WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
En route vers un référendum
par Yves de Kerdrel

La restitution du grand débat commence demain au Grand Palais en présence d’Édouard Philippe. Des mesures essentiellement fiscales pourraient être vite annoncées avec notamment un alourdissement de l’IFI. Emmanuel Macron, qui appréhende l’effet de déception des mesures qui pourraient résulter de ces annonces, prépare déjà une conférence citoyenne suivie d’un référendum.
07/04/2019 - 06:55 Temps Lecture 17 mn.

 

Le marathon présidentiel lié au Grand Débat qui devait se terminer le 15 mars a donc pris fin jeudi dernier en Corse, après un mercredi passé en Bretagne. Au total Emmanuel Macron aura passé 92 heures à échanger avec soit des maires, soit des citoyens de toutes les régions de France. Tout cela a été plutôt bénéfique pour son image et sa popularité qui s’est redressée trois mois de suite avant de redécliner récemment. Mais à l’Élysée, bien plus qu’à Matignon, on se félicite du réel engouement engendré par l'exercice, en soulignant que 1 932 884 contributions ont été déposées en ligne, que 10 452 réunions locales ont été organisées, que 16 132 cahiers citoyens et 15 701 courriers et e-mails ont été rédigés.

Le plus dur commence maintenant. Avec demain lundi 8 avril, la restitution de la synthèse du grand débat. Un condensé des différentes contributions sera présenté le 8 avril par les cinq garants de l'exercice, en présence d'Édouard Philippe. Cette synthèse sera restituée à Paris, au Grand Palais. Un lieu qui a fait débat au sein même du gouvernement, certains membres de l'exécutif jugeant ce lieu trop parisien et trop prestigieux. Mais il n'y aura pas de frais de location du lieu, qui accueille ce rendez-vous à titre gracieux. De quoi alléger une facture qui s'annonce salée, car le budget prévisionnel de l'événement se situe entre 200 000 et 400 000 euros. Alors que 12 millions d’euros ont déjà été dépensés pour le grand débat.

Discours d’Édouard Philippe demain vers midi

Certains ministres auraient préféré opter pour un lieu situé loin de Paris. Mais Matignon assume ce choix : les délais étaient trop courts, et il n'était pas évident de réunir tout le monde ailleurs que dans la capitale. Entre les prestataires, les garants, les directeurs d'administrations centrales et le public, près de 400 personnes au total devraient ainsi être présentes. Dans le détail, les résultats de l'ensemble des consultations seront présentés à partir de 9 heures en présence du Premier ministre, des ministres coordinateurs Emmanuelle Wargon et Sébastien Lecornu et des garants du grand débat national. Édouard Philippe devrait prononcer un discours autour de midi.

Le lendemain à 15 heures, l'exécutif effectuera une déclaration relative au grand débat devant l'Assemblée nationale lors des questions au gouvernement. Cette déclaration sera suivie d'un débat (sur le grand débat, donc) à l'issue duquel il n'y aura pas de vote, comme le prévoit l'article 50-1 de la Constitution. Mercredi, le même exercice aura lieu au Sénat, à partir de 16 h 30. Chaque groupe parlementaire aura droit à un temps de parole proportionnel à sa taille, le gouvernement y répondra, et une séance de questions-réponses suivra. Mais il est près probable que pour cet exercice convenu, dans une chambre comme dans l’autre, on assiste à des jeux de posture et que rien de concret ne résulte de ces débats.

Vers un demi-retour de l’ISF

S’agissant du chef de l'État, de nouveau en baisse dans les sondages (sa cote de confiance chute de trois points en avril dans le baromètre Elabe, pour Les Échos et Radio classique), il devrait annoncer des premières mesures tirées du grand débat national à la mi-avril, sans plus de précisions pour l'instant. Si le flou règne pour l'instant sur les mesures qu'Emmanuel Macron pourrait annoncer, selon les informations obtenues par WanSquare, il pourrait s’agir très vite de sujets principalement fiscaux. L’aménagement des tranches les plus basses de l’impôt sur le revenu semble acquis de manière à rendre du pouvoir d’achat aux ménages dotés d’un revenu imposable inférieur à 2000 euros par mois. Un alourdissement de l’IFI, qui prendrait en compte des actifs non investis dans l’économie productive, semble acquis. Il est également question d’une suppression de la TVA de 20 % sur les factures d’électricité. Enfin, on parle beaucoup d’une ré-indexation des retraites sur l’inflation. Mais la mesure est très coûteuse, et fait déjà largement débat en interministériel.

Sur d’autres sujets soulevés lors du grand débat comme les contreparties aux allocations de solidarité, il n’y aura sûrement pas de réponse tout de suite, tellement le sujet est clivant. 52 % des Français y sont favorables. 19 % y sont opposés. Et les autres n’ont pas d’avis. En revanche un sujet qui soulève étrangement les passions, comme la prise en compte du vote blanc lors des élections, est plébiscité par 62 % des répondants, tout comme la réduction du nombre de parlementaires. Si ces résultats ne sont pas forcément représentatifs, ils ont le mérite de pointer du doigt les sujets sur lesquels les Français attendent des propositions de la part du chef de l'État.

Moins de la moitié des macronistes optimistes sur la sortie du grand débat

Emmanuel Macron n’ignore absolument pas l’effet déceptif qui pourrait suivre la sortie du grand débat. Selon un sondage Elabe pour BFM, 79 % des Français restent pessimistes et estiment que la consultation citoyenne ne résoudra pas la crise politique traversée par le pays depuis le 17 novembre dernier. Les citoyens souhaitent qu’Emmanuel Macron et son gouvernement agissent en priorité sur le pouvoir d’achat (pour 60 % des personnes interrogées), la baisse des dépenses publiques (37 %), la réduction des inégalités sociales (36 %) et la baisse des impôts (33 %). Ils sont 50 % à attendre des réponses à la crise sociale et 3 sondés sur 10 espèrent des réformes profondes pour le pays. Mais malgré ces attentes, une majorité des personnes interrogées restent méfiantes : elles sont 68 % à douter que le gouvernement prenne en considération les points de vue exprimés.

Ce climat de défiance est principalement entretenu par les 50-64 ans (36 %), les ouvriers (40 %) et les habitants des communes rurales (35 %) qui estiment que la consultation citoyenne est un échec pour Emmanuel Macron et son gouvernement. Ces catégories sont entre 67 % et 70 % à estimer que le grand débat ne permettra pas d’améliorer la participation des citoyens aux décisions. D’un point de vue politique, ce sont naturellement les électeurs de Marine Le Pen (58 %) et de Jean-Luc Mélenchon (40 %) qui croient le moins aux bénéfices du grand débat national. Au contraire, les électeurs d’Emmanuel Macron jugent à 19 % que c’est un succès. Toutefois, même parmi les soutiens du président de la République, seuls 46 % jugent que le grand débat permettra une sortie de crise.

Un référendum après les Européennes ou après l’été

De fait, selon les informations obtenues dans l’entourage de plus en plus restreint du Chef de l’État, ce dernier pourrait maintenant convoquer une conférence citoyenne composée de Français tirés au sort. Ils seraient consultés sur un sujet précis. Ils pourraient proposer un texte de loi ou un référendum. L'initiative viendrait des citoyens et non du président, cela éviterait que la presse ou l’opposition crient au plébiscite. C'est la taxe carbone qui pourrait être le premier sujet, pour mettre les Français face à leur responsabilité. Quoi qu’il en soit, jeudi dernier en Corse Emmanuel Macron a certes promis de répondre sans reniement ni entêtement aux souhaits exprimés par les Français. Mais il a aussi beaucoup insisté sur le fait que toutes les demandes ne pourraient être exaucées. Avant de déclarer que la réponse au grand débat, ce ne sont pas 66 millions de réponses.

Au chapitre économique et international, le Brexit continue de tenir en haleine les dirigeants européens. Dans une lettre envoyée vendredi au président du Conseil européen, Donald Tusk, la Première ministre, Theresa May, a demandé un report jusqu’au 30 juin du Brexit. La locataire du 10 Downing Street informe dans cette lettre Donald Tusk que le Royaume-Uni demande une extension de l’article 50 du Traité de Lisbonne, qui régit le départ d’un État membre de l’UE, et propose que ce report se termine le 30 juin 2019. Donald Tusk a suggéré quant à lui un report flexible allant jusqu’à 12 mois, selon un haut responsable européen.

Vers un accord sino-américain

Le gouvernement britannique explique toujours chercher à obtenir un accord qui permette au Royaume-Uni de se retirer de l’Union européenne avant le 23 mai 2019 et ainsi annuler (la participation aux) élections européennes, mais il continuera les préparatifs pour la tenue de ces élections si cela n’est pas possible. Le Royaume-Uni reste, malgré tout, en pleine crise politique, les députés ayant rejeté à trois reprises le Traité de retrait de l’UE négocié par la Première ministre avec Bruxelles. Theresa May a entamé des discussions avec l’opposition travailliste pour trouver un compromis susceptible d’être soutenu par une majorité de députés. La France a opté pour une position très sévère à son égard, expliquant attendre un plan crédible de Londres d'ici au sommet extraordinaire de l'UE du 10 avril.

Sur le front sino-américain, il ne fait plus de doute aujourd’hui que les États-Unis et la Chine se rapprochent de la conclusion d'un accord commercial. Washington et Pékin sont parvenus à s'accorder sur la plupart des questions au cœur de leur conflit commercial, mais doivent encore convenir de la mise en œuvre d'un mécanisme de contrôle voulu par Washington. Un haut représentant de la Chambre du commerce américaine a déclaré cette semaine que la conclusion d'un accord entre les deux plus grandes puissances économiques mondiales était désormais l'hypothèse la plus probable, tout en expliquant que les négociateurs avaient besoin de progresser sur le mécanisme d'application et sur la levée de droits de douane imposés par les États-Unis sur des produits chinois importés.

Grandes manœuvres bancaires européennes

Le principal conseiller économique de la Maison blanche, Larry Kudlow, a dit que les États-Unis et la Chine s'attendaient à faire de nouveaux progrès dans leurs négociations commerciales cette semaine à Washington, après des discussions constructives à Pékin la semaine dernière. Reuters rapportait la semaine dernière que les deux camps avaient effectué des progrès dans tous les domaines abordés lors de leurs pourparlers, avec des propositions sans précédent de Pékin sur l'épineuse question des transferts de technologie forcés.

Du côté du business, l’actualité bancaire européenne a été intense dans le sillage des rumeurs de fusion entre la Deutsche Bank et la Commerzbank. Les deux établissements, en négociations en vue d'une fusion, sont actuellement favorables à une prise de contrôle directe plutôt qu'à des structures plus complexes à mettre en place, selon des sources proches du dossier. Dans leur scénario de base, une transaction serait organisée sous la forme d'une offre en actions de Deutsche Bank sur Commerzbank. Cette structure est préférée à la création d'une nouvelle société du type holding, jugée trop difficile à mettre en œuvre.

Début d’année difficile pour la Générale

UniCredit pourrait explorer la possibilité d'une fusion avec Commerzbank en cas d'échec des négociations de la banque allemande avec Deutsche Bank. La banque italienne a fait savoir qu’elle ne fera pas en sorte de torpiller les discussions de fusion en cours entre les deux groupes bancaires allemands. Ces déclarations ont été faites à la suite d'un article du Financial Times selon lequel UniCredit préparerait une offre de plusieurs milliards d'euros en vue de prendre le contrôle de Commerzbank. La banque italienne envisagerait d'acquérir une participation importante dans Commerzbank et de la fusionner avec HypoVereinsbank, la banque allemande qu'elle possède déjà.

Selon l'hebdomadaire économique allemand Wirtschaftswoche, le directoire de Commerzbank doit décider le 9 avril de l'opportunité d'intensifier les pourparlers avec Deutsche Bank ou de renoncer à un accord. Berlin veut empêcher une prise de contrôle étrangère de Commerzbank. Mais l'éventualité d'une fusion entre les deux plus grandes banques allemandes rencontre une vive résistance de la part des syndicats et de certains grands investisseurs, qui s'interrogent sur la logique industrielle d'un tel rapprochement. Selon des sources bancaires, Commerzbank souhaiterait une décision rapide sur l'approfondissement des discussions ou non, tandis que Deutsche Bank a besoin de plus de temps.

Vendredi on apprenait que la Société générale prévoit de supprimer environ 600 postes à Paris au sein de sa banque de financement et d'investissement. La troisième banque française entend également supprimer quelques centaines de postes dans sa BFI à Londres et New York. La Société générale a dit début février, lors de la présentation des résultats annuels, vouloir restructurer sa banque d'investissement pour se concentrer sur certaines activités de marchés, comme les dérivés actions. Cette annonce a fait chuter l’action Société Générale. D’autant qu’à cela se sont ajoutées des informations dévoilées par Bloomberg qui indique, s’appuyant sur des sources proches du dossier, que le premier trimestre a été difficile dans la banque d’investissement. Ce n’est pas la première alerte dans le secteur. Société Générale avait déclaré ne pas entrevoir d’amélioration des conditions de marché à court terme.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Macron face au risque de déception après le Grand Débat

31/03/2019 - 06:55

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Remaniement imminent dans une ambiance délétère

24/03/2019 - 06:55