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Yves de Kerdrel
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Un calendrier national bouleversé
par Yves de Kerdrel
Plus de 8 Français sont pessimistes s’agissant de leur avenir. Et pour la première fois dans l’histoire du pays, le moral des retraités a chuté de 13 points. Si bien que moins de la moitié d’entre eux sont encore confiants. C’est le résultat d’une très sérieuse étude menée par le service des statistiques du Ministère de la Santé auprès de 3 000 Français. Une étude réalisée dès le mois d’octobre dernier. C’est-à-dire avant même qu’éclate le mouvement des "Gilets Jaunes". Il y a bien d’autres éléments passionnants dans cette étude comme la grande crainte qui touche désormais près de deux tiers des Français de ne plus avoir assez d’argent pour vivre. D’où leur attachement croissant à l’État-providence.
La crise des classes moyennes qui ronge le pays, comme elle se manifeste dans de nombreux pays occidentaux est loin d’être terminée. D’abord parce que ses ressorts sont profonds. Ensuite parce que la réponse présidentielle qui devait intervenir cette semaine a dû être décalée à une demi-heure près en raison de l’incendie qui a ravagé la toiture de Notre-Dame de Paris lundi soir dernier, allant jusqu’à mettre en péril certains de ses éléments architecturaux de base, comme le Pignon Nord, dont on ne sait toujours pas s’il peut ou pas s’écrouler sur la rue du Cloître et les immeubles avoisinants.
Quand les politiques tentent de surfer sur la catastrophe de Notre-Dame
Cette catastrophe a totalement bouleversé la donne politique du Pays. Dans un premier temps une vaste concorde nationale s’est manifestée autour de ce drame. Jean-Luc Mélenchon faisant preuve de son talent d’orateur de ses souvenirs de professeur d’histoire pour faire l’une des plus belles déclarations du moment. Et puis très vite, des grandes familles comme les Pinault, les Arnault, les Bouygues, les Bettencourt, les Rothschild ou les Decaux ont fait assaut de générosité en assurant de dons avoisinant au total près d’un milliard d’euros. De même que de grandes entreprises comme Total, Michelin, Axa, Arcelor Metal s’engageant à faire cadeau de tout l’acier nécessaire et Groupama promettant de fournir 1 300 chênes pour rappeler la fameuse "forêt" qui constituait la charpente de la Cathédrale, aujourd’hui partie en cendres.
Toute cette générosité spontanée a entraîné une vaste polémique sur les crédits d’impôts liés à de telles opérations de mécénat. À tel point que la famille Pinault a annoncé vouloir renoncer à cet avantage fiscal. Par ailleurs ce milliard d’euros d’argent privé mobilisé en 48 heures a également remis de l’huile sur le feu de la crise des Gilets jaunes, qui ne comprennent pas que – s’agissant du pouvoir d’achat – il n’existe pas une telle mobilisation. Une manière de viser le Chef de l’État qui a tout de même souhaité intervenir à la télévision sur le drame lié à cet incendie, avant de consacrer l’intégralité du Conseil des Ministres à l’organisation de la reconstruction. Une importance jugée démesurée en comparaison des attentes des Français après le Grand débat national.
Des premières mesures plutôt décevantes
C’est sans doute ce qui explique que les dix-huit pages de la déclaration initiale d’Emmanuel Macron ont fini par fuiter dans la presse via le canal de l’AFP. Mauvaise séquence de communication, puisque les Français ont pu découvrir une litanie de mesures sans cohérence et sans vision générale. Comme une succession de boules placées sur un sapin défraîchi. Ainsi sur le seul sujet du pouvoir d’achat la réponse du gouvernement semble se limiter, pour le moment, à une réindexation des retraites inférieures à 2000 euros… mais à compter du 1er janvier 2020, un réaménagement des premières tranches de l’impôt sur le revenu, et une pérennisation de la prime exceptionnelle versée par les entreprises, nette de charges sociales et de fiscalité.
Avec de telles mesures on est encore loin de l’effet "waouh" annoncé par l’Élysée quelques jours auparavant. De fait, la plupart des commentateurs en ont été réduits à épiloguer sur la mesure gadget conçue par Emmanuel Macron : la suppression de l’Ena ou sa remise à plat complète. Peut-être cette institution avait concentré les rancœurs de nombreux Français à l’égard d’une certaine bureaucratie. Mais fallait-il pour autant être aussi radical avec une institution créée le 9 octobre 1945 par Michel Debré afin de reconstruire l’administration d’un pays totalement dévasté, et qui s’illustre toujours par un corps préfectoral, un Conseil d’État et une Cour des Comptes que le monde entier nous envie. Il est probable, in fine, que l’on ne retienne que cela des mesures présidentielles. Et il est peu probable que cela calme les esprits, notamment à la veille d’une grande manifestation nationale prévue pour samedi 27 avril. Sans compter le défilé si sensible du 1er mai.
Une conférence de presse jeudi prochain
Autant dire qu’à l’Élysée le problème reste entier. Emmanuel Macron le sait bien, qui a décidé de laisser passer le week-end pascal avant de s’adresser à nouveau aux Français, jeudi prochain 25 avril, à travers une conférence de presse, sous les dorures de l’Élysée. Jean-Michel Baylet, propriétaire de La Dépêche du Midi, et président du syndicat de la presse quotidienne régionale l’a vivement incité à intervenir dans toute la PQR afin d’amplifier le discours de proximité et d’être lu dans les territoires. Pour l’instant sans succès. L’absence de directeur de la communication se fait doublement sentir dans ce moment important pour Emmanuel Macron afin de marquer l’Acte II du quinquennat. Même si le nom de Grégoire Lucas, associé d’Anne Meaux, est largement cité pour rejoindre l’Élysée.
Enfin le dernier point important, c’est qu’au vu des mesures qui ont filtré, un virage social n’est pas vraiment d’actualité. Contrairement aux rumeurs qui couraient depuis deux semaines, il ne semble plus être question d’un changement de Premier Ministre afin d’accompagner la mise en œuvre de cette litanie de mesures. Pour preuve Édouard Philippe a été missionné mercredi dernier afin de faire lui-même, en lieu et place de la porte-parole du gouvernement, le compte rendu du conseil des ministres. Tous ceux qui voyaient Agnès Buzyn s’installer à Matignon devront donc encore attendre. La ministre des affaires sociales tenait d’ailleurs, jeudi dernier, une importante réunion sur la réforme des retraites en présence de Jean-Paul Delevoye.
Meilleure conjoncture en France en avril
Au chapitre économique, on a beaucoup parlé de croissance cette semaine. D’abord parce que, selon les indices provisoires publiés jeudi par IHS Markit, l'activité s'est stabilisée ce mois-ci dans le secteur privé en France à la faveur d'un retour d'une légère croissance dans les services qui a permis de compenser une contraction dans l'industrie manufacturière, toujours pénalisée par un recul des nouvelles commandes. L'indice PMI composite de l'activité globale en France est ressorti à 50,0 en "flash" (contre 49,7 attendu), après un chiffre de 48,9 en mars. Il évolue ainsi pour le deuxième mois d'affilée sous la barre de 50 qui sépare croissance et contraction de l'activité, ce qui ne lui était pas arrivé depuis l'été 2016.
À l’inverse, l'indice des services est repassé au-dessus de ce seuil, à 50,5 - un plus haut de cinq mois - contre 49,1 en mars, alors que les économistes attendaient une hausse moins prononcée (49,8). L'indice PMI composite, qui associe des éléments des indices des deux secteurs, revient à 50,0 après 48,9 en mars. Malgré la stabilisation globale de l'activité, les nouvelles commandes au secteur privé ont poursuivi leur repli pour le cinquième mois consécutif, même si leur recul a été très limité et a concerné surtout le secteur manufacturier. La composante production du secteur manufacturier évolue pour sa part à un plus bas de quatre ans. Mais l'emploi a continué de progresser dans ce secteur comme dans les services et les dirigeants d'entreprise affichent le niveau d'optimisme le plus élevé depuis neuf mois sur leurs perspectives d'activité pour l'année à venir.
Croissance de 0,5 % seulement pour l’Allemagne
La veille, on apprenait que le gouvernement allemand avait réduit sa prévision de croissance 2019 pour la deuxième fois en trois mois face à la contraction continue de l'activité dans le secteur industriel, et qu’il envisage de favoriser les investissements des entreprises dans la recherche et le développement (R & D) pour soutenir l'économie. Berlin n'attend plus qu'une croissance de 0,5 % cette année, soit moitié moins que sa prévision de 1,0 % en janvier qui avait déjà été revue en baisse par rapport à un objectif initial de 1,8 %. Pour 2020, le gouvernement table sur un rebond avec une croissance qui atteindrait 1,5 %.
Les tensions commerciales, le ralentissement de la croissance mondiale et les incertitudes autour du Brexit continuent de peser sur la première économie européenne, qui plus que jamais doit compter sur la demande intérieure pour se maintenir à flot. La consommation des ménages, favorisée par un taux d'emploi record, des hausses de salaires supérieures à l'inflation et des taux d'intérêt bas, devrait rester le principal moteur de la croissance en 2019 et 2020. Pour contrer le ralentissement, le ministre des Finances, Olaf Scholz, prévoit de consacrer 1,27 milliard d'euros par an au soutien à l'investissement en R & D à partir de 2020, montre un projet de loi que Reuters a pu consulter mercredi. Chaque entreprise ayant des activités de R & D pourra donc prétendre à des aides allant jusqu'à 500 000 euros et ce dispositif ne sera pas limité aux TPE et aux PME, contrairement au projet initial, précise le texte, qui pourrait être adopté mi-mai.
Des chiffres meilleurs que prévu pour la Chine
La fédération industrielle BDI a exhorté le gouvernement à prendre de nouvelles mesures en faveur de l'investissement des entreprises et à alléger leur fiscalité. Selon les prévisions de Berlin, la hausse des importations devrait dépasser celle des exportations sur la période 2019-2020, entraînant une baisse de l'énorme excédent commercial. L'excédent des comptes courants continuera de se réduire pour descendre à 6,4 % (du produit intérieur brut) en 2020, lit-on dans les prévisions de printemps du ministère de l'Économie. Le ministre, Peter Altmaier a enjoint les sociaux-démocrates, partenaires minoritaires de la coalition de la chancelière Angela Merkel, à soutenir des baisses d'impôts pour les entreprises plutôt que de prôner une relance par la consommation. Le gouvernement puise déjà dans son excédent budgétaire record pour investir dans les infrastructures a dit Olaf Scholz, le ministre des Finances, la semaine dernière à Washington.
À l’autre bout du monde il a aussi été question de croissance. La Chine va maintenir son soutien à l'activité économique, qui demeure confrontée à des pressions baissières et des difficultés après une croissance au premier trimestre supérieure aux attentes, a dit le bureau politique du Parti communiste chinois dans un communiqué, à l'issue d'une réunion vendredi. Ce communiqué du politburo est publié au surlendemain de l'annonce par Pékin que la croissance du produit intérieur brut (PIB) était ressortie à 6,4 % en rythme annuel, déjouant les pronostics d'une poursuite du ralentissement de l'activité à la faveur d'un rebond de la production industrielle et d'une amélioration de la demande des consommateurs.
Un encouragement au désendettement
La Chine va donc mettre en œuvre des ajustements contracycliques de manière appropriée et opportune, tandis que la politique de soutien budgétaire va devenir plus forte et efficace et que la politique monétaire ne sera ni trop restrictive, ni trop accommodante, a dit le politburo. Pour cette année, le gouvernement a annoncé des réductions d'impôts et de taxes d'un montant de 2 000 milliards de yuans afin d'alléger les charges pesant sur les entreprises tandis que la banque centrale a abaissé le taux des réserves obligatoires imposées aux banques à cinq reprises depuis le début de 2018 afin de relancer le crédit.
Le politburo a aussi réaffirmé que le gouvernement soutiendrait le secteur privé et le développement des entreprises de taille petite et moyenne. Les autorités trouveront l'équilibre entre la nécessité de stabiliser la croissance économique, promouvoir les réformes, contrôler les risques et améliorer le niveau de vue de la population, a dit le politburo. La Chine va encourager le désendettement structurel et éviter la spéculation dans le secteur immobilier, a-t-il ajouté. La croissance de l'économie chinoise devrait toucher un plus bas de près de 30 ans à 6,2 % en rythme annuel cette année, selon une enquête Reuters publiée la semaine dernière, pénalisée par la faiblesse de la demande interne et internationale.
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