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Macron doit gagner les Européennes
par Yves de Kerdrel

Nathalie Loiseau se montre incapable de faire campagne pour la liste Renaissance, à l’occasion des élections européennes du 26 mai. Mais Emmanuel Macron, qui s’est fait forcer la main par Édouard Philippe pour la nommer, est obligé de voler à son secours afin qu’elle ne soit pas battue par le Rassemblement National. Au risque de s’exposer lui-même fortement, à un moment où sa popularité reste vacillante.
12/05/2019 - 06:55 Temps Lecture 17 mn.

 

Il n’y a plus de vie politique depuis la mi-novembre et le début de la crise des gilets jaunes. Chacun espérait que tout reprendrait après le Grand Débat national. Mais il y a eu l’incendie de Notre-Dame, la conférence de presse du Chef de l’État reportée au 25 avril, puis le séminaire gouvernemental. Et ensuite l’engueulade du Président de la République à l’égard de ses ministres afin qu’ils mouillent le maillot dans la perspective des élections européennes du 26 mai. De fait, même si les vacances parlementaires ont cessé, la vie politique est totalement paralysée en attendant les élections qui auront lieu dans toute l’Europe du 23 au 26 mai.

Tous les sondages continuent de donner le Rassemblement National autour de 22 % à égalité ou juste devant la liste conduite par Nathalie Loiseau. Et dans l’entourage d’Emmanuel Macron, certains en sont à douter du processus visant à transformer ces élections en un duel. Le fait que Nathalie Loiseau a refusé trois propositions de débats contre François-Xavier Bellamy est une absurdité. Certes l’ancienne ministre est une mauvaise débatteuse, mais renforcer la liste Les Républicains aurait pu permettre d’affaiblir le Rassemblement National, dans la mesure où les programmes – pour cette élection – des deux partis sont très proches.

 

Comment Macron s’est mis dans une seringue

 

Voilà pourquoi aujourd’hui Emmanuel Macron s’est placé - et a été placé par ses conseillers, notamment Stéphane Séjourné, son ancien conseiller politique et directeur de campagne de Nathalie Loiseau - dans une forme de seringue. Il doit à tout prix faire gagner la liste Renaissance. Car faute de référendum, le score de la liste La République En Marche, sera regardé de très près le 26 mai au soir. Et s’il est inférieur à celui du Rassemblement National, cela risque de paralyser encore la vie politique du Pays pendant quelques semaines, voire quelques mois. Plus les jours vont s’écouler, moins on va parler de Nathalie Loiseau et plus Emmanuel Macron sera placé en avant. La seule chance – si l’on peut parler ainsi qui est la sienne – est que le taux d’abstention estimé chez les jeunes est de 77 %. Or cette population constitue la première clientèle électorale du Rassemblement National.

Juste après les élections européennes va s’ouvrir un nouveau chantier : celui des nominations aux principaux postes de l’Union Européenne. Emmanuel Macron s'est déjà lancé dans la bataille pour le choix du successeur de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne. Après le sommet européen de Sibiu en Roumanie, le président français a mis en garde jeudi contre le spectre d'un compromis sur le plus mauvais candidat, sans désigner l'un ou l'autre. Il a surtout répété son opposition à l'application du principe du "Spitzenkandidat" (chef de file), par lequel le candidat choisi par le groupe arrivant en tête aux élections européennes prendrait automatiquement la présidence de l'exécutif européen.

 

Opposition Macron-Merkel sur le futur patron de l’Europe

 

Si ce principe, cher aux Allemands et surtout à Angela Merkel, s'appliquait, le poste reviendrait selon toute probabilité au candidat du Parti populaire européen, l'Allemand Manfred Weber, auquel la Chancelière allemande a confirmé jeudi son soutien, mais qui ne suscite pas l'enthousiasme à Paris. Du coup, au risque de braquer le Parlement, Emmanuel Macron a insisté sur le fait que le choix du président de la Commission revenait d'abord aux chefs d'État et de gouvernement, par un vote à la majorité qualifiée, suivi dans un second temps par un vote au Parlement.

Selon plusieurs de nos sources, Emmanuel Macron est prêt à soutenir la candidature du Français Michel Barnier, négociateur en chef de l'Union pour le Brexit, s'il avait une chance de l'emporter. En fait, la vraie bataille commencera juste après le scrutin européen, lors d'une rencontre des chefs d'État et de gouvernement, le 28 mai, avec peut-être de premières décisions au Conseil européen des 20 et 21 juin. Parmi les principaux postes à pourvoir cette année, les présidences de la Commission, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Conseil européen. C’est-à-dire les remplaçants de Jean-Claude Juncker, de Mario Draghi et de Donald Tusk.

 

La France veut la main sur la Présidence de la Commission

 

Pour la France, la clé reste la présidence de la Commission, comme l’a récemment confirmé la secrétaire d'État aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin. La discussion s'annonce difficile pour les Français, Emmanuel Macron et ses alliés n'ayant guère d'espoir de peser davantage au Parlement que les deux poids lourds historiques - le PPE et l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates. La France veut éviter que le Parlement bloque immédiatement les postes et rappelle le partage qu'avaient effectué juste après les dernières élections le démocrate-chrétien Jean-Claude Juncker, qui avait pris la présidence de la Commission, et le social-démocrate Martin Schulz, qui avait pris celle du Parlement.

Il reste que le nom d’Angela Merkel revient avec insistance pour la présidence du Conseil européen, l’instance des chefs d’État. Si elle est élue et si elle accepte, elle serait alors en charge notamment de la représentation extérieure de l’UE au niveau des chefs d’État ou de gouvernement, de présider les réunions du Conseil européen et d’animer ses travaux, d’assurer la préparation des réunions du Conseil européen et leur continuité et également contribuer à faciliter la cohésion et le consensus au sein du Conseil européen. Ce dernier donne les impulsions nécessaires au développement de l’Union et en définit les orientations politiques générales et les priorités. Il n’exerce cependant pas de fonction législative.

 

Le nom de Margrethe Vestager circule

 

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte est également cité comme un autre potentiel candidat. Ce dernier et Emmanuel Macron ont d’ailleurs affiché leurs convergences de vues sur une Europe plus forte. Les deux hommes, en désaccord sur certains choix économiques, se retrouvent alliés pour le scrutin du 26 mai : le parti de Mark Rutte est affilié au groupe centriste et libéral Alde (Alliance des démocrates et libéraux pour l’Europe), que les députés Marcheurs pourraient rejoindre. Ce qui n’est pas le cas de la chancelière Angela Merkel, dont le parti, la CDU, est allié au parti européen de droite PPE. Même si les noms de Merkel et Rutte circulent, tous deux ont cependant publiquement assuré ne pas être intéressés par ce poste de facilitateur entre des États aux intérêts souvent divergents.

Un autre enjeu de taille est à l’agenda : celui du choix du nouveau président de la Commission, qui fait office en quelque sorte de chef du gouvernement européen. Dans le cas où Manfred Weber n’arriverait pas à convaincre et rassembler derrière lui (Viktor Orban a annoncé le retrait de son soutien cette semaine), un autre nom est évoqué avec insistance comme recours : celui du Français Michel Barnier. L’intéressé a toutefois affirmé le 29 avril qu’il n’était pas candidat aujourd’hui à la présidence de la Commission européenne. D’autres noms circulent par ailleurs, dont la Française Christine Lagarde, actuellement à la tête du FMI, ou l’actuelle commissaire européenne Margrethe Vestager.

 

Les Français toujours déçus par les mesures Macron

 

Avant la désignation du président de la Commission, la première nomination sera celle du président du Parlement européen lors de la session inaugurale de la nouvelle assemblée, le 2 juillet. Son mandat est de deux ans et demi. Deux candidats sont déjà en lice : le président sortant, le conservateur italien Antonio Tajani, et l’ancien premier ministre libéral belge, Guy Verhofstatdt. Le vainqueur devra convaincre les autres familles politiques de voter pour lui pour obtenir la majorité absolue. Outre la tête de la Commission, ces nominations concerneront aussi la présidence du Conseil européen, celle de la Banque centrale européenne et le chef de la diplomatie européenne. En 2014, il a fallu trois sommets et trois mois pour décider des principaux postes.

Trois semaines après la conférence de presse d’Emmanuel Macron, le jugement des Français, selon un sondage BVA, reste sévère : les deux tiers (65 %) se disent "plutôt mécontents" de son action (contre 57 % il y a un an). Même une partie de ses électeurs du premier tour de la présidentielle se disent mécontents : 30 % contre 60 % seulement de satisfaits. Si des succès sont reconnus dans le rôle de la France à l'international, le jugement est sans appel sur tous les autres sujets avec une large majorité pour qui Emmanuel Macron a échoué : croissance économique (58 %), éducation (56 %), sécurité (58 %), emploi (61 %), fiscalité (67 %), pouvoir d'achat (73 %), environnement (66 %), lutte contre le réchauffement (68 %) ou immigration (65 %) !

 

La piteuse affaire du référendum sur ADP

 

Les Français, interrogés après la conférence de presse du 25 avril, ne tiennent aucun compte des mesures prises en faveur du pouvoir d'achat depuis le 10 décembre, dont l'addition chiffre pourtant à plus de 17 milliards d'euros d'après les calculs du gouvernement. Seuls 16 %, essentiellement les catégories les plus aisées, ont le sentiment de "bénéficier personnellement" de sa politique. 77 %, soit les trois quarts des Français, ont une opinion contraire avec, sans surprise, un score encore plus élevé chez les retraités (82 %), hausse de la CSG et désindexation obligent. Quant au principe du "premier de cordée", il est rejeté par 46 % des Français. Seuls 25 % souhaitent qu'il continue de s'y référer, signe que la métaphore n'a pas été comprise par l'opinion.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, le Chef de l’État a vu cette semaine le Conseil Constitutionnel donner raison aux parlementaires d’opposition (droite et gauche réunies) qui demandent un référendum d’initiative partagée (selon la procédure mise en place par Nicolas Sarkozy) sur la privatisation d’Aéroports de Paris. Il est donc impossible pour le gouvernement de promulguer la loi Pacte, qui a mis si longtemps à être votée. Pire que cela : c’est le Ministère de l’Intérieur qui va devoir donner les moyens aux différents opposants à la privatisation d’ADP d’organiser une pétition afin de rassembler sous le contrôle du conseil constitutionnel environ 4,7 millions de signatures. Tout cela constitue, qu’on le veuille ou non, un camouflet à l’autorité présidentielle et gouvernementale, au moment où l’Élysée comme Matignon essayent de reprendre la main.

 

Trump secoue les marchés

 

De fait la capitalisation boursière d’ADP a fondu de plus de 2 milliards en l’espace de 48 heures. Ce qui signifie que l’État, donc les Français, s’est appauvri d’un milliard d’euros. Sans que l’exploitation et les perspectives du groupe dirigé de main de maître par Augustin de Romanet le justifient. Quant aux trois candidats : Vinci, Macquarie et les collectivités locales associées à Ardian, ils voient leurs projets respectifs repoussés aux calendes grecques. Toute cette opération de politicaillerie décrédibilise surtout la Droite libérale de Bruno Retailleau, qui s’est ralliée à cette opération lancée par d’anciens frondeurs socialistes.

Au chapitre économique, la semaine a été marquée par le regain de tension entre la Chine et les États-Unis sur le sujet des droits de douane. Donald Trump a justifié vendredi la hausse des droits de douane sur l'équivalent de 200 milliards de dollars d'importations chinoises, ajoutant que les discussions avec la Chine en vue d'un accord se poursuivaient d'une manière très cordiale. Conformément à ses directives, les droits de douane sur 200 milliards de dollars de produits chinois sont passés de 10 % à 25 % ce vendredi à la première heure, renforçant encore les tensions entre la Chine et les États-Unis alors que les négociations se poursuivent à Washington.

 

LVMH va de l’avant avec Rihanna

 

Dans la guerre commerciale à laquelle se livrent les deux pays, l'administration Trump avait déjà taxé à 25 % l'équivalent de 50 milliards de dollars d'importations Made in China. Sont désormais concernés au total 250 milliards de dollars. En outre, Trump a annoncé avoir entamé les procédures nécessaires pour taxer à 25 % les 325 milliards de dollars (290 milliards d'euros) d'importations chinoises qui ne le sont pas encore. Bien sûr il y a une part de posture de la part du locataire de la Maison Blanche. D’ailleurs les négociations continuent. Responsables américains et chinois ont repris leurs discussions vendredi dans la matinée à Washington pour la deuxième journée consécutive.

Comme nous l’avions laissé envisager dans ces colonnes le groupe LVMH a annoncé vendredi le lancement d'une nouvelle marque de mode avec la chanteuse Rihanna, baptisée Fenty, fort du succès remporté par les cosmétiques déjà créés avec la star de la pop. La marque, basée à Paris, proposera des collections de prêt-à-porter, de chaussures et d'accessoires correspondant à la vision de la mode de la chanteuse. Le projet a mûri pendant trois ans au sein de LVMH et a été piloté par Jean-Baptiste Voisin, directeur de la stratégie du groupe. Cette ambition du groupe dirigé par Bernard Arnault s'explique à la fois par la popularité de Rihanna et ses 70,5 millions de followers sur Instagram, et par l'immense palette de couleurs de maquillage qu'elle a été une des premières à offrir aux peaux foncées ou métisses.

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