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Macron marche à nouveau sur l’eau… !
par Yves de Kerdrel

Un voyage officiel réussi au Japon, un sommet européen sur lequel il compte bien tenir tête à Angela Merkel, le moral des Français qui remonte, la canicule qui s’est bien passée… Et l’été qui approche avec la léthargie qu’elle impose au monde politique. Tout concourt à ce qu’Emmanuel Macron sorte renforcé de la crise des gilets Jaunes. Même si aucun problème de la France profonde n’a été résolu.
30/06/2019 - 06:30 Temps Lecture 16 mn.

 

 

À la veille de ce premier jour du mois de juillet, Emmanuel Macron donne le sentiment de marcher sur les eaux. Lui-même qui considère avoir toujours eu la baraka continue de penser qu’il s’est très bien sorti de la crise des Gilets Jaunes. Et qu’il sort renforcé de cette gigantesque et inédite crise sociale. Même si tous les sondages menés auprès de la France périphérique montrent que les Français du bas de l’échelle n’ont pas le sentiment que l’on se soit préoccupé de leur sort. Bien sûr tout peut très vite basculer. L’affaire Benalla qui a entraîné cette période insupportable pour le gouvernement n’avait pas été révélée il y a un an à cette période, alors qu’elle s’était déjà produite. Donc tout reste fragile. Mais l’été s’annonce serein.

En témoignent les deux derniers sondages publiés sur le couple exécutif. Un mois après les élections européennes, la popularité d'Emmanuel Macron et d'Édouard Philippe est en nette hausse, de 3 à 6 points, selon deux sondages, BVA et Odoxa, diffusés mardi dernier. Dans une première enquête BVA, le chef de l'État progresse de 3 points par rapport à fin mai pour atteindre 35 % d'opinions favorables et retrouve son niveau de l'été 2018. Le Premier ministre gagne pour sa part 4 points à 40 %. Emmanuel Macron comme Édouard Philippe progressent notamment auprès des plus de 65 ans (+12 pour le chef de l'État, +11 pour le Premier ministre), selon cette enquête pour Orange, RTL et La Tribune.

 

Macron gagne auprès des retraités et de la Droite

 

Les deux-tiers des personnes interrogées (65 %, -3) jugent toutefois négativement l'action du chef de l'État et 60 % (-3) celle du chef du gouvernement. La plupart des sondages diffusés en juin donnent Emmanuel Macron en hausse de 1 à 5 points, à l'exception d'une enquête Ifop ce week-end où sa popularité est stable par rapport au mois de mai. Selon un autre sondage Odoxa également diffusé mardi, le président de la République gagne en effet 6 points pour atteindre 36 % d'opinions positives, sa plus forte progression en un mois depuis son élection. Édouard Philippe progresse pour sa part de 3 points à 37 % et retrouve son niveau d'octobre 2018, avant la crise sociale, selon cette enquête pour France Inter, La Presse régionale et L'Express. Là encore, 64 % (-6) des Français interrogés jugent négativement l'action d'Emmanuel Macron et 62 % (-3) celle d'Édouard Philippe.

Quand on regarde dans le détail ces deux études on s’aperçoit que le couple exécutif bénéficie d’une forte remontée auprès des cadres aisés et des retraités, quel que soit leur niveau de revenu. Ce qui est la conséquence directe de toutes les mesures prises pour supprimer la colère des retraités (hausse de la CSG et désindexation des retraites). Par ailleurs depuis toujours, les retraités sont le parti de l’ordre et ils saluent là la manière dont le gouvernement a fait revenir l’ordre dans la capitale et dans certaines grandes villes après les épisodes de violence inouïes qui avaient marqué le mois de décembre 2018 et celui de mars 2019. Il reste que les experts de ces enquêtes d’opinion comme des résultats électoraux montrent que là où Emmanuel Macron et Édouard Philippe obtiennent les meilleurs scores se trouvent là où résident les Français les plus aisés, voire même les plus riches.

 

Un nouveau report de la réforme des retraites

 

Face à la disparition de la droite républicaine, La République En Marche est incontestablement devenue la nouvelle grande force de droite libérale et pro business de France. Ce qui laisse très peu d’espace à une personnalité politique comme Valérie Pécresse qui se dit de droite mais en opposition à Macron. Le fait est que lorsqu’elle a quitté le parti Les Républicains, sans que personne ne comprenne grand-chose à son sens du timing, puisque son ennemi Laurent Wauquiez venait de démissionner, elle avait promis qu’une centaine de députés ou de grands élus Républicains la suivraient. En dehors de Florence Portelli, on compte encore ses soutiens…

Dans ce contexte, Emmanuel Macron essaye maintenant de cliver le moins possible et de donner aussi peu de prise possible à la critique. C’est pour cette raison que la réforme des retraites qui devait être présentée en septembre, ne le sera finalement qu’en décembre. Et encore, c’est loin d’être certain. Car le Chef de l’État ne veut pas mettre en péril les élections municipales. Et la double présence d’un âge légal de 62 ans qui n’a plus de sens et d’un âge pivot de 64 ans risque de semer le trouble auprès des électeurs les plus fragiles. Ceux qui sont usés par le travail posté et qui vont avoir le sentiment d’un nouveau marché de dupes.

 

Un sommet européen qui s’annonce tendu

 

Mais à très court terme la grande bataille que doit encore mener Emmanuel Macron ce soir et demain à Bruxelles, c’est celle des principaux postes de leadership de l’Europe. Les tractations sur les postes clés de l’Union européenne ont repris lors du G20 d’Osaka, avec Emmanuel Macron et Angela Merkel à la manœuvre. Au centre des discussions, l’attribution des présidences de la Commission, du Conseil européen (le cénacle des dirigeants de l’UE), du Parlement européen, de la Banque centrale européenne (BCE) et celui de chef de la diplomatie européenne. Pour l’heure, la première possibilité est que Paris et Berlin s’entendent pour se partager deux postes clés, la présidence de la Commission pour la France et celle de la BCE pour l’Allemagne.

La première pourrait être attribuée au Français Michel Barnier, le négociateur européen du Brexit. Ce dernier est membre du Parti Populaire européen, la droite pro-UE, mais il n’a pas été désigné comme le champion de cette formation arrivée en tête des élections européennes et qui réclame par conséquent ce poste. Le candidat officiel du PPE est l’Allemand Manfred Weber, mais il n’est pas soutenu par le Conseil des chefs d’États et de gouvernements et Macron l’a activement combattu. Berlin refuse pour cette raison de soutenir Michel Barnier ou tout autre candidat Français. Une solution pourrait être la désignation d’un Allemand à la tête de la BCE, mais le candidat pressenti, le président de la Bundesbank (Banque centrale allemande) Jens Weidmann, est bloqué par la France et les pays du Sud en raison de ses positions monétaires orthodoxes et de son opposition à la politique menée par l’actuel président de la BCE, l’Italien Mario Draghi.

 

Timmermans ou Vestager à la tête de la Commission ?

 

De fait à l’heure qu’il est on regarde une deuxième possibilité qui viserait à trouver un candidat issu du PPE, qui ne soit ni l’Allemand Manfred Weber, ni le Français Michel Barnier. Le problème, c’est qu’il n’existe aucune personnalité charismatique pour ce job essentiel. Du coup, selon des sources proches des négociations, le PPE ne fermerait pas la porte à une autre option : nommer à ce poste le Néerlandais Frans Timmermans, candidat des sociaux-démocrates (qui sont la deuxième force du Parlement européen) et actuellement premier vice-président de la Commission. En échange, le PPE réclamerait pour lui la présidence du Parlement européen et la présidence du Conseil européen, ce que les sociaux-démocrates seraient prêts à accepter. Les libéraux devraient alors se contenter du poste de Haut représentant pour la diplomatie européenne. Problème de cette option : Frans Timmermans n’est pas apprécié par l’Italie et par les quatre membres du groupe de Visegrad.

La Danoise Margrethe Vestager, chef de file des Libéraux, est également dans la course, même si sa formation n’est que la troisième force du Parlement européen. Elle s’est forgé une réputation de dame de fer en occupant le poste très en vue de Commissaire européenne à la Concurrence. Le Président américain Donald Trump l’accuse de détester les États-Unis, car elle a à plusieurs reprises infligé des amendes aux entreprises américaines. Emmanuel Macron, qui est proche de sa famille politique, et Angela Merkel, l’apprécient. La nouvelle Première ministre danoise, la sociale-démocrate Mette Frederiksen, a également récemment officialisé son soutien pour que Vestager reste à la Commission (en tant que présidente ou simple commissaire). De fait, si Frans Timmermans échoue, les dirigeants européens pourraient évaluer si sa candidature obtient les soutiens d’au moins 21 des 28 membres du Conseil et la majorité des voix des élus du Parlement européen.

 

Détente entre Trump et Xi Jinping

 

Il reste encore la solution qu’aucun accord ne soit trouvé demain matin. Cela déclencherait une crise politique car le Parlement européen doit voter pour la présidence de l’institution mercredi 3 juillet, ce qui changerait le rapport de force pour définir un de ces top jobs. De plus, le signal donné à l’international serait très négatif. Enfin, cela pourrait tenter les partis politiques européens d’imposer leurs têtes de liste aux élections européennes, pour la tête de la Commission. Or, Emmanuel Macron a répété plusieurs fois qu’il était contre ce processus, qui enlève aux chefs d’États et de gouvernements le choix de la présidence de l’exécutif européen, tant qu’il n’y aurait pas de circonscriptions électorales transnationales.

Au chapitre économique, les financiers et industriels de tout poil vont souffler un ouf de soulagement dès demain matin. Car, comme il en a été convenu au G 20 d’Osaka, la Chine et les États-Unis vont reprendre leurs négociations commerciales et Washington a décidé de ne pas imposer de nouvelles taxes douanières sur les exportations chinoises alors que Donald Trump juge que les discussions sont à nouveau sur la bonne voie. Le contentieux commercial entre Pékin et Washington qui dure depuis des mois a déjà coûté des milliards de dollars aux entreprises des deux pays, a perturbé le secteur manufacturier et les chaînes de production et provoqué des turbulences sur les marchés. Un peu plus tôt, le président américain a déclaré que les deux pays étaient ouverts à la conclusion d’un accord commercial, qui serait historique. Xi Jinping a, pour sa part, souligné avant leur entretien que le dialogue était préférable à la confrontation et qu’une coopération serait bénéfique pour les deux pays.

 

Dette record pour la France et un taux de 0,01 % !

 

Sur les questions de souveraineté et de respect, la Chine doit défendre ses intérêts vitaux, a poursuivi Xi Jinping. Cette rivalité entre les États-Unis et la Chine s’incarne tout particulièrement dans la situation du géant chinois des télécommunications Huawei au moment où se pose la question du déploiement de la technologie 5G. Washington presse ses alliés de ne pas avoir recours à l’opérateur chinois pour la mise en place de ce réseau de cinquième génération. Interrogé sur ce sujet, Trump a déclaré samedi que la question de Huawei serait abordée plus tard, tout en ajoutant que des entreprises américaines pourraient vendre des composants à Huawei. L’annonce de ce qui ressemble à une trêve dans le bras de fer commercial entre États-Unis et Chine n’a pas totalement convaincu les opérateurs économiques.

Sur les marchés financiers la situation reste toujours assez inédite avec des indices boursiers proches de leurs plus hauts niveaux, des rendements obligataires au plus bas (0,01 %) pour l’OAT française à 10 ans, des IPO qui continuent de s’enchaîner sans que les acheteurs accordent beaucoup d’importance aux fondamentaux de ce qu’ils achètent. Aux États-Unis, près de 20 milliards de dollars ont déjà été levés par 25 entreprises de la Tech US sur les 6 premiers mois de l'année. Malgré les performances décevantes de groupes comme Uber et Lyft, les valeurs Tech introduites en bourse ont vu leur cours flamber de 34 % le premier jour de trading, du jamais vu depuis 13 ans, et 30 % depuis leur introduction.

Tout cela n’est pas une configuration normale. Et le sage de la Cour des Comptes Didier Migaud a rappelé que les taux obligataires pouvaient remonter très rapidement du seul fait du crédit que l’on accorde à un pays, et non seulement en fonction de l’action des banques centrales. Or dès le lendemain, l’Insee en rajoutait une couche en annonçant que la dette publique française a atteint 99,6 % du PIB au 1er trimestre 2019, en hausse de 1,2 point par rapport à fin décembre 2018. C'est un coup dur pour Emmanuel Macron qui avait promis de la faire baisser à 91,4 % du PIB en 2022.

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