlé l’institution militaire après la démission forcée du Général de Villiers. Et en décidant, de surcroît, de mobiliser les effectifs de l’armée consacrés au dispositif Sentinelle afin de protéger des monuments ou des bâtiments officiels, il a fait une erreur terrible en confondant défense et maintien de l’ordre et en rompant le continuum citoyenneté-défense qui est essentiel dans notre pays. Tout cela témoigne d’une grande fébrilité actuellement à l’Élysée, avec la peur de nouvelles révélations à venir sur l’affaire Benalla, et d’une inexpérience flagrante. Il se dit que le Conseil de Défense qui a précédé le Conseil des Ministres, durant lequel le Chef de l’État a annoncé le recours à l’armée, ne s’est pas vraiment bien passé.
Forte tension avec le Sénat
Du côté des services de renseignement on s’attend maintenant à quelques samedis plus calmes, comme la journée d'hier, avant une nouvelle opération très violente des Black Blocs vers la mi-avril ou la fin du mois prochain. Le but de ces groupes violents ne consiste en rien à créer les conditions d’une insurrection, comme le répète l’exécutif, mais à créer les conditions d’un chaos qui profite aux extrêmes. Il reste que la position du ministre de l’Intérieur est aujourd’hui intenable. Il ne reste que parce qu’Emmanuel Macron ne veut pas ajouter une crise gouvernementale à la crise sociale. Mais entre son incompétence et sa légèreté, affichée dans tous les journaux people, le premier flic de l’État, n’a plus de légitimité auprès de ses propres troupes.
Comme si tout cela ne suffisait pas. Le Sénat a créé les conditions d’une nouvelle tension entre la Chambre Haute et l’Élysée en transmettant au parquet les témoignages contestables de trois personnalités du Château, dont Alexis Köhler. Cela fait suite au rapport de la Commission des Lois, transformée pour l’occasion, en Commission d’enquête, qui avait conclu au parjure de ces hauts fonctionnaires. Bien que Gérard Larcher ait fait le maximum pour éviter une nouvelle crise entre le Sénat et l’Élysée, le bureau du Sénat a voté à une large majorité pour la saisine du Parquet. Cela a aussitôt donné lieu à des petites représailles de cour de récréation. Tout le problème va être de savoir si cela pourra avoir davantage de conséquences dans l’éventualité d’une réforme institutionnelle.
Theresa May obtient un nouveau délai
Au chapitre économique, le Brexit et ses rebondissements ont toujours aussi peu d’influence sur les marchés. Comme si personne ne voulait croire à un "no-deal". Après une réunion de sept heures à Bruxelles, lors de la première journée du Conseil européen jeudi, les Vingt-Sept ont laissé un éventail d'options sur la table, accentuant la pression sur les députés britanniques pour qu'ils soutiennent l'accord conclu avec Theresa May et offrant au Royaume-Uni une petite chance de repousser un peu plus l'échéance - le tout en veillant à ne pas porter la responsabilité d'un éventuel chaos provoqué par un "no deal".
Theresa May avait demandé officiellement mercredi à l'Union européenne un report du Brexit de trois mois, jusqu'au 30 juin prochain, afin de disposer de temps pour tenter de convaincre son Parlement de voter l'accord de sortie qu'il a rejeté deux fois, en janvier et plus tôt ce mois-ci. Les chefs d'État et de gouvernement européens avaient prévu de valider un report au 22 mai, soit à la veille des élections européennes, et d'organiser si nécessaire de nouvelles discussions la semaine prochaine, après le vote à la Chambre des communes. Mais, selon des diplomates, la Première ministre britannique a échoué à rassurer les dirigeants européens sur sa faculté à obtenir le soutien de son Parlement. Certains dirigeants ont senti que Theresa May, elle-même, ne croyait pas qu'elle y parviendrait.
Ultimatum fixé au 12 avril
Une fois que Theresa May a quitté la pièce, la réunion s'est transformée en débat effréné, Emmanuel Macron proposant un ultimatum inattendu pour que le Royaume-Uni quitte l'Union Européenne au 7 mai - à la veille d'un sommet sur l'avenir post-Brexit - avec ou sans accord. Au final, les dirigeants de l'Union ont approuvé un report du Brexit au 22 mai à la condition que le Parlement britannique approuve la semaine prochaine l'accord de retrait. Si tel n'est pas le cas, le Royaume-Uni disposera d’un délai jusqu'au 12 avril pour proposer un nouveau projet ou quitter l'Union européenne sans accord. Si la Chambre des communes ne ratifie pas l'accord, le Royaume-Uni devra décider d'ici le 12 avril s'il participe aux élections européennes de la fin mai. S'il choisit de participer à ce scrutin, le gouvernement britannique pourrait alors obtenir un autre report, au grand maximum jusqu'au 30 juin.
D'ici au 12 avril, toutes les options vont rester ouvertes, a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk. Le gouvernement britannique aura toujours le choix entre un accord, un no-deal, une longue extension ou une révocation de l'Article 50, a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse. Si le Royaume-Uni décide d'ici le 12 avril de ne pas prendre part aux élections européennes, il pourrait alors quitter le bloc sans accord à n’importe quelle date d'ici le 22 mai. Theresa May a déclaré qu'elle n'annulerait pas le Brexit ni ne demanderait un report de longue durée qui forcerait le peuple britannique à voter aux élections européennes trois ans après s'être prononcé en faveur d'une sortie de l'Union européenne. Sa trop grande rigidité a jeté hier, dans les rues de Londres, plus d'un million d'anglais réclamant un nouveau référendum.
Le problème chinois des États-Unis à l’Europe
Concernant l’autre dossier important du moment, à savoir les relations États-Unis / Chine, le ministère chinois du Commerce a annoncé la venue à Pékin, les jeudi et vendredi 28 et 29 mars, d'une délégation américaine menée par le représentant au Commerce Robert Lighthizer et le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, dans le cadre des négociations commerciales en cours entre les deux premières puissances économiques mondiales. Il a ajouté que le vice-Premier ministre chinois Liu He se rendrait à son tour aux États-Unis début avril pour négocier. Un responsable de l'administration Trump a confirmé mardi une information du Wall Street Journal selon laquelle les principaux négociateurs se retrouveraient la semaine prochaine à Pékin, après quoi le vice-Premier ministre chinois Liu He ferait le voyage à Washington la semaine suivante.
Pendant ce temps-là, le Président Xi Jinping arrive en France aujourd’hui pour une visite d’état de deux jours dont l’agenda est gardé très secret. Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne ont justement échangé jeudi, à l'occasion d'un dîner, à propos d’une stratégie davantage défensive face à une Chine qui ne semble pas offrir de réciprocité aux Européens en termes d'ouverture des marchés. Les tensions les plus vives sont nées de la lenteur avec laquelle la Chine ouvre son marché aux entreprises étrangères, d'une multiplication des OPA chinoises dans des secteurs économiques vitaux de l'Union européenne et du sentiment que la Chine n'est pas vraiment partisane du libre-échange. L'Union est le premier partenaire commercial de la Chine et elle-même est le second marché des biens et services européens, après les États-Unis.
La drôle de rumeur italienne
En matière de business l’évènement marquant de la semaine à venir va être l’assemblée générale de Telecom Italia. Comme prévu la CDP (Caisse des Dépôts italienne) a porté sa participation à près de 10 %. Et ces derniers jours il se murmurait, de l’autre côté des Alpes, que cette institution cherchait à établir une "Paix des braves" entre Elliott et Vivendi. Le schéma envisagé serait que la CDP prenne la présidence de l’opérateur italien. Les quatorze autres sièges du conseil seraient répartis pour moitié entre des personnalités choisies par Elliott et d’autres recommandées par Vivendi. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Mais les pouvoirs publics italiens seraient très désireux de mettre fin, ainsi, à une guerre dommageable pour le capitalisme transalpin.
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