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Macron face au risque de déception après le Grand Débat
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État attend la restitution du Grand Débat pour reprendre la main. Encore faut-il que les mesures qui sortiront de cette consultation ne créent pas trop de frustration. D’autant que la liste de son parti semble désormais plafonner dans les sondages pour les élections européennes. Avec le risque d’être devancée par celle du Rassemblement national menée par un gamin de 23 ans.
31/03/2019 - 06:55 Temps Lecture 17 mn.

C’est donc dans huit jours exactement qu’aura lieu la restitution officielle des contributions des Français au "grand Débat". Emmanuelle Wargon, qui pourrait bien devenir porte-parole du gouvernement dès demain, l’a confirmé en fin de semaine dernière. Organisée par la mission du grand débat en amont des discussions parlementaires, la réunion de restitution des contributions rassemblera le Premier ministre, des membres du gouvernement, les cinq garants du grand débat, auxquels les prestataires retenus pour exploiter les remontées restitueront ces contributions.

Les députés débattront dans l’hémicycle du Palais Bourbon des thèmes de la consultation à compter de mardi (transition écologique, fiscalité et dépenses publiques) et le 3 avril (démocratie et citoyenneté, organisation de l’État et services publics). Une déclaration du gouvernement devant l’Assemblée nationale, sans vote, est prévue le 9 avril, avant une seconde devant le Sénat le 10 avril. Lancé le 15 janvier en Normandie par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des "gilets jaunes", le grand débat s’est officiellement achevé le 15 mars et a été suivi de deux week-ends de conférences citoyennes. L’exécutif s’est donné jusqu’à la mi-avril pour décider ce qu’il compte faire de ces propositions.

Concours Lépine de la fiscalité

Il y aura ensuite un temps pour la prise de parole présidentielle. Sans doute autour du 15 avril, comme nous avions été les premiers à le révéler dans ces colonnes. Mais pour dire quoi ? En matière de fiscalité, la dernière trouvaille du Concours Lépine interministériel viserait à supprimer la taxe sur l’audiovisuel perçue en même temps que la taxe d’habitation. C’est une idée de Gérald Darmanin. Encore faudrait-il que le gouvernement ait au préalable réformé et réorganisé l’audiovisuel public. Les premières indiscrétions en provenance du Château font malheureusement état d’un geste à destination de tous ceux qui veulent le rétablissement de l’ISF. Cela pourrait comprendre un durcissement de l’IFI avec la taxation de tout ce qui n’est pas investi dans l’économie productive. Tout cela, alors qu’Emmanuel Macron avait répété le 15 janvier que ce sujet était tabou.

De la même manière, Bercy a planché sur une forme d’emprunt forcé comme les Français en ont connu après la sécheresse de 1976 à destination des plus aisés. Seraient concernés tous les foyers fiscaux qui ont un revenu imposable supérieur à 50 000 euros. Le but serait de créer un prélèvement assez important, de manière à tenter de mettre fin à l’image de "Macron, président des riches". Mais Matignon est très hostile à cette solution. On ne sait pas à quelle échéance cet emprunt forcé serait remboursé. Si le Chef de l’État ne veut pas y laisser des plumes il faudrait qu’il soit remboursé en 2022. Mais c’est trop court pour envisager un usage intelligent de cette ressource exceptionnelle pour l’État. En termes de revenus, il y a aussi une forte probabilité pour que l’on assiste à une ré-indexation des retraites sur l’inflation. D’autant plus que la majeure partie de l’électorat de la République En Marche se situe chez les plus de 60 ans.

14 ministres ont démissionné en 22 mois

Toutes ces mesures pourraient être mises en œuvre rapidement. Mais il y en aura d’autres davantage étalées dans le temps. Et le plus dur pour le Chef de l’État, c’est de tenter de donner une cohérence à tout cela. Mais aussi de ne pas donner le sentiment qu’il change radicalement de politique. Auquel cas, il est probable qu’Édouard Philippe prendra la poudre d’escampette. Or 14 ministres ont déjà démissionné en l’espace de vingt-deux mois de mandat présidentiel. C’est un record toutes catégories. C’est sept fois plus qu’on en dénombrait à la même date lors des deux quinquennats précédents. Ajoutés aux départs de la moitié des conseillers de l’Élysée, cela traduit une grande difficulté d’Emmanuel Macron à travailler de manière collective.

Pour l’heure sa préoccupation est autant vers la fin du Grand Débat et d’éviter une trop grande frustration des Français qui y ont participé (1,7 million) que des gilets jaunes et de ceux qui les soutiennent. Bien sûr, les nouvelles directives en matière de règles de manifestations et l’interdiction des Champs Elysée donnent moins d’écho aux manifestations du samedi. Mais chacun sait bien qu’un jour ou l’autre et peut-être notamment le 1er mai les blacks blocs qui sont majoritairement à l’étranger reviendront pour semer la violence, la casse et la pagaille dans Paris. Avec des effets délétères sur l’image du Pays, et sur la capacité de l’exécutif à faire régner l’ordre. Tout cela à quelques jours des élections européennes.

Bonne surprise pour l’OVNI Bellamy

Pour l’heure les sondages font état d’un coude à coude entre le Rassemblement National et La République en Marche autour de 22 ou 23 % chacun. Mais le "rolling" quotidien effectué pour Paris Match et Sud Radio par l’IFOP montre une montée régulière du parti de Marine Le Pen depuis une dizaine de jours. De la même manière au cours des trois dernières semaines la liste conduite par François-Xavier Bellamy pour les Républicains est passée de 12 à 14 %. Et les sondeurs s’attendent désormais à ce qu’elle franchisse la barre des 15 % au détriment de la liste conduite par Nicolas Dupont-Aignan. Ce qui serait une belle prouesse pour la droite de gouvernement. Valérie Pécresse, qui a longtemps, hésité à finir par soutenir cette liste au sein de laquelle figurent tout de même deux de ses vice-présidents : Agnès Evren et Frédéric Péchenard. Mais Xavier Bertrand ne s’est toujours pas prononcé. Sans doute les lignes vont-elles bouger après le premier débat des têtes de liste qui aura lieu jeudi 4 avril dans la soirée.

C’est demain qu’aura lieu, en principe le remaniement lié à la démission de Nathalie Loiseau, de Sébastien Griveaux et de Mounir Mahjoubi. Si Emmanuelle Wargon pourrait hériter du porte-parolat en balance avec Gabriel Attal, il est aussi question d’Aurore Bergé, ex juppéiste, actuellement porte-parole de la République en Marche. Amélie de Montchalin a été reçue il y a quelques jours à l’Élysée. Dans ce cas elle pourrait reprendre le portefeuille de Mounir Mahjoubi à l’économie numérique. Quant aux affaires européennes, le poste reste dévolu, a priori, à Clément Beaune, actuel conseiller Europe du Chef de l’État. Mais la difficulté d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe à trouver des poids lourds pour un gouvernement de même que la solitude d’Emmanuel Macron se ressentent de plus en plus en plus au sommet de l’exécutif.

Vers un nouveau report de la date du Brexit

Au chapitre économique, les marchés ont gardé les yeux rivés vers Londres. Vendredi après-midi, les députés ont rejeté la troisième mouture de l’accord concernant le Brexit de Theresa May, par 344 voix contre 286, malgré l'offre faite par le premier ministre à ses collègues conservateurs qu'elle démissionnerait s'il était adopté. Une série de députés d'arrière-ban conservateurs qui appuyaient le Brexit et qui avaient rejeté l'entente lors des deux premiers votes importants, dont l'ancien secrétaire du Brexit, Dominic Raab, ont changé de camp pendant le débat pour appuyer l'accord. Mais avec le refus des travaillistes de changer de position et la détermination des dix députés du parti unioniste démocrate à ne pas l'appuyer, il était impossible d’obtenir une majorité pour le premier ministre.

Theresa May a ensuite déclaré aux députés que les implications de ce vote sont graves. Elle a dit que les députés débattraient la semaine prochaine de solutions de rechange. Mais elle a donné peu d'indications sur la façon dont elle comptait procéder. Jeremy Corbyn a répondu en demandant au premier ministre de se retirer et de déclencher des élections générales. Steve Baker, vice-président du groupe de recherche européen fortement pro-Brexit - dont beaucoup de membres ont changé de camp pour soutenir l'accord - a également appelé à sa démission.

Du mieux entre les USA et la Chine

Selon l'accord conclu par les dirigeants européens à Bruxelles la semaine dernière, le Brexit devait être reporté au 22 mai si le Premier ministre pouvait obtenir le soutien du Parlement pour l'accord de retrait cette semaine. Au lieu de cela, elle devra maintenant retourner à Bruxelles avant le 12 avril pour demander un délai plus long - demandant à la Grande-Bretagne d'organiser des élections européennes en mai - ou d’accepter un Brexit sans accord. Les députés doivent tenir une nouvelle série de votes indicatifs dès lundi, un processus initié par un groupe multipartite de députés d'arrière-ban dirigé par Oliver Letwin, dans le but de trouver une majorité à la Chambre des communes pour sortir de cette impasse.

Concernant l’autre grand sujet international du moment, Larry Kudlow, conseiller économique auprès de la Maison Blanche, a déclaré jeudi que les États-Unis pourraient supprimer certains droits de douane sur les produits chinois dans le cadre d'un compromis commercial, tout en laissant d'autres de ces droits en place. Le délégué américain au commerce Robert Lighthizer et le secrétaire au Trésor Robert Mnuchin sont arrivés à Pékin jeudi pour ouvrir une nouvelle série de négociations avec leurs homologues chinois, lesquelles seront prolongées la semaine prochaine à Washington afin de rompre avec huit mois de tensions entre les deux pays sur le front commercial. Les deux pays ont progressé dans tous les domaines abordés lors de ces négociations, avec des propositions sans précédent de Pékin sur l'épineuse question des transferts de technologie forcés, a-t-on appris mercredi à Washington.

Net ralentissement de l’économie chinoise

Ces avancées interviennent au moment même où l’on a appris que l'activité dans le secteur manufacturier chinois s’est contractée pour le quatrième mois consécutif en mars. L'indice des directeurs d'achats (PMI) officiel est attendu à 49,5, en légère hausse par rapport à celui de février (49,2) mais toujours inférieur au seuil de 50 en dessous duquel il traduit une baisse de l'activité, selon la médiane des prévisions de 24 économistes. Au-delà de la baisse attendue de l'indice global, les investisseurs devraient être à l'affût de toute amélioration des carnets de commandes sur le marché chinois, qui pourrait profiter des mesures de soutien à l'activité annoncées ces derniers mois par Pékin.

La majeure partie des indicateurs chinois publiés au titre des deux premiers mois de l'année suggèrent un ralentissement accru de l'économie, même si Pékin met en garde contre les distorsions statistiques liées aux longs congés de la période. La croissance de la production industrielle est tombée sur janvier-février à son plus bas niveau depuis 17 ans, l'investissement dans le secteur manufacturier a ralenti et les profits du secteur de l'industrie ont chuté de 14 %, leur repli le plus marqué depuis fin 2011. Le PMI officiel doit être publié ce dimanche en même temps qu'une enquête similaire portant sur le secteur des services. La publication de l'indice PMI manufacturier Caixin-Markit est prévue demain et celle de son équivalent pour les services le 3 avril.

Lagardère à nouveau dans le viseur des marchés

En France, les dépenses de consommation des ménages ont fléchi en février, a indiqué vendredi l'Institut national de la statistique et des études économiques. Les dépenses de consommation des ménages en biens se sont repliées de 0,4 % en volume par rapport au mois précédent, et de 1,8 % par rapport à février 2018, a précisé l'Insee. En janvier, les dépenses de consommation avaient progressé de 1,4 % sur un mois. Le repli du mois de février s'explique notamment par un net recul des dépenses en énergie, de 3,3 % sur un mois, tandis que la consommation alimentaire a été quasi stable et que les achats de biens fabriqués ont augmenté de 0,6 % par rapport à janvier, a précisé l'Insee. Il y a aussi l’impact du prélèvement à la source sur les payes de janvier, mais qui reste difficilement mesurable.

En matière de business l’actualité a été dominée par l’assemblée générale des actionnaires de Telecom Italia. Comme nous l’avions laissé entendre la semaine passée, des discussions officieuses avec la CDP (Caisse des Dépôts Italienne) ont convaincu Vivendi de retirer sa résolution concernant les administrateurs. De manière à ce que le nouveau conseil puisse être présidé par un représentant de la CDP avec un nombre équivalent d’administrateurs choisis par Elliott et par Vivendi.

La prochaine assemblée animée à surveiller sera celle du groupe Lagardère qui aura lieu le 10 mai prochain au Carrousel du Louvre. Depuis un an le groupe a encore perdu de sa valeur bien qu’il ait conduit des cessions importantes dans le domaine des médias et annoncé la même volonté s’agissant de l’activité sport qui a coûté si cher aux actionnaires. La question des émoluments réservés aux cinq dirigeants du groupe, dont quatre n’ont aucune responsabilité opérationnelle (Arnaud Lagardère, assez peu présent, Pierre Leroy, Thierry Funck-Brentano et Ramzi Khiroun) alors que Gérard Adsuar gère les finances, sera sur la table. Selon plusieurs calculs établis par des analystes financiers réputés. Si Arnaud Lagardère et ses affidés n’avaient touché à rien depuis la mort de Jean-Luc Lagardère, le groupe vaudrait en l’état 12 milliards d’euros, alors que sa capitalisation boursière actuelle est quatre fois inférieure. De beaux débats en perspective.

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