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Yves de Kerdrel
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Macron imperator face à Angela Merkel
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’État a tenu bon face à Angela Merkel et l’a obligée à lâcher Manfred Weber puis Franz Timmermans. Les top jobs de l’Europe de 2019 à 2024 sont ceux qu’il souhaitait. Il lui reste à preuve d’autant d’habileté pour trouver le bon candidat face à Anne Hidalgo et pour surveiller une rentrée scolaire 2019 plus compliquée que n’a été la correction du bac.
Les discussions bilatérales qui ont eu lieu à Osaka il y a une semaine n’auront pas été vaines. Elles auront sans doute permis à Emmanuel Macron de voir jusqu’à quel point Angela Merkel était prête à céder. Il restait bien sûr à convaincre les pays du groupe de Visegrad, qui n’apprécient pas particulièrement que l’Europe soit menée par le couple Merkel-Macron et les pays du Sud de l’Europe. Une fois toutes les positions mises sur la table dans la nuit de dimanche à lundi dernier, Emmanuel Macron n’a eu qu’à ressortir un schéma qui avait été imaginé il y a un an pour redonner du leadership à l’Europe avec Ursula von der Leyen, la ministre de la défense allemande comme présidente de la Commission et Christine Lagarde comme patronne de la Banque Centrale Européenne.
Tactiquement c’était très bien joué en laissant à la France et à l’Allemagne les deux postes les plus importants, et en faisant venir deux visages sur lesquels personne n’avait encore eu le temps d’émettre des critiques. Depuis, la presse allemande se déchaîne sur Ursula von der Leyen accusée d’avoir lâchée en rase campagne la coalition d’Angela Merkel qui se défait à vue d’œil et qui va entraîner d’ici la fin de l’année le départ de la Chancelière Allemande. À cela s’ajoutent les critiques virulentes de Jean-Claude Juncker, sans doute vexé d’être remplacé par quelqu’un de bien plus talentueux et charismatique que lui. Et qui à sa différence n’a pas de problème avec l’alcool… !
Qui pour succéder à Christine Lagarde ?
Adulée jusqu’à mercredi dernier, Christine Lagarde, qui a aussitôt confié les commandes du FMI à son numéro deux afin d’éviter tout conflit d’intérêts, a été également très critiquée. En Allemagne, bien sûr, comme dans le reste de l’Europe où on lui reproche évidemment de n’être ni économiste, ni banquière, ni issue d’une banque centrale. C’est oublier qu’elle sera entourée d’un directoire où se trouvent toutes les compétences nécessaires et d’un conseil des gouverneurs qui définit la politique monétaire. Il reste que Mario Draghi a eu le talent très particulier de savoir faire évoluer les Allemands sur les outils alternatifs de la politique monétaire. Toute la question est de savoir si face à un scénario à la japonaise qui se profile en Europe avec des taux négatifs qui se creusent, une épargne qui abonde, un investissement en panne et une consommation atone, elle saura lever les incertitudes qui inhibent le comportement des agents économiques.
François Villeroy de Galhau a démenti les intentions qu’on lui prêtait de vouloir succéder à Christine Lagarde au FMI. Il a écrit à ses troupes pour leur signifier qu’il était très heureux de rester Gouverneur de la Banque de France. Peut-être que Benoit Coeuré, dont le mandat se termine bientôt au directoire de la BCE aura une autre vision des choses. Beaucoup de candidats se déclarent depuis quelques jours. Notamment George Osborne, l’ancien chancelier de l’échiquier de David Cameron, mais qui sera gênée dans sa campagne par le Brexit. Et puis il faut compter sur Donald Trump qui aime aussi peu le FMI que le Général de Gaulle appréciait l’ONU et sur les pays en voie de développement qui sont les principaux "clients" du Fonds. C’est pourquoi Tidjane Thiam, l’actuel directeur général du Crédit Suisse qui ronge son frein à Genève après avoir géré de main de maître le groupe Prudential et qui est d’origine ivoirienne coche toutes les cases pour ce poste. D’autant plus que son épouse est américaine.
Délicate investiture pour les municipales à Paris
En France, le climat politique est déjà proche de la léthargie estivale que ne viendra pas rompre une allocution présidentielle du 14 juillet puisqu’Emmanuel Macron a supprimé ce rendez-vous traditionnel. Même s'il interviendra ce soir une heure sur France Info pour parler sport, a priori. Bien sûr son discours aux armées samedi prochain à l’Hôtel de Brienne – le même qui avait entraîné la démission du Général de Villiers il y a deux ans – sera très suivie. Par les militaires qui ne savent pas encore comment seront financées les opérations extérieures dont le coût, estimé à un milliard d’euros sur l’année, risque d’être pris sur les crédits de la Défense et non pas en interministériel comme c’était le cas jusqu’à présent. C’est pourquoi le locataire de l’Élysée essaye de faire en sorte qu’on replie un peu la voilure de l’opération Barkhane. Mais il n’y a jamais eu autant d’opérations commandos réussies contre des Touaregs affiliés à Al-Qaida Maghreb Islamique.
Par ailleurs, c’est ce mercredi, en principe, que La République En Marche et sa commission d’investiture dirigée par l’ex ministre rocardien Alain Richard, doivent désigner le candidat idéal pour les municipales à Paris. Le retrait de Mounir Mahjoubi, ex-secrétaire d’État au numérique, il y a quelques jours, qui a annoncé son ralliement à Cédric Villani change un peu la donne. Jusqu’ici Benjamin Griveaux était donné ultra-favori. Mais dans les sondages il n’arrive pas à dépasser le mathématicien. Par ailleurs sa manière de vouloir forcer les choses énerve Emmanuel Macron au plus haut point. Et ce dernier, qui a fait la connaissance de Cédric Villani lorsqu’ils étaient tous les deux young leaders de la French American Foundation, est impressionné par la force de travail et de conviction du député.
Confiance stable pour le couple exécutif
En fin de semaine un article d’Antoine Rufenacht, l’ancien maire du Havre, auquel a succédé Édouard Philippe, et publié dans le Figaro, appelant le Premier Ministre à être candidat à Paris est venu jeter un peu plus le trouble. Certains se demandent encore quel degré de sincérité accorder à cet appel d’un Républicain protestant et chiraquien. En tout cas à Matignon on a fait semblant d’ignorer cet appel du pied. Édouard Philippe aurait sans doute souhaité que Pierre-Yves Bournazel réussisse à faire la jonction entre La République en Marche et les Républicains. Mais ces derniers n’existent plus à Paris, comme le montrent les tentatives des maires du quinzième et du seizième arrondissement de se rapprocher d’En Marche afin de garder leur écharpe tricolore.
Pour le reste, la cote de confiance du couple exécutif est relativement stable. Après une forte hausse en juin, la cote de confiance d'Emmanuel Macron et Édouard Philippe se stabilise en juillet, selon deux sondages, Elabe et Harris Interactive, diffusés jeudi dernier. Avec 31 % (-1) des Français qui lui font confiance pour affronter les problèmes du pays, selon Elabe, le chef de l'État perd notamment le gain qu'il avait enregistré en juin auprès des retraités (-11). 64 % (+1) des personnes interrogées ne lui font pas confiance. Emmanuel Macron avait progressé de 5 points le mois dernier dans ce baromètre pour Les Échos et Radio Classique. La plupart des sondages de juin le créditaient d'une hausse de 3 à 6 points, au lendemain des élections européennes du 26 mai.
Rebond de la croissance aux États-Unis
Pour Harris Interactive, Emmanuel Macron est stable ce mois-ci avec 40 % d'opinions positives sur son action, après un gain de 2 points le mois dernier dans ce baromètre pour LCI. Le chef de l'État gagne en revanche 10 points dans cette enquête auprès des 65 ans et plus et 7 auprès des sympathisants Les Républicains. Coup d'arrêt également pour Édouard Philippe, stable chez Elabe avec 30 % d'avis favorables et 60 % (-1) des Français interrogés qui ne lui font pas confiance pour diriger le gouvernement. Selon Harris Interactive, le Premier ministre perd 2 points à 39 %, après un gain de 5 points le mois dernier. Il progresse également auprès des retraités (+6) et des proches de LR (+4).
Au chapitre économique, il faut noter que la croissance de l'emploi aux États-Unis a fortement rebondi en juin mais une hausse modérée des salaires et d'autres signes de ralentissement de l'économie pourraient continuer à encourager la Réserve fédérale à abaisser les taux d'intérêt ce mois-ci. Le département du Travail a fait état vendredi de 224 000 créations de postes non-agricoles le mois dernier, alors que la médiane des prévisions des économistes interrogés par Reuters en prévoyait 160 000, les estimations s'échelonnant entre 89 000 et 217 000. Ce chiffre repasse au-dessus du seuil des 100 000 créations d'emplois mensuelles jugées nécessaires pour absorber la croissance de la population en âge de travailler. Le chiffre de mai a en outre été révisé en baisse, à 72 000 contre 75 000 annoncé initialement.
Les investisseurs sur le mode "pause"
Le seul secteur manufacturier, le plus exposé à l'impact des tensions commerciales actuelles entre les États-Unis d'une part, la Chine et le Mexique d'autre part, a créé 17 000 emplois en juin, après seulement 3 000 en mai. Les créations totales du secteur privé ont atteint 191 000 contre 83 000 en mai. Le taux de chômage, calculé sur la base d'une enquête distincte de celle permettant de mesurer l'évolution de l'emploi, a augmenté à 3,7 % avec l'arrivée de nouveaux chercheurs d'emploi, contre 3,6 % attendu par les économistes. La hausse du salaire horaire moyen a ralenti, à six cents, soit 0,2 %, en juin, contre +0,3 % en avril, et sa progression sur un an est restée à 3,1 %. Le marché tablait sur une hausse de 0,3 % d'un mois sur l'autre et de 3,2 % en rythme annuel. Sur les marchés, le rendement des Treasuries à 10 ans a augmenté ses gains après la statistique, prenant plus de cinq points de base autour de 2,013 %. Et naturellement, le dollar accentuait également sa progression et prenait plus de 0,3 % face un panier de devises de référence, faisant retomber l'euro sous la barre de 1,125.
Au cours des rencontres économiques d’Aix en Provence qui se tenaient ce week-end sous la canicule, les investisseurs étaient tentés d'appuyer, dans les prochains jours, sur le bouton "pause" dans l'attente des réponses à trois questions décisives qui détermineront le sort des marchés financiers lors de la seconde partie de l'année. Les intervenants se demandent si un accord commercial entre les États-Unis et la Chine finira par voir le jour mais ils veulent aussi connaître la forme que prendrait une éventuelle baisse de taux par la Réserve fédérale et savoir si les bénéfices des entreprises au deuxième trimestre justifieront des valorisations élevées, en particulier aux États-Unis.
Stéphane Richard dans l’attente du verdict Tapie
Tout est lié puisque les craintes d'une récession provoquée par le conflit commercial expliquent largement la posture accommodante adoptée par les banques centrales dont les largesses soutiennent les cours des actions, au risque de favoriser un retournement de marché si les résultats venaient à décevoir. Si le calendrier sur ce front reste flou, il est beaucoup plus précis en revanche pour la politique monétaire puisque l'on sait que les prochaines décisions de la Banque centrale européenne et de la Réserve fédérale seront annoncées respectivement le 25 et le 31 juillet. En attendant, les investisseurs écouteront attentivement ce que dira mercredi et jeudi le président de la Fed, Jérôme Powell, à l'occasion de son audition semestrielle devant les deux chambres du Congrès.
Le marché évalue toujours à 100 % la probabilité d'une hausse de taux à la fin du mois, avec toutefois une majorité désormais écrasante misant sur un abaissement Les banques centrales resteront dans l'actualité dans les jours à venir avec, outre les interventions de Jérôme Powell, la publication des comptes rendus des dernières réunions de la Fed, mercredi, et de la Fed, le lendemain. Comme la Fed, la BCE peine à résoudre le mystère de l'inflation, qui refuse de décoller malgré un marché du travail tendu et des salaires en augmentation. L'institution de Francfort dispose en outre d'une marge de manœuvre limitée, ce qui l'oblige à déterminer avec soin le calendrier des mesures de soutien qu'elle souhaite mettre en œuvre.
Du côté du business, le seul fait important de la semaine à venir est le verdict du procès Tapie. Les milieux d’affaires attendent surtout le sort qui sera réservé à Stéphane Richard alors que le Procureur de la République a requis une peine de 3 ans d’emprisonnement dont 18 mois ferme, en dépit d’instructions de mansuétudes venues de la Chancellerie. Le patron d’Orange a d’ores et déjà annoncé qu’en cas de condamnation lourde il remettrait son mandat aux administrateurs. Parmi eux, il y en a deux qui se verraient bien lui succéder. Il s’agit de Nicolas Dufourcq qui a fait le tour de la BPI qu’il a créée et surtout Alexandre Bompard dont tout le monde reconnaît qu’il ferait des merveilles chez Orange. Mais deux ans après être arrivé chez Carrefour il est encore loin d’avoir transformé le groupe, et un contrat moral le lie à ses deux principaux actionnaires, Bernard Arnault et la famille Moulin-Houzé.
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