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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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En attendant Édouard Philippe
par Yves de Kerdrel

C’est mercredi prochain que débutera vraiment l’acte II du quinquennat avec le discours de politique générale du Premier Ministre devant les parlementaires. Ce discours sera suivi d’un vote de confiance. Cela intervient dans un contexte où la droite éclate en morceaux après le départ de Valérie Pécresse des Républicains, en dépit des initiatives lancées par Gérard Larcher.
09/06/2019 - 06:55 Temps Lecture 16 mn.

 

Les élections européennes ont vraiment constitué un pari gagnant pour le Chef de l’État en dépit des maladresses de sa tête de liste Nathalie Loiseau. Presque deux semaines après ce scrutin, la cote de confiance d'Emmanuel Macron connaît une embellie. Plusieurs sondages indiquent un regain de confiance envers le président, tout comme pour le couple exécutif. Un premier sondage publié lundi dernier par Harris Interactive pour LCI montre une remontée de 2 points dans les sondages pour Emmanuel Macron. Le président a ainsi 40 % d'opinions favorables et retrouve son niveau de juin 2018, avant la crise sociale qui l'a vu plonger à 31 % en janvier. Il gagne notamment 19 points auprès des sympathisants du Parti socialiste.

Jeudi, un second institut, le baromètre Elabe pour Les Échos et Radio Classique a indiqué que la cote de popularité du locataire de l'Élysée retrouvait d’autres couleurs. Elle a augmenté de 5 points pour atteindre les 32 %. Une remontée confirmée par le baromètre du Figaro Magazine dévoilé jeudi, selon lequel Emmanuel Macron a gagné 4 points de confiance en juin 2019 pour atteindre 29 %. Le chef de l’État a gagné un petit tiers de l'électorat de François Fillon du premier tour de la présidentielle. Voilà pourquoi Emmanuel Macron pour l'instant est le grand gagnant de la situation post-électorale

 

Un discours programme pour les mois à venir

 

Cette tendance s'illustre aussi dans la hausse de popularité que connaît Édouard Philippe dans les différents sondages. Le Premier ministre enregistre un regain de confiance encore plus marqué, à 41 %, d'après Harris Interactive. Tout comme le sondage d'Elabe qui lui accorde une hausse de 3 points (30 %) et celui du baromètre du Figaro Magazine, qui lui donne 28 % d'opinions favorables (+2 points). Des indicateurs en hausse qui éloignent les chefs de l'État et du gouvernement de ce début d'année 2019, où les sondages étaient plombés par la crise des gilets jaunes. Si cette tendance se confirme – et rien à court terme ne devrait l’inverser - l'exécutif pourra aborder sereinement ce nouvel acte du quinquennat, sans changement de cap.

C’est donc avec une grande sérénité qu’Édouard Philippe s’adressera aux parlementaires ce mercredi à l’occasion d’un discours de politique générale. Selon les informations obtenues par WanSquare à Matignon, l'objectif de cette déclaration sera d'expliquer ce que sera la mise en œuvre de l'acte II du quinquennat par le gouvernement et l'occasion pour le Premier ministre à la fois de fixer le calendrier politique mais également les chantiers législatifs pour atteindre les objectifs de l'exécutif.

 

Du nouveau pour l’assurance-chômage

 

Selon l'article 49 de la Constitution, le gouvernement a la faculté, mais pas l'obligation, d'engager sa responsabilité devant l'Assemblée nationale à l'issue d'une déclaration de politique générale. Un vote négatif entraîne alors la démission du gouvernement. Édouard Philippe qui sort renforcé des élections européennes et du grand débat national devrait notamment revenir sur les grands chantiers à venir : la mise en œuvre de la PMA, la réforme institutionnelle à laquelle le Chef de l’État tient plus que tout, la fin de la loi santé et la réforme des allocations-chômage. Un programme parlementaire très chargé qui devrait retenir les parlementaires à Paris jusqu’à la fin juillet et les obliger à reprendre une session extraordinaire dès le début septembre.

Édouard Philippe devrait donc dévoiler, dès mercredi les premières mesures de la réforme de l’assurance chômage. La réforme sera, elle, présentée dans son intégralité le 17 juin. Selon nos informations le gouvernement devrait acter la dégressivité des allocations-chômage. Celle-ci interviendra dès six mois pour les plus hauts revenus au-dessus d’un plancher d’indemnisation, qui pour l’heure n’a pas été communiqué. Les hauts revenus savaient depuis l’an dernier que leurs allocations-chômage étaient dans le viseur du gouvernement. En parallèle, l’exécutif actera bel et bien, cet été, un système de bonus-malus pour responsabiliser les employeurs sur les contrats courts. Mais pour l’heure on ne sait pas si toutes les entreprises seront concernées ou seulement celles de secteurs définis.

 

La faute de Valérie Pécresse

 

Autre point majeur de la réforme, Édouard Philippe devrait annoncer le durcissement des conditions d’accès à l’assurance-chômage. Jusqu’à présent, il fallait avoir travaillé au moins 4 mois durant les 28 derniers mois précédant la fin de son contrat de travail pour prétendre à une indemnisation chômage. D’après les informations obtenues par WanSquare, il faudra désormais justifier 6 mois d’emploi sur les 24 derniers. Toutefois, un jour travaillé donnera toujours lieu à un jour indemnisé. Ce qui signifie que la durée d’indemnisation sera de 6 mois minimum. D’après les projections réalisées par l’Unedic, 11 % d’allocataires pourraient être concernés. Ce qui représente 236 000 personnes et, financièrement, une économie de 160 millions d’euros.

Cette réforme qui sera notamment saluée par un électorat de droite va intervenir à un moment où Les Républicains donnent un spectacle pitoyable. On pensait que le très madré Gérard Larcher allait réussir son initiative de paix des braves à partir d’un projet autour des grands élus des Territoires. Mais à peine sortie du conclave du Novotel, Valérie Pécresse a filé au 20 heures de France 2 pour annoncer qu’elle quittait les Républicains. Elle n’a prévenu Nicolas Sarkozy de son choix moins de dix minutes avant d’entrer sur le plateau. L’ancien Président de la République, qui est très consulté depuis les Européennes lui a redit qu’il n’existe aucun avenir en dehors de sa famille politique.

 

Une droite Républicaine sans oxygène

 

Le problème de la présidente de la Région île de France, c’est qu’elle incarne une partie de la droite, à vocation libérale. Mais une partie très petite, car la plupart des Français libéraux et ancrés dans la mondialisation ont d’ores et déjà rejoint les idées du Chef de l’État. De fait elle sait très bien que, quel que soit le nouveau patron des Républicains, la reconstruction du parti se fera sur un angle souverainiste, très conservateur sur le plan sociétal, et de plus en plus dirigiste, C’est Bruno Retailleau qui incarne en fait le centre de gravité de cette droite pesant 8,5 % de l’électorat. La Droite du Trocadéro, comme l’a qualifiée Édouard Philippe. De surcroît Valérie Pécresse songe déjà à sa réélection à la Région où elle est liée au Modem. Ce qui la place en porte-à-faux, lorsqu’elle voisine avec des personnalités comme Guillaume Peltier ou Laurent Wauquiez.

Il reste que, même si elle transforme son mouvement Libres en rampe de lancement pour les présidentielles, elle pourra compter sur à peine plus de 5 % des électeurs de droite. C’est la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy a tenté de pousser les uns et les autres à reconstruire une droite populaire avec tous les courants actuels des Républicains. Mais ce parti souffre d’un terrible problème de leadership. Un récent sondage a montré que c’est Nicolas Sarkozy qui incarne le mieux les valeurs de la droite auprès des sympathisants Républicains. Mais l’ancien Président n’a aucune envie de revenir en politique. Après lui, c’est Xavier Bertrand qui a quitté sa famille politique il y a deux ans et qui est menacé par le Rassemblement national pour sa réélection comme patron de la Région île de France. C’est dire que face au vide des idées et des talents, la droite est partie pour une très longue traversée du désert.

 

Le geste de Macron à destination des maires

 

Sachant tout cela, Emmanuel Macron, va tenter maintenant de ramener à lui davantage d’électeurs de gauche. Demain il se rend à Ornans pour inaugurer l’exposition Courbet en pleine Franche-Comté. Dans son discours il ne manquera évidemment pas de rappeler les idées socialistes du peintre et le rôle qu’il a joué lors de la Commune de Paris. Après quoi, accompagné de trois ministres il se rendra en hélicoptère à Lons-le-Saunier où il remettra la légion d’honneur à son maire Jacques Pélissard, 73 ans, membre du parti Les Républicains. C’est en sa qualité d’ancien président de l'Association des maires de France entre 2004 et 2014, que ce proche de Bruno Le Maire est décoré par le Chef de l’État qui a décidé, depuis le 25 avril de construire l’acte II du quinquennat en s’appuyant beaucoup sur les maires. Son discours devra donc être décrypté à l’aune de tous ces éléments.

Au chapitre économique, on a appris à la veille du week-end de la Pentecôte que les autorités américaines ont reporté de deux semaines, au 15 juin, la hausse des droits de douane sur une partie des produits chinois importés aux États-Unis. Il reste qu’en s'étendant à de nouveaux pays la guerre commerciale déclenchée par les États-Unis semble partie pour durer, une perspective économique désastreuse dont les banques centrales semblent mesurer toute l'ampleur. Si ce conflit apparaît être la principale préoccupation des économistes, il n'a pas empêché la zone euro, la Chine et les États-Unis de dégager au premier trimestre une croissance conforme voire supérieure aux attentes.

 

Infléchissement de la croissance mondiale

 

Mais les organismes internationaux ne cessent de revoir à la baisse leurs prévisions pour le reste de l'année, à l'exemple du Fonds monétaire international et de l'Organisation de coopération et développement économiques dans leurs projections de printemps. Rien d'étonnant donc à ce que l'indicateur trimestriel de perspective de l'Organisation mondiale du commerce soit resté en mars au plus bas depuis 2010, sans même intégrer les derniers développements commerciaux. Les indicateurs composites avancés de l'OCDE, conçus pour anticiper les points de retournement de l'activité par rapport à sa tendance avec six à neuf mois d'avance, continuent d'indiquer un infléchissement de la croissance dans la plupart des grandes économies, observe par ailleurs l'organisation.

Cet infléchissement touche aussi bien l'OCDE dans son ensemble, que les États-Unis ou encore la zone euro, alors que la Chine aurait au contraire une croissance stable. Les dernières enquêtes PMI montrent que si l'activité de la zone euro s'est légèrement améliorée en mai elle reste faible et sans perspective d'amélioration immédiate. Le marasme manufacturier atteint un secteur des services en principe moins exposé aux vents mauvais des dissensions commerciales ; si le secteur tertiaire s'est redressé en mai aux États-Unis, il a ralenti en Chine et au Japon par exemple. La BCE a décidé jeudi de maintenir ses taux directeurs en l'état au moins jusqu'à la fin du premier semestre 2020, alors que le statu quo était jusque-là envisagé à l'horizon de la fin de l'année seulement.

 

La terrible faute de Le Maire avec Renault et Fiat

 

Lors de la conférence de Chicago, James Bullard, le président de la Fed de Saint-Louis, a déclaré qu'une baisse des taux pourrait être bientôt justifiée. Le président Jerome Powell a dit lui que la Fed réagirait de manière appropriée aux risques nés des tensions commerciales ou liés à tout autre événement récent. Cela a suffi pour que les marchés anticipent une baisse des taux dans les mois qui viennent, alors que la Fed s'en tenait jusque-là à suspendre sa procédure de normalisation. Il est vrai que la statistique de l'emploi de mai montre que la perte d'élan de l'économie américaine touche à présent le marché de l'emploi où les créations de postes ont été inférieures aux attentes - celles des mois précédents ayant en outre été revues en baisse - tout comme la hausse des salaires.

Coté business, le seul point saillant concerne le retrait par Fiat dans la nuit de mercredi à jeudi de son projet de fusion entre égaux avec Renault. Tout cela à cause des trop nombreuses et trop absurdes conditions posées par Bruno Le Maire. Alors qu’une semaine plus tôt le Ministre de l’économie avait déclaré sa flamme pour ce rapprochement. Fiat avait fait de nombreuses concessions notamment en acceptant que le siège du nouvel ensemble soit en France, que le directeur général soit français et que les deux groupes étaient équivalents alors que Fiat valait 4 milliards d’euros de plus que Renault. Cet épisode qui, de facto affaiblit un peu plus un groupe Renault, plombé par l’affaire Ghosn, témoigne de l’impéritie des pouvoirs publics en matière de politique industrielle. Il n’est pas sûr que le plat Fiat Chrysler avec sa pépite Jeep repasse à nouveau et dans les mêmes conditions.

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