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Yves de Kerdrel

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Macron jette Jupiter aux orties
par Yves de Kerdrel

La conférence de presse du président de la République de jeudi soir a été une réussite incontestable sur la forme. Sur le fond – c’est-à-dire sur les questions sensibles : temps de travail, pouvoir d’achat, fiscalité – le Chef de l’État a ouvert des chantiers, certains jusqu’en 2025, et les a confiés à Édouard Philippe. Comme pour se débarrasser d’une patate chaude et de tourner la page du président Jupiter.
28/04/2019 - 06:00 Temps Lecture 16 mn.

 

C’est peu de dire qu’Emmanuel Macron a été à la hauteur de cet exercice difficile et qu’il n’avait jamais pratiqué : la conférence de presse Élyséenne. Assis à la manière de De Gaulle, de Pompidou ou de Mitterrand et non pas debout comme François Hollande, le Chef de l’État a replacé son intervention dans le contexte de la crise sociétale, voire institutionnelle, que vit le Pays depuis presque six mois. Un grand oral parfait, sans faute où il a même su montrer de l’empathie avec les vrais "gilets jaunes" - qu’il a cités cette fois-ci – à la différence du 10 décembre dernier. Dès les premières phrases de son intervention, il était clair qu’Emmanuel Macron tenait à ouvrir un Acte II de son quinquennat où ses propos ne seraient émaillés d’aucune pique, et surtout, où il essaierait de se défaire de l’image de président Jupitérien.

Pendant deux heures et demie, le Chef de l’État a balayé les grands sujets du moment : le pouvoir d’achat, la question institutionnelle, et la problématique écologique. S’il a esquissé les réponses – que tout le monde connaissait déjà, parce qu’elles avaient fuité dans la presse, une semaine plus tôt – il s’est refusé d’entrer dans le détail, laissant le soin au Premier Ministre et aux ministres concernés de faire les propositions nécessaires. Par exemple sur la question fiscale, il a évacué le retour de l’ISF, mais il a ouvert la porte à un réaménagement des premières tranches de l’impôt sur le revenu (avec un impact de 300 euros environ par foyer fiscal), financées par la suppression de niches fiscales réservées aux entreprises. Sans jamais entrer dans le détail. C’est au détour d’une question de journaliste que l’on a appris que cet effort porterait sur 5 milliards d’euros. Mais le comment faire est laissé aux ministres concernés.

 

Pas de réduction des fonctionnaires

 

S’agissant des autres mesures économiques. Comme WanSquare s’en est déjà fait l’écho, il a promis la réindexation des retraites inférieures à 2000 euros sur l’inflation à compter du 1er janvier 2020 et des autres pensions en 2021, juste avant les élections. Il a souhaité la pérennisation de la prime exceptionnelle versée par les entreprises, nette de charges et de fiscalité. Il a insisté à plusieurs reprises sur le développement de l’intéressement et de la participation, sans toutefois entrer dans le détail. Mais s’agissant du temps de travail, contrairement aux rumeurs, il s’est refusé à annoncer la suppression d’un jour férié, le réaménagement des 35 heures ou l’allongement de l’âge de la retraite, préférant le système Delevoye qui prévoit une décote pour ceux qui arrêtent leur carrière à l’âge légal de 62 ans sans avoir le taux plein, qui est de plus en plus difficile d’obtenir avant 65 ans ou 67 ans.

En dehors de la promesse qu’il avait faite d’alléger la fonction publique de 120 000 fonctionnaires, sur laquelle il est prêt à passer un coup de gomme, le Chef de l’État n’a rien renié de ses promesses présidentielles et de son action depuis deux ans, fermement convaincu qu’il n’y avait pas d’autre voie possible que celle qu’il a prise et qu’il entend poursuivre. Avec comme point d’orgue la volonté d’atteindre le plein-emploi. Ce qui est pour lui le vrai moyen que les Français travaillent plus et donc créent plus de richesse. Il reste que le plein-emploi est désormais plus une question de qualification que de croissance économique. Et que la digitalisation et la robotisation de l’économie vont nécessiter des efforts accrus de formation dont il n’a jamais été question.

 

Édouard Philippe, chef d’orchestre

 

Il y a bien sûr le chapitre institutionnel sur lequel le Président a été plus précis et loquace, dans la mesure où c’est son domaine réservé. Avec l’annonce d’une réduction de 30 % des parlementaires, l’instauration de la proportionnelle à hauteur de 20 % - alors que François Bayrou réclamait 30 % -, et la création d’une assemblée citoyenne composée de 150 Français tirés au sort qui seront intégrés au sein du Conseil Économique Social et Environnemental. Ils auront la possibilité de rédiger des propositions de loi qui seront soumises aux deux autres assemblées. À cela s’ajoutent les facilités données au référendum d’initiative partagée, qui pourra être déclenché sur la demande d’un million de Français. Sans toucher à la démocratie représentative, Emmanuel Macron a donc montré qu’il avait entendu les aspirations des Français à prendre davantage part à la fabrique de la loi. D’où également la suppression de l’Ena et des Grands Corps.

C’est désormais à Édouard Philippe de mettre en musique l’essentiel des mesures présidentielles, de les échelonner dans le temps, de trouver leur financement et d’organiser leur vote au Parlement. Beaucoup d’entre elles devant entrer en vigueur d’ici la rentrée de septembre. À cet effet, le Premier Ministre a convoqué un séminaire gouvernemental qui se tiendra demain. Comme nous l’évoquions la semaine passée, cela signifie que le locataire de Matignon, dont beaucoup souhaitaient son départ, à commencer par Alain Minc, et son remplacement par Agnès Buzyn ou Jean-Yves le Drian, est assuré d’un bail supplémentaire d’une année de plus. C’est-à-dire que ce sera à lui de mener la bataille pour les municipales en 2020.

 

La bonne surprise de Bellamy

 

Bien sûr toutes les oppositions se sont déchaînées après cette conférence de presse. Mais le juge de paix sera le score de la liste de Nathalie Loiseau aux élections européennes. Ces derniers jours celle-ci s’est fait doubler par celle du Rassemblement National, dans plusieurs sondages. Et les révélations de Médiapart sur sa présence sur une liste d’extrême-droite lors d’élections à Sciences Po en 1984 ne l’ont pas vraiment aidé. Il est probable qu’elle bénéficie indirectement de l’effet de souffle provoqué par l’intervention présidentielle, et ses déclarations sur l’Europe comme sur la question des frontières. Mais pour l’heure le point le plus marquant de la campagne électorale réside dans la montée en puissance de la liste conduite par François-Xavier Bellamy, qui, partie de 12 %, atteint maintenant les 15 % et semble empêcher la montée du rassemblement national comme la liste de Nicolas Dupont-Aignan.

Au chapitre économique, la croissance américaine s’est accélérée au premier trimestre mais surtout grâce à l’évolution de la balance commerciale et à celle des stocks des entreprises, deux facteurs temporaires qui pourraient lui faire défaut sur les trimestres suivants, montre la première estimation du produit intérieur brut publiée vendredi. Le PIB a progressé de 3,2% en rythme annualisé sur les trois premiers mois de l’année, a annoncé le département du Commerce. Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une croissance de 2,0% après celle de 2,2% du quatrième trimestre de l’an dernier ; leurs estimations s’échelonnaient entre 0,7% et 3,0%.

 

Réunion de la Fed mardi et mercredi

 

Les responsables monétaires américains devraient largement ignorer le rebond de la croissance au premier trimestre et se concentrer sur la hausse de la demande intérieure qui, à 1,3% seulement, ressort au plus bas depuis le deuxième trimestre 2013, une progression divisée par deux par rapport au dernier trimestre de 2018. La Fed, dont le comité de politique monétaire se réunit mardi et mercredi prochains, a décidé en janvier d’une pause dans son cycle de resserrement amorcé en décembre 2015, renonçant à prévoir un nouveau relèvement de taux directeurs cette année après quatre hausses l’année dernière.

Les exportations américaines ont augmenté de 3,7% au premier trimestre tandis que les importations diminuaient d’autant, un double mouvement qui se solde par une contribution positive de 1,03 point de pourcentage à la croissance du PIB en raison du poids plus important des importations que des exportations dans le PIB, après un effet neutre sur octobre-décembre. Les stocks des entreprises ont augmenté parallèlement au rythme de 128,4 milliards de dollars sur le trimestre, le plus élevé depuis le deuxième trimestre 2015. Cette hausse se traduit par une contribution à la croissance de 0,65 point de pourcentage, contre 0,1 point seulement sur le quatrième trimestre de l’an dernier.

La croissance des dépenses de consommation a ralenti à 1,2% après +2,5% au quatrième trimestre et l’investissement des entreprises n’a augmenté que de 0,2%, sa plus faible hausse depuis le troisième trimestre 2016. Les dépenses de construction résidentielle ont diminué de 2,8% en rythme annuel, enregistrant un cinquième trimestre consécutif de repli. La Bourse de New York a ouvert pratiquement inchangée après ces chiffres; sur le marché obligataire, le rendement des Treasuries à 10 ans était alors en baisse de près de trois points de base à 2,505% et sur celui des devises, le dollar cédait 0,2% face à un panier de devises internationales.

 

L’Allemagne à la peine

 

À noter, de ce côté-ci de l’Europe, que le moral des chefs d'entreprises allemands s'est dégradé en avril, alors qu'on s'attendait au contraire à ce qu'il s'améliore un peu, attestant des difficultés qu'éprouve la première économie européenne à relancer sa croissance dans un contexte de tensions commerciales. L'indice de l'institut munichois Ifo le mesurant est ressorti mercredi à 99,2 contre un indice de mars revu en hausse à 99,7. L'indice d'avril était attendu à 99,9. L'indice avait progressé en mars, après avoir fléchi six mois d'affilée. Le gouvernement allemand n'attend plus qu'une croissance de 0,5 % cette année, soit moitié moins que sa prévision de 1,0 % de janvier qui avait déjà été revue en baisse par rapport à un objectif initial de 1,8 %. Pour 2020, Berlin table sur un rebond avec une croissance qui atteindrait 1,5 %.

L'indice Ifo d'avril renvoie à une croissance économique inférieure à 0,8 % cette année, après 1,4 % en 2018, estime Klaus Wohlrabe, économiste de l'institut munichois, qui observe que le secteur industriel entraîne l'ensemble de l'économie vers le bas. Locomotive économique de la zone euro, l'Allemagne en est à sa dixième année de croissance mais elle a échappé de peu à la récession l'an passé. Les exportateurs allemands doivent faire face à un contexte économique difficile fait de baisse de la demande, de tensions commerciales provoquées par la politique "America First" du président Donald Trump et d'incertitudes entourant le Brexit. C'est pourquoi la demande intérieure, s'appuyant sur un emploi record, sur des revalorisations salariales supérieures à l'inflation et sur des coûts d'emprunt très bas, sera sans doute l'unique moteur de la croissance cette année et la suivante.

 

Bon début d’année pour Casino

 

Sur le plan du business les premiers chiffres d’affaires trimestriels publiés par les groupes du CAC 40 sont de bonne facture. Qu’il s’agisse des entreprises du luxe, du secteur manufacturier ou de la grande distribution. À titre d’exemple, Casino a confirmé jeudi ses objectifs pour l'année 2019 après avoir enregistré une croissance organique légèrement supérieure aux attentes au premier trimestre, malgré la stagnation de ses ventes en France. Sur la période de janvier à mars, le chiffre d'affaires du groupe s'est établi à 8,85 milliards d'euros, en baisse de 0,5 % en données publiées mais en hausse de 3 % en données comparables (hors essence et effets calendaires). Selon le consensus Factset, les analystes anticipaient en moyenne un chiffre d'affaires de 8,78 milliards d'euros.

Au vu de la bonne avancée de ses plans d'actions, notamment le plan d'économies de 200 millions d'euros annoncé en mars, le groupe a confirmé ses objectifs pour l'ensemble de l'exercice en cours. Casino vise un résultat opérationnel courant des activités distribution en France en hausse de 10 % et une génération de trésorerie libre de 500 millions d'euros, en France. Le groupe a par ailleurs annoncé lundi la cession de 32 magasins sous enseignes Monoprix et Casino Supermarchés au fonds Apollo Global Management dans le cadre de son plan de cession d'actifs non stratégiques de 2,5 milliards d'euros. Ainsi que l’extension de son partenariat industriel avec Amazon, notamment sur des centaines de produits Franprix.

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