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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Macron gêné par les ratés de la Macronie
par Yves de Kerdrel

Ce 14 juillet qui s’annonçait sans nuage pour le Chef de l’État avec l’attrition du mouvement des Gilets Jaunes, une popularité en hausse et des réformes à nouveau à l’ordre du jour se trouve gâché par les ratés de la Macronie. Avec l’affaire François de Rugy qui est comme une sorte de sel mise sur les plaies des Gilets Jaunes et l’amertume de Cédric Villani, écarté sans raison de la course pour Paris.

14/07/2019 - 06:30 Temps Lecture 16 mn.

 

Le 18 juillet de l’an dernier, le quotidien Le Monde, sous la plume d’Ariane Chemin, révélait l’affaire Benalla. Une affaire qui a plombé tout l’été du couple exécutif et qui a même bloqué le calendrier parlementaire. Une affaire qui a été très mal gérée, dès le début, en termes de communication par l’Élysée. Une affaire qui de surcroît court toujours puisque la semaine passée l’association Anticor déposait une nouvelle plainte auprès du parquet national financier. Si l’histoire ne repasse jamais deux fois les mêmes plats, chacun a le sentiment de revivre les mêmes perturbations au sommet de l’état avec l’affaire François de Rugy.

Médiapart a, en effet révélé, que le Ministre d’État qui a remplacé à l’automne dernier Nicolas Hulot organisait avec son épouse des dîners luxueux – avec homards géants et grands crus – à l’Hôtel de Lassay. Si tout cela n’est pas bien grave en soi, les photos publiées par le site d’information en ligne font mal, pour un pouvoir qui cherche à se rapprocher du peuple et à bannir son image de proximité avec l’élite et la richesse. À cela se sont ajoutés les dizaines de milliers d’euros engagés pour la rénovation de l’appartement de fonction du Ministre. Puis la révélation que l’ancien député de Loire-Atlantique était toujours locataire d’un appartement près de Nantes à un tarif "social". Et enfin Ouest-France a révélé de son côté que le Ministre avait l’habitude d’organiser des dîners avec des lobbyistes au sein de son ministère, mais sans que cela ne figure à son agenda.

 

Une affaire qui tombe mal pour la transition écologique

 

Bref en l’espace de quelques jours la République exemplaire d’Emmanuel Macron, qui a déjà connu sept démissions de ministres en l’espace de deux ans, en a pris un coup. Le chef de l’État se serait montré très énervé lors des explications téléphoniques qu’il a eues avec l’ancien Président de l’Assemblée Nationale. Mais il a laissé le soin à Édouard Philippe de recevoir l’auteur de ces bévues. Sans qu’il y ait de sanction autre que le remboursement éventuel de l’argent public engagé indûment. C’est donc maintenant le secrétaire général de l’Assemblée Nationale, son déontologue et Marc Guillaume, le Secrétaire Général du Gouvernement qui vont devoir éplucher les factures du ministre. Et le plus vite possible. Afin que cette affaire n’occupe pas l’été politique.

Toute la question est de savoir si les organes de presse qui ont sorti ces éléments d’une maladresse folle de la part d’un ancien Président de l’Assemblée Nationale - dont on attend qu’il montre l’exemple d’une République irréprochable – ont encore des informations à publier. C’est la principale crainte du couple exécutif. Certains, au Château, n’excluaient pas une possible démission de François de Rugy. Mais compte tenu de la sensibilité de son périmètre ministériel (la transition écologique) il est difficile de trouver un remplacement. D’autant que le gouvernement vient d’annoncer, sur ce sujet, deux taxes qui passent mal. Celle sur les billets d’avion et l’abandon du remboursement de la TCPE aux transporteurs routiers.

 

L’amertume justifiée de Cédric Villani

 

À cette affaire s’ajoute l’investiture éclair de Benjamin Griveaux qui laisse supposer que les dés étaient pipés à l’avance et que Cédric Villani n’avait en fait aucune chance. C’est ce qui justifie l’amertume de ce dernier et son annonce qu’il déclarerait seulement en septembre prochain s’il soutient l’ancien porte-parole du gouvernement. Mais dans les rangs de la République En Marche beaucoup contestent cette procédure d’investiture qui tient plus du fait du Prince que d’un véritable "beauty contest". La preuve en est ce sondage fait par l’Ifop qui donne Benjamin Griveaux perdant face à Anne Hidalgo alors que Cédric Villani, qui rassemble davantage à gauche et les écologistes l’emporterait contre l’actuelle Maire de Paris.

De manière à allumer des contre-feux, le Chef de l’État a demandé au Chef d’État-major des armées, le Général Lecointre, avec lequel il a une très bonne relation, d’être largement présent dans les médias à la veille de ce 14 juillet et alors qu’entrent en service les sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda. C’est ce qui justifie sa présence dans la matinale de CNews et une interview d’une page dans Le Monde. En espérant que la journée très républicaine et le défilé toujours très bien orchestré de ce dimanche permettront d’effacer les mésaventures de la semaine dans le monde peu enchanteur de la Macronie.

 

Le rapport Delevoye dévoilé jeudi

 

Depuis fin mai et les élections européennes, la dissection de l’électorat ayant voté pour la liste macroniste semblait livrer un diagnostic sans appel : LREM était en train de devenir un mouvement de centre droit, coupé de son aile gauche. La lecture du dernier sondage Viavoice pour Libération vient quelque peu corriger cette lecture. Les cotes de popularité d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe font toutes les deux un bond de six points en trois mois. Après les affres d’un hiver marqué par les gilets jaunes, le chef de l’État récolte donc 32 % de bonnes opinions, et le Premier ministre 33 %. Les mauvaises opinions du Président sont toujours largement majoritaires (57 %) mais en baisse de huit points depuis le dernier baromètre Viavoice, en avril. L’exécutif semble être dans un entre-deux : des acquis ont été engrangés depuis la crise des gilets jaunes, des mesures ont été annoncées mais il y a a minima des incertitudes sur la suite des réformes.

C’est ce jeudi que Jean-Paul Delevoye doit dévoiler ses recommandations en vue de la réforme des retraites. De nombreux points restent à trancher, mais certains grands principes ont déjà été actés. De ce que WanSquare a appris, les 42 régimes de retraites actuels, où les pensions sont calculées en fonction du nombre de trimestres cotisés, seront remplacés par un système universel où chacun accumulera des points tout au long de sa carrière et où un euro cotisé donnera les mêmes droits à tous. Finie, donc, la règle des 25 meilleures années pour les salariés du privé et des 6 derniers mois pour les fonctionnaires. Dans ce futur système public et par répartition, tout le monde cotisera au pot commun jusqu'à 10 000 euros brut de revenus mensuels, primes des fonctionnaires comprises. Les retraités actuels ne sont pas concernés par cette réforme, de même que les actifs à moins de 5 ans de la retraite au moment de l'adoption de la loi.

 

Une BCE très accommodante

 

Promesse du candidat Macron, l'âge légal de départ sera maintenu à 62 ans. Mais il y aura aussi un âge d'équilibre et des incitations à travailler davantage. Il s'agit de remplacer le mécanisme actuel de décote/surcote en fonction du nombre de trimestres cotisés, qui sert de référence pour calculer la retraite à taux plein. Une notion qui disparaît dans un régime à points, où l'on ne compte plus la durée de cotisation. Selon Jean-Paul Delevoye, l'âge d'équilibre qui consolide le système, c'est 64 ans. Un bonus-malus pourrait ainsi voir le jour autour de cette nouvelle borne d'âge : les futurs retraités verraient leur pension amputée en cas de départ avant 64 ans, et majorée dans le cas contraire.

Au chapitre économique on a appris cette semaine que les responsables de la Banque centrale européenne se sont mis d'accord lors de leur réunion de juin sur la nécessité de se préparer à apporter un soutien supplémentaire à l'économie de la zone euro dans le contexte d'une incertitude accrue, suivant le compte rendu des débats publié jeudi. À l’issue de sa réunion des 5 et 6 juin, le Conseil des gouverneurs avait repoussé au deuxième semestre 2020 au plus tôt sa première hausse de taux et le président Mario Draghi avait ouvert la porte à de nouvelles mesures de soutien dans les semaines suivantes. Il y a eu un accord large sur le fait qu'à la lumière de l'incertitude accrue, qui devrait se prolonger, le Conseil des gouverneurs devait être prêt et préparé à assouplir davantage la politique monétaire, lit-on dans le compte rendu.

 

L’inflation toujours trop faible

 

Les mesures susceptibles d'être mise en œuvre incluent de nouvelles modifications des indications données en matière d'évolution future des taux, de nouveaux achats d'actifs sur les marchés et des baisses de taux, est-il écrit dans les minutes. Le compte rendu précise aussi que la BCE a envisagé des mesures plus stratégiques dans le cas où l'inflation resterait basse et qu'elle prévoit de souligner qu'une inflation supérieure ou inférieure à son objectif, qui est d'un peu moins de 2 %, serait tolérée. Les banquiers centraux ont estimé que la croissance annuelle des prix anticipée à 1,6 % pour 2021 était quelque peu distante par rapport à cet objectif et ont dit qu'il n'y avait pas de place pour l'autosatisfaction face à la dégringolade des anticipations d'inflation des marchés financiers.

L'indicateur d'inflation prospective le plus suivi par les marchés - celui qui mesure ce que seront les anticipations d'inflation à cinq dans cinq ans - ne laisse présager qu'une inflation de 1,2 %. Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE, déclarait, un peu avant que le compte rendu ne soit publié, que la banque centrale devait considérer avec prudence la faiblesse des anticipations d'inflation que traduisait le niveau actuel des cours des obligations de la zone euro car d'autres instruments reflétaient une plus grande confiance dans les perspectives d'évolution des prix. La prochaine réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE aura lieu les 24 et 25 juillet.

 

Les marchés tutoient les records

 

La Bourse de Paris a tenté vendredi un sursaut après cinq séances de baisse d’affilée, les investisseurs s’accrochant aux nouveaux records de Wall Street. Le Dow Jones a clôturé au-dessus des 27 000 points pour la première fois de son histoire, tandis que le S & P 500 a terminé à un cheveu des 3 000 points. Des records encouragés par le discours semestriel de politique monétaire de Jérôme Powell, qui a laissé la porte ouverte à une baisse des taux à la fin du mois. Le marché a cependant réduit la voilure après la menace de Pékin de sanctionner les entreprises américaines qui vendraient des armes à Taïwan. Par ailleurs, le ralentissement plus marqué que prévu des exportations comme des importations chinoises en juin reflète, s’il en était besoin, l’impact des tensions commerciales et du ralentissement économique mondial.

Au chapitre du business on attend cette semaine les premiers résultats semestriels de l’année, avec notamment Publicis. Mais le marché a été animé par le fait que le fonds Elliott Capital Advisors a ouvert une position longue sur Altran et indiqué qu'il n'envisageait pas, à l'heure actuelle, d'apporter les titres qu'il pourrait détenir à l'offre de rachat sur le groupe de conseil annoncée par Capgemini, selon une déclaration faite à l'Autorité des marchés financiers vendredi. Selon la déclaration, Elliott Capital Advisors a ouvert une position longue le 8 juillet et l'a accrue au cours des jours suivants jusqu'à détenir au 10 juillet environ 5 millions d'options d'achat de type "equity swaps" sur Altran.

 

Et revoilà Elliott… sur Altran !

 

Les fonds chapeautés par Elliott envisagent de poursuivre leurs achats d'instruments financiers et d'acquérir des actions Altran "en fonction des opportunités et des conditions de marché". Elliott a précisé n'agir de concert avec aucune autre personne. Alors que Capgemini a annoncé fin juin son intention de déposer une OPA amicale sur Altran mais que cette offre n'a pas encore été officiellement lancée, les fonds chapeautés par Elliott précisent d'ores et déjà que leur intention à ce jour, fondée sur leur analyse des informations actuellement disponibles, est de ne pas apporter à l'offre les actions Altran Technologies qu'ils pourraient acquérir dans le futur.

Par ailleurs les boursiers s’amusaient en fin de semaine de rumeurs faisant état d’un intérêt possible de la part de Blackstone. Accor grimpait, de fait, de plus de 4 %, à 39,75 euros, plus forte hausse du CAC 40. Selon plusieurs sources puisées dans différentes salles de marché, le fonds d’investissement américain Blackstone serait intéressé par le groupe hôtelier, via un consortium.

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