Régulation / Concurrence / BlackRock / big three / State Street Global Advisors / Vanguard
Régulation / Concurrence
BlackRock / big three / State Street Global Advisors / Vanguard
Le prochain défi antitrust aux US
À l’instar du marché des agences de notation qui reste ultra-dominé par un oligopole ancien constitué par Fitch, Moody's et Standard & Poor's (S&P), un autre trio mériterait davantage d'attention, eu égard à la force et la vitesse avec lesquelles il se développe. BlackRock, Vanguard et State Street Global Advisors (SSGA), communément appelé le Big three, seraient en phase de devenir le Giant three, au grand dam de la libre concurrence et des autorités publiques américaines. Leur influence, qui se reflète par leurs nombreuses participations en actions dans les grands groupes, pourrait être l'un des plus grands sujets antitrust de l'Histoire.
Le trio profite d'excellentes conditions de croissance qui le rend particulièrement robuste aux intempéries. D'abord, il bénéficie de telles économies d'échelles, que même la concurrence la plus tenace ne pourrait faire pourrir l'arbre. Les coûts fixes (administration, gestion et commercialisation) ont été répartis sur une telle base d'actifs, que leur rentabilité atteint des sommets.
Mais surtout, la hausse constante du montant de l'épargne-retraite qui se dirige de façon croissante vers les marchés boursiers, couplée aux changements fiscaux américains favorables pour les produits d'investissement en actions, a quotidiennement arrosé le Big three qui gère désormais plus de… 14.000 milliards de dollars ! Durant les vingt dernières années, le trio a quadruplé sa participation dans les sociétés du S&P 500, pour atteindre 20,5 %. Et, de brillants élèves de l'université de Harvard estiment qu'au cours de la prochaine décennie, ces participations pourraient atteindre 34 %, jusqu'à 41 % d'ici vingt ans.
Les facteurs à l'origine de l'influence croissante des trois groupes demeurant en place, il est tout à fait plausible de s'attendre à ce qu'ils viendront à dominer le vote des actionnaires au sein des grandes sociétés. Dès lors, les décideurs politiques doivent reconnaître, mais surtout prendre très au sérieux, la perspective du scénario d'un Giant three. Il aurait pour incidence directe d'affaiblir les contraintes qui pèsent sur les dirigeants de grandes entreprises, puisque, toutes choses égales par ailleurs, la concentration de la propriété devrait entraîner moins de surveillance. Mais surtout, il affaiblira la concurrence intrasectorielle. Car pour les nombreux investisseurs qui détiennent des actions dans différentes sociétés d'une même industrie, il est plutôt préférable que ces sociétés ne soient pas trop concurrentielles, au risque de déstabiliser les cours.
Depuis longtemps, l'analyse des votes par procuration révèle que BlackRock, Vanguard et SSGA utilisent des approches coordonnées et suivent une stratégie de gouvernance d'entreprise centralisée. Mais ici, l'échelle sera différente puisqu'il y aura nécessairement des implications politiques substantielles, à la fois pour empêcher le viol des règles antitrust entre les fonds d'investissement eux-mêmes et les secteurs d'une même industrie, mais aussi pour éviter l'assouplissement des contraintes au sein des directions.
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