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Macron prépare dès maintenant 2022
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État estime avoir remis la France en route après les six mois de crise sociale qui ont paralysé le Pays. En se posant cette semaine en digne successeur de Georges Pompidou, il a voulu abandonner les habits d’un président jupitérien pour ceux d’un président rassembleur. Tout cela dans l’optique désormais assumée de se succéder à lui-même en 2022, grâce à l’absence de toute opposition.
23/06/2019 - 08:19 Temps Lecture 15 mn.

 

 

Qui aurait pensé qu’un jour Emmanuel Macron rendrait un hommage aussi appuyé à Georges Pompidou, symbole d’un conservatisme à la française ? En célébrant les cinquante ans de l’arrivée au pouvoir de l’ancien Premier ministre du général de Gaulle, l’hôte de l’Élysée ne fait pas que jouer sur la corde sensible de la nostalgie des Trente Glorieuses. Époque miraculeuse d’une France prospère, à l’industrie florissante, au chômage quasi nul. Pour Emmanuel Macron, l’éloge de Georges Pompidou dépasse largement ce trop facile spleen du passé. Georges Pompidou, depuis Matignon a trouvé la porte de sortie de Mai-68. Emmanuel Macron, dans un autre contexte historique, a vécu, lui aussi, son Mai-68, la révolte des "gilets jaunes". Après une phase de grande panique, on peut dire que le jeune homme devenu président a fini par se sortir du bourbier dans lequel il était plongé.

Pompidou avait remis la France au travail. Emmanuel Macron rêve de réussir, lui aussi, le "coup d’après" et de se forger une nouvelle image, moins premier de la classe, plus proche de la France des territoires. En magnifiant ce tout frais et très gaullien père spirituel, Emmanuel Macron rêve de se sortir du pétrin dans lequel il s’est plongé au cours des premiers mois de son quinquennat, en particulier en se libérant de cette image calamiteuse de "président des riches". Comment peut-il bien mettre les pieds dans la glaise, à l’instar de Georges Pompidou ? En collant au père tranquille du Cantal, en retournant dans la France des territoires, à petites enjambées, en toute discrétion. Et en jouant la carte des territoires, celle des oubliés de la mondialisation. Bref en étant ce que doit être un chef de l’État, c’est-à-dire un rassembleur.

 

Tout est axé sur un second mandat

 

Tout cela, et bien d’autres petits signaux envoyés au cours des dernières semaines, montre bien qu’Emmanuel Macron n’a désormais qu’un seul but : se succéder à lui-même en 2022. Lors de sa conférence de presse du 25 avril, il a placé plein de nouvelles échéances en 2025. Sans compter l’échéance de la reconstruction de Notre-Dame de Paris, symbole de la France unie derrière son histoire, ou celle des jeux olympiques de 2024, symbole de la France qui avance et qui gagne. Voilà pourquoi il est également important pour lui de continuer à mener une politique de centre droit afin d’éviter toute renaissance d’une opposition sur son flanc droit. Et de n’avoir que Marine Le Pen à affronter en 2022. Ce qui reste, malgré tout un challenge, compliqué et audacieux dans une France de plus en plus populiste.

L’annonce cette semaine de la réforme des allocations-chômage par Muriel Pénicaud et par Édouard Philippe, ne peut justement que satisfaire un électorat de droite qui attendait de telles mesures depuis Jacques Chirac, qui a regardé l’Allemagne faire les lois Hartz, ou Nicolas Sarkozy qui dénonçait les abus de l’assistanat. D’autant plus que la réforme, telle que présentée, cette semaine est davantage destinée à lutter contre ceux qui profitent du chômage, qu’à remettre les comptes de l’Unedic à l’équilibre. Pour juger du bien-fondé de cette réforme, il suffit d’entendre les cris d’orfraie poussés par les syndicats, et les critiques très mesurées du patronat, qui aura tout de même droit à une taxation des contrats courts, mais beaucoup moins importante que celle envisagée au départ.

 

Le problème des emplois qualifiés

 

Maintenant le défi d’Édouard Philippe est de faire en sorte que cette réforme s’applique vite et ne souffre d’aucun amendement, afin qu’elle fasse vite sentir ses effets sur la courbe du chômage. Car la France est encore loin du plein d’emploi et affiche un taux de chômage supérieur de trois points à celui de la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qui se traduit, fort logiquement, par un nombre d’heures travaillées très insuffisant en France. Remettre la France au travail, comme Georges Pompidou l’a fait après le choc de mai 1968, ce n’est pas seulement recréer de la croissance, c’est aussi résorber les déficits des régimes de retraite, de la sécurité sociale et de bien des comptes sociaux.

Il reste qu’à côté de cette réforme, il manque un volet formation. Bien sûr le parlement a voté l’an passé une loi sur la formation professionnelle. Mais qui est loin d’être à la hauteur de l’enjeu. Il n’est pas normal que 450 000 offres de postes qualifiés ne trouvent pas preneurs chez Pôle Emploi, justement parce qu’il s’agit de travail qualifié. Rappelons que 21 % des Français inscrits à Pôle Emploi ne savent ni lire ni écrire. C’est un chiffre terrible. Une particularité française. Et l’épisode des huit soudures mal faites à Flamanville dont on a beaucoup parlé cette semaine pose un problème à EDF d’abord parce qu’il est très difficile de trouver aujourd’hui des soudeurs de pointe, pour travailler dans un secteur aussi sensible que le nucléaire. En cela, la France d’aujourd’hui est très loin de celle de Pompidou et paye les réformes stupides de l’éducation nationale menées sous Giscard comme sous Mitterrand.

 

L’impossible choix des municipales parisiennes

 

Pendant qu’Emmanuel Macron reprend la France en main, en évitant les déclarations clivantes et en laissant Édouard Philippe mener la politique réformatrice, qui était celle des programmes Juppé ou Fillon, les Républicains se cherchent un nouveau président. Après le sage abandon de Bruno Retailleau, dont la personne est trop attachée à l'image de François Fillon, c’est donc Christian Jacob, qui a toutes les chances d’échanger son poste de patron du groupe parlementaire, contre celui de patron du parti. Et cela malgré les probables candidatures de quadras comme Guillaume Larrivé, Guillaume Peltier ou Geoffroy Didier. Mais en dépit de toutes les qualités de Christian Jacob, il y a fort à douter qu’il remette le parti au travail. L’hémorragie des élus et des électeurs vers la Macronie devrait donc se poursuivre.

Par ailleurs, selon les informations de la Lettre de l’Expansion, les journaux dominicaux envisageaient de publier une tribune signée par 50 maires socialistes ou apparentés prêts à rejoindre eux aussi la Macronie, dans la perspective des élections municipales de 2020. C’est dire à quel point Emmanuel Macron a réussi à tuer toute opposition, en dehors du rassemblement national, qui n’est qu’un rassemblement hétéroclite d’anciens communistes, de souverainistes, ou d’extrémistes, mais qui n’ont comme seule matrice commune que le populisme. Le seul problème politique qu’Emmanuel Macron aura à gérer début juillet c’est la probable investiture de Benjamin Griveaux comme candidat aux municipales parisiennes. Sans le soutien des autres candidats. Ce qui risque de faire le jeu d’Anne Hidalgo.

 

Possibles baisses de taux de la Fed à venir ?

 

Au chapitre économique, ce sont les très nombreuses incertitudes qui ont dominé l’actualité. Incertitude géopolitique avec la tension USA-Iran. Les cours du pétrole ont terminé vendredi en hausse sur le marché new-yorkais Nymex. Le contrat août sur le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) a gagné 36 cent, soit 0,63 %, à 57,43 dollars le baril. Le Brent de même échéance a pris 75 cents (1,16 %) à 65,20 dollars. Les deux contrats de référence ont réduit leurs gains par rapport à leurs bonds de la séance précédente mais n'en finissent pas moins avec des progressions spectaculaires sur la semaine, de plus de 10 % pour le brut texan et de plus de 5 % pour le Brent. Donald Trump a confirmé vendredi que l'armée américaine était prête à riposter à la destruction en vol d'un drone de l'US Navy par l'Iran mais a ajouté qu'il avait ordonné d'interrompre ces frappes dix minutes avant leur déclenchement.

Incertitudes également sur la conjoncture américaine qui conduisent Donald Trump à mener un bras de fer avec Jérôme Powell, le patron de la Fed. La Réserve fédérale a tout de même maintenu ses taux directeurs inchangés mercredi tout en ouvrant la voie à de possibles baisses de taux pouvant atteindre au total jusqu'à 50 points de base d'ici la fin de l'année, en réponse à un environnement économique de plus en plus incertain et à la baisse attendue de l'inflation. La banque centrale américaine a dit qu’elle agirait de manière appropriée pour soutenir l'expansion de l'économie qui se poursuit depuis près de dix ans et elle a renoncé à son engagement d'être patiente dans l'ajustement de ses taux directeurs. Près de la moitié des responsables monétaires de la Fed se montrent désormais enclins à baisser les coûts de financement dans les six prochains mois.

 

Incertitudes européennes

 

Si les nouvelles projections économiques montrent que les anticipations des responsables monétaires sur la croissance et l'emploi sont dans l'ensemble inchangées, ils ne s'attendent désormais plus qu'à une inflation publiée de 1,5 % cette année contre 1,8 % dans les précédentes projections publiées en mars. Ils prévoient que l'objectif d'une inflation de 2 % en rythme annuel ne sera pas non plus atteint l'année prochaine. Sept des 17 membres du comité de politique monétaire ont dit qu'ils considéraient qu'il serait approprié de baisser les taux de 50 points de base d'ici la fin 2019 et un huitième a dit qu'une baisse d'un quart de point serait appropriée. Il semble que de nombreux voire la plupart des membres du FOMC ont réduit d'un demi-point de pourcentage leurs projections pour les taux. Un seul membre du comité continue de prévoir une hausse de taux en 2019.

Incertitudes également coté européen avec des taux bancaires comme des taux de marché désormais installés en territoire négatif. Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, a réitéré vendredi son message de politique monétaire accommodante aux chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, affirmant que toute détérioration de la conjoncture économique qui mettrait en cause le retour de l'inflation vers l'objectif de la BCE déclencherait de mesures de relance supplémentaires. Il a dit que l'économie des 19 pays de la zone euro restait robuste mais que les signes de faiblesse se multipliaient et que le rebond économique était moins net que prévu dans le contexte d'incertitude sur le commerce mondial depuis plus d'un an.

 

Les dégâts incalculables des taux négatifs

 

Mario Draghi a dit devant les 27 chefs d'État et de gouvernement que la politique monétaire avait porté l'essentiel du fardeau au cours des huit dernières années et ajouté que la politique budgétaire serait légèrement expansionniste en 2019 et 2020. Mais en cas de détérioration il faudra qu'elle soit beaucoup plus expansionniste, a-t-il dit, soulignant l'importance de la mise en place d'un système de garantie des dépôts et de l'achèvement d'un marché unique des capitaux. Mario Draghi a été ovationné par les dirigeants européens lorsqu'il a souligné qu'il s'agissait de son dernier sommet européen avant la fin de son mandat, a précisé le responsable. Et même si le nom de Jens Weidmann revient comme futur patron de la BCE, tout peut encore changer d’ici la mi-juillet.

Il faut souligner à quel point cette politique de taux négatifs crée plus de problèmes qu’elle apporte de solutions. Problèmes pour le secteur bancaire, incapable de marger correctement sur sa production de crédits, qui demeure d’ailleurs très faible auprès des entreprises, compte tenu de la langueur des investissements. Problèmes pour la finance d’entreprise. Les directeurs financiers du CAC 40 ne passent pas une journée sans se faire proposer des lignes de crédit à taux insignifiant pour des montants astronomiques. Une bulle d’endettement pourrait vite réapparaître dans ces conditions. Selon les informations de WanSquare, pas moins de trois grandes sociétés cotées envisagent de procéder rapidement à des opérations de public to private. Notamment sur le modèle d’Axel Springer en Allemagne. La première de ces opérations pourrait être annoncée rapidement. Problèmes macroéconomiques enfin par la création de comportements déflationnistes qui frappent tous les secteurs d’activité, y compris l’immobilier. Et tout cela sans que cette politique de taux négatifs ait le moindre effet de stimulateur économique. Ce qui donne à l’Europe une allure de Japon des années quatre-vingt-dix.

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