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Et si Édouard Philippe quittait Matignon ?
par Yves de Kerdrel

Plus grand monde ne se fait d’illusion sur le score de la liste menée par Nathalie Loiseau aux élections européennes de dimanche prochain. De fait Emmanuel Macron pourrait être obligé de procéder à un vaste remaniement ministériel, avec la démission de l’ensemble du gouvernement. Ce qui permettrait à Édouard Philippe de se préparer pour la course à la Mairie de Paris ou de Bordeaux.
19/05/2019 - 06:55 Temps Lecture 15 mn.

 

En dépit de tous ses efforts pour éviter les maladresses ou pour afficher davantage de charisme, Nathalie Loiseau ne voit pas son score bouger avec des sondages évoluant entre 21 et 22 %. Alors que la liste Rassemblement National menée par Jordan Bardella est désormais créditée de 23 à 24 %. Et le soutien de nombreux ministres qui s’affichent à l’occasion de chaque meeting de la liste Renaissance pour aider Nathalie Loiseau ne semble rien y faire. Pire, Emmanuel Macron fait dire qu’il va s’engager au cours de cette dernière semaine et s’afficher avec sa candidate. De la même manière que des affiches ont été imprimées avec sa seule photo. Mais cela semble se retourner contre lui et contre la liste Loiseau dans la mesure où beaucoup de Français veulent faire de cette élection un référendum.

Bien sûr le phénomène restera limité dans la mesure où le taux d’abstention estimé est toujours de 56 %, équivalent à ce qu’il était aux dernières élections européennes. Mais surtout, ce qui sera observé avec le plus d’attention dimanche prochain, c’est à la fois l’écart de pourcentage entre les deux listes qui font la course en tête. Et de la même manière l’écart entre le nombre de parlementaires Rassemblement National et le nombre d’élus Renaissance sera scruté à la loupe par les observateurs et par le Président de la République. Mais les sondeurs n’excluent pas un écart de plus de cinq points entre les deux listes avec un score à 25 % pour Jordan Bardella et à moins de 20 % pour Nathalie Loiseau. Tout va résider dans le vote utile qui sera très défavorable à Nicolas Dupont-Aignan et qui fait plafonner la liste Bellamy.

 

La pire des solutions pour Macron

 

Si l’opinion publique tire la conclusion que dans un tel cas de figure, ces élections sont un référendum contre Emmanuel Macron et sont la sanction démocratique de sa piteuse gestion de la crise des gilets jaunes, alors cela pourrait créer un tsunami politique. C’est pour cette raison que les rumeurs n’ont pas cessé d’enfler, ces derniers jours, sur un probable départ d’Édouard Philippe – considéré comme trop raide, même s’il a assoupli sa position sur les 80 kilomètres heure à dix jours du scrutin – à l’occasion d’un très vaste remaniement gouvernemental, avec démission de l’ensemble du gouvernement.

Pour Emmanuel Macron, ce serait évidemment la pire des solutions et la moins souhaitable. Pour plusieurs raisons. Primo parce que c’est lui-même qui, le 25 avril dernier, a fixé la feuille de route des six prochains mois en la confiant à Édouard Philippe en personne, d’où le séminaire gouvernemental qui a suivi. À cette occasion le Premier Ministre s’est vu clairement confirmé dans ses fonctions. Mieux que cela : c’est lui qui a été désigné comme le chef d’orchestre des réformes issues du Grand Débat National. En étant contraint de se séparer de son Premier Ministre le Chef de l’État se tirerait, de facto, une balle dans le pied, juste après avoir été désavoué par une partie de la population française.

 

Les hypothèses Le Drian et Blanquer

 

Secundo parce que si Édouard Philippe, pour cette raison ou pour une autre est amené à partir, le Président de la République dispose de très peu de solutions de rechange. François Bayrou doit passer sous les fourches caudines de la justice. À droite, Xavier Bertrand y est formellement opposé car il ne pense qu’à la présidentielle de 2022. Valérie Pécresse est considérée comme trop clivante. Si bien qu’Emmanuel Macron serait contraint d’aller pêcher à gauche. Dans ce cas le candidat le plus probable est Jean-Yves Le Drian. Même si la méfiance originelle entache toujours les rapports entre les deux hommes. Une chose est sûre. Le locataire du Quai d’Orsay serait prié de ne pas s’entourer de Jean-Claude Mallet, son conseiller spécial depuis 2012.

Depuis quelques jours il est question d’une possibilité Ségolène Royal. Mais cela est sans doute lié au fait qu’elle a décidé de supporter la liste Loiseau, au tout dernier moment, alors que François Hollande et les éléphants du défunt Parti Socialiste font campagne autour de Raphaël Glucksmann. En revanche il existe une solution Blanquer qu’Emmanuel Macron protège en exposant le moins possible. Lui-même y songe et se fait faire des fiches par Laurent Bigorgne, le directeur général de l’Institut Montaigne, l’un des premiers supporters d’Emmanuel Macron, mais aussi l’un des premiers à l’avoir abandonné.

 

Affrontement Macron-Merkel

 

Reste toujours, pour Emmanuel Macron, à travailler aux nominations des grands postes européens dont nous avions relaté les tractations la semaine passée. Angela Merkel n'a pas fait mystère de ces tensions dans l'interview qu'elle a donnée au quotidien Süddeutsche Zeitung du 16 mai. Elle évoque des confrontations avec Emmanuel Macron, des désynchronisations, des différences de mentalité ainsi que des différences de conception de rôle. La mise au point de la chancelière est la réponse de la bergère au berger. Dans sa conférence de presse le 25 avril à l'Élysée, le président de la République n'avait pas épargné Merkel. Soulignant ses désaccords avec elle sur le Brexit, la lutte contre le changement climatique ou les relations commerciales avec l'Amérique, Emmanuel Macron avait alors parlé confrontations fructueuses avec la dirigeante allemande.

Mercredi soir, six candidats à la présidence de la Commission européenne se sont affrontés dans l’hémicycle du Parlement européen à Bruxelles, lors d’un débat retransmis sur France Info, TV5 Monde et les réseaux sociaux du Parlement européen. L’enjeu de cette élection est la succession de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission, car le Luxembourgeois ne brigue pas de deuxième mandat. Pour ce faire, chaque parti européen désigne une tête de liste, susceptible ensuite de prendre les rênes de l’exécutif européen pendant cinq ans : c’est la procédure dite des "Spitzenkandidaten", en allemand. Ce nouveau mode de scrutin est vivement critiqué par les dirigeants des États européens, dont Emmanuel Macron, car ils n’ont plus la mainmise sur la Commission.

 

Bonnes nouvelles économiques

 

Dénominateur commun des six candidats en lice : tous sont inconnus du grand public. Mais un favori se détache : Manfred Weber, candidat du PPE, le parti de Jean-Claude Juncker dont Les Républicains sont membres. Pendant une heure et demie, il a été bousculé par ses adversaires, comme le socialiste Frans Timmermans ou l’écologiste Ska Keller qui ont critiqué sa vision de l’Europe et les décisions prises par le PPE pendant le mandat Juncker. Mais dans l’ensemble, les débats ont été mous, pour ne pas dire ennuyeux. D’autant que rien ne dit que le successeur de Jean-Claude Juncker sera l’un des candidats présents au débat. En effet, tout dépendra de la composition du Parlement européen à l’issue des élections européennes du 26 mai.

Au chapitre économique la France a enregistré une série de bonnes nouvelles diffusées par l’Insee. La croissance a donc été légèrement plus forte que prévu l'an dernier en France, malgré la grève à la SNCF et le mouvement des "gilets jaunes". Une bonne nouvelle pour le gouvernement, même si l'activité devrait ralentir cette année. Selon des chiffres définitifs, la progression du produit intérieur brut a atteint 1,7 % en 2018, soit 0,1 point de plus que ce qui avait été jusque-là annoncé. Il s'agit de la deuxième révision à la hausse de la croissance française par l'organisme public, qui avait évalué la progression du PIB 2018 à 1,5 % dans une première estimation publiée fin janvier.

 

Mais croissance difficile pour 2019

 

À l’origine de cette nouvelle correction : le niveau plus élevé que prévu de la consommation des ménages. Elle a progressé de 0,9 % au lieu de 0,8 %, en raison d'une progression notable du pouvoir d'achat (+1,4 %). Autre élément favorable : l'évolution des exportations, qui ont augmenté de 3,5 % au lieu de 3,3 %, permettant à la balance commerciale de peser positivement sur l'activité (+0,7 point au lieu de 0,6 point). L'investissement des entreprises, de son côté, est resté solide, mais néanmoins plus faible qu'attendu : selon l'Insee, il a progressé de 2,8 % l'an dernier, au lieu de 2,9 %. Dans son programme de stabilité budgétaire, le ministère de l'Économie avait fixé son objectif de croissance à 1,7 % pour 2018, après avoir un temps envisagé une progression du PIB de 2 %.

Par ailleurs, toujours selon l'Insee, le taux de chômage a reculé de 0,1 point au premier trimestre, à 8,7 % de la population active en France entière, soit son plus bas niveau depuis début 2009. La France a par ailleurs fait cette année son entrée dans le "top 5" des pays les plus attractifs pour les investissements internationaux, selon le classement annuel du cabinet A.T. Kearney publié lundi. En revanche, la croissance devrait retomber à 1,4 % selon la Banque de France. Et même à 1,3 % d'après l'OCDE, en raison du ralentissement de l'activité mondiale. Tout cela en dépit d’une politique de la demande mise en place par le gouvernement avec 17 milliards d’euros accordés au pouvoir d’achat des ménages.

 

Spectre de récession aux États-Unis

 

L’autre grand sujet reste la confrontation Chine États-Unis sur la question des tarifs douaniers. La guerre commerciale entre Washington et Pékin a encore augmenté la probabilité d'une récession aux États-Unis depuis un mois selon une forte majorité d'économistes interrogés par Reuters, qui estiment désormais à 40 % la probabilité qu'une telle récession se produise dans les deux ans à venir. Malgré les déclarations du président américain, Donald Trump, qui a qualifié de "petite querelle" le conflit en cours avec la Chine, des signes évidents montrent que celui-ci a un impact sur l'économie et sur les marchés financiers, redevenus nerveux.

Alors que moins de 10 % des 120 économistes interrogés estiment qu'une récession est probable dans l'année à venir, plus d'un quart voient une probabilité de récession supérieure à 50 % ici deux ans. Selon les prévisions médianes de la dernière enquête mensuelle, l'économie américaine aurait déjà perdu beaucoup de son dynamisme, avec un taux de croissance attendu à 2,0 % en rythme annualisé pour le trimestre en cours, contre 3,2 % sur les trois premiers mois de l'année. La prévision pour avril-juin est en repli d'un demi-point par rapport à celle qui ressortait de l'enquête du mois dernier. Le rythme de croissance devrait ralentir à 1,8 %, en dessous de la tendance de long terme, d'ici au quatrième trimestre 2020.

 

Matthieu Pigasse change de casquette

 

Coté business, la saison des assemblées générales bat son plein. Isabelle Kocher, qui a vu partir Gérard Mestrallet, semble passer entre les gouttes, soutenue par Jean-Pierre Clamadieu, dont le Canard enchaîné a laissé entendre qu’il était intéressé par la présidence de la SNCF. André François-Poncet, chez Wendel, n’a pas eu de mal à se faire applaudir par les actionnaires familiaux rassérénés par la hausse de 20 % du titre depuis le début de l’année. Quant à celle de Michelin, elle a été le lieu d’une passation de témoins entre gérants à l’occasion du départ de Jean-Dominique Sénard, désormais très occupé par la présidence non exécutive de Renault.

À noter également la clarification tant attendue du rôle désormais dévolu à Matthieu Pigasse. Le banquier d’affaires s’est vu confier un périmètre élargi en matière de conseil financier. Il prend en charge le conseil financier en Europe continentale et reste patron de Lazard France. Il est vrai que Ken Jacobs n’a pas énormément de choix pour la banque du Boulevard Haussmann. Charles Henri Filippi n’est plus tout jeune. Jean-Claude Beffa a des problèmes de santé. Et la banque s’en sort plutôt bien, en dépit des activités périphériques de Matthieu Pigasse dans la presse. Cette semaine Lazard a conseillé Arkema dans une acquisition stratégique. Mais la banque, souffre d’un déficit de talents, comparé à Rothschild qui vient de publier de très bons résultats trimestriels, notamment dans l’activité conseil financier.

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