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Macron impatient de souffler un peu
par Yves de Kerdrel

Après les élections européennes, la crise des gilets jaunes et plus récemment le mercato des "top jobs" européens, l’affaire Rugy et l’annonce de ce que pourrait être la réforme des retraites, le Chef de l’État n’a pas ménagé sa peine. Tout en faisant une confiance absolue à Édouard Philippe. Mais rarement autant que cette année il a attendu les vacances parlementaires et gouvernementales.

21/07/2019 - 07:00 Temps Lecture 16 mn.

 

S’il n’y avait pas eu l’affaire François de Rugy, les dernières révélations de Médiapart sur l’utilisation de son indemnité parlementaire afin de payer la cotisation de son parti qui ont finalement conduit à la démission du numéro deux du gouvernement, la semaine politique aurait été très calme. La France semble d’ores et déjà plongée dans la léthargie estivale. Et même la séance des questions au gouvernement qui a suivi de quelques minutes l’annonce de la démission de François de Rugy n’a donné lieu à aucun tumulte dans l’assemblée. Preuve que les vacances parlementaires qui débutent jeudi 25 juillet ne sont plus très loin.

De la même manière, le dernier conseil des ministres est fixé à ce mercredi 24 juillet avec un ordre du jour des plus restreints. Cela d’autant plus que les vacances du gouvernement s'étalent cette année du samedi 27 juillet au matin jusqu'au dimanche 18 août au soir. Le conseil des ministres de rentrée aura donc lieu le 19 août. Ces vacances sont encadrées, comme à chaque fois, par une circulaire du secrétariat général du gouvernement. Et comme à chaque fois, elle précise que les ministres doivent être en permanence joignables dès lors qu'ils prennent quelques jours de congé. L'été dernier, une circulaire adressée aux membres du gouvernement leur donnait également pour consigne de rester joignables et de choisir une destination à maximum trois heures de Paris.

 

Inquiétudes sur l’Iran

 

En décembre 2017, cette circulaire du Secrétariat Général du Gouvernement stipulait que les ministres devaient donner leurs dates et leurs lieux de congés, ainsi que leurs coordonnées téléphoniques et électroniques. Il était également demandé aux ministres de choisir une destination compatible avec leurs responsabilités ministérielles. Soit, pas trop loin. Et même si aucun événement spécial ne survient, les ministères ne restent jamais vides. Des permanences ministérielles sont organisées au sein des ministères, tant du côté de l'administration que du côté des cabinets. Il y a toujours présents des membres de cabinets et des patrons d'administrations dans une organisation calendaire roulante, au fur et à mesure de l'été, de manière à ce que la permanence de l'action de l'État, soit assurée.

La principale inquiétude du Chef de l’État, cet été qu’il passera principalement au Fort de Brégançon après que son épouse y a engagé d’importants frais de rénovation en 2018, portera davantage sur la conjoncture internationale que sur l’actualité politique hexagonale. La tension qui continue de monter autour du détroit d’Ormuz après le torpillage de tankers par les Iraniens, puis cette semaine le tir d’un destroyer américain contre un drone iranien fait craindre le pire dans cet endroit précis du globe où circule chaque année le cinquième de la production mondiale de pétrole. La France a essayé de jouer les bons offices dans cette crise en envoyant à Téhéran un émissaire personnel d’Emmanuel Macron. Mais sans succès.

 

Vers une nouvelle hausse de la dépense publique

 

Moscou qui est proche du régime de Téhéran, de même que Pékin, surveille également la situation de près. Pour l’instant le Pentagone arrive à contenir les velléités de Messieurs Pompeo et Bolton, les mauvais génies de Donald Trump, qui l’ont poussé à déchirer l’accord conclu, sous la présidence Obama, sur le nucléaire civil iranien. Mais jusqu’à quand. D’autant que Donald Trump est très sensible aux sirènes saoudiennes et israéliennes qui lui conseillent d’intervenir militairement. Naturellement cela déstabiliserait toute la région. À commencer par la Syrie qui joue le rôle d’état-tampon et dont le Chef d’État est protégé par les Alaouites, très proches des chiites iraniens.

L’autre préoccupation d’Emmanuel Macron sera liée à l’élaboration du projet de loi de finances. D’autant plus que, contrairement à toutes les promesses faites aux Français comme à Bruxelles, la dépense publique ne va pas reculer. Elle devrait s’accroître de nouveau de 0,5 % en volume. De fait afin de maintenir le déficit budgétaire en dessous de la barre des 3 % en 2020 (ce qui ne sera pas possible cette année à cause des mesures prises à la suite du mouvement des gilets jaunes) et pour éviter une nouvelle procédure de sanction de Bruxelles pour déficit excessif, Bercy va puiser dans les poches profondes des grandes entreprises. Notamment en repoussant une nouvelle fois les importantes baisses d’impôt sur les sociétés qui avaient été promises lors de la campagne présidentielle de 2017.

 

Les ratés au démarrage de Griveaux

 

Enfin, à n’en pas douter, le Chef de l’État ne pourra pas ne pas se préoccuper des élections municipales qui auront lieu à partir du 15 mars 2020 – c’est-à-dire en plein procès de l’affaire Fillon. Le sort de Marseille n’est pas encore définitivement tranché, même si de son côté Jean-Claude Gaudin a expliqué au Président de la République qu’il préférait voir lui succéder un candidat de La République En Marche plutôt qu’un Républicain. À la seule condition que Martine Vassal conserve les clés de la Métropole. S’agissant de Lyon, Emmanuel Macron a obtenu une paix des braves entre Gérard Collomb et David Kimefeld le patron de la Métropole. L’ancien Ministre de l’Intérieur a donc proposé la mise en place d'un mandat partagé avec son rival en ce qui concerne la métropole de Lyon.

Le principal problème du Chef de l’État, concernant les Municipales, c’est Paris où à peine investi, Benjamin Griveaux – dont le but est de rassembler ses ex-concurrents – les a, au contraire, traités "d’abrutis" comme l’a rapporté le Point. Ceux-ci ont donc tout naturellement refusé de faire le déplacement pour la première réunion publique du candidat investi. Ce qui devait être le grand meeting de l'entrée en campagne du candidat En marche s'est donc transformé en exercice de rattrapage. L’Élysée qui soutient mordicus l’ancien porte-parole avait mobilisé les grands moyens en déléguant Marlène Shiappa, Stanislas Guerini, Sibeth Ndiaye et Julien Denormandie. Mais l’arrogance propre à Benjamin Griveaux inquiète certains, au Château, qui redoutent qu’Anne Hidalgo batte largement son challenger.

 

Vers une modification de la forward guidance de la BCE

 

Au chapitre économique l’actualité reste dominée par les défis qui s’imposent aux banques centrales. La Banque centrale européenne devrait mettre à profit la réunion monétaire de ce jeudi pour ouvrir la voie aux mesures d'assouplissement qu'elle a promises afin de soutenir la croissance et se rapprocher de son objectif d'inflation. Si aucune mesure concrète n'est attendue avant la réunion de septembre, celle de jeudi devrait permettre à l'institution de Francfort de modifier sa communication pour y intégrer le message délivré le 18 juin par son président à Sintra, au Portugal. Mario Draghi avait alors clairement affirmé la volonté de la BCE de se tenir prête à prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver la croissance et se rapprocher de son objectif d'une inflation légèrement inférieure à mais proche de 2 %.

Le nouveau message de la BCE devrait donc se traduire jeudi par une inflexion du pilotage des anticipations, autrement dit de la communication par laquelle la BCE donne au marché des indications sur la politique qu'elle entend suivre. En modifiant ce que l’on appelle sa "forward guidance", la BCE préparerait le terrain à la réunion de septembre, qui devrait ouvrir une séquence de baisse du taux de dépôt puis de lancement d'un programme d'achat d'actifs en fin d'année. La réunion de jeudi, si elle est importante, devrait donc avoir peu d'impact pour les investisseurs. Même si les marchés anticipent à 40 % une baisse du taux de dépôt de 10 points de base en juillet et de 15 points de base d'ici à la fin de l'année, la confirmation officielle d'une politique encore plus accommodante devrait être bien perçue et favoriser l'ancrage des taux sur des niveaux extrêmement bas.

 

L’activité rebondit outre-Atlantique

 

De l’autre côté de l’Atlantique, les investisseurs ont les yeux tournés vers la Réserve Fédérale. Le président de la Réserve fédérale de St. Louis se prononcera en faveur d'une baisse de taux de 25 points de base lors de la prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Fed et une baisse plus importante n'est pas nécessaire selon lui. James Bullard, connu pour ses prises de position plutôt accommodantes, a déclaré dans un entretien au Wall Street Journal, qu'il soutiendrait une baisse d'un quart de point de l'objectif des fonds fédéraux lors de la réunion du comité de politique monétaire des 30 et 31 juillet. Son homologue de la Fed de New York, John Williams, a plaidé jeudi pour une action résolue afin de vacciner l'économie contre le poison d'une inflation trop faible, ce qui a alimenté les anticipations d'une baisse de 50 points de base des taux directeurs par la Fed à la fin du mois.

Pour l’heure l’activité économique reste soutenue aux États-Unis. La croissance de l'activité manufacturière dans le nord-est des États-Unis a rebondi bien plus nettement qu'attendu en juillet, a montré cette semaine l'enquête mensuelle de l'antenne de Philadelphie de la Réserve fédérale. L'indice "Philly Fed" est remonté à 21,8 après être tombé en juin à 0,3, son plus bas niveau depuis février. Il est ainsi au plus haut depuis juillet 2018. Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne un rebond nettement plus limité, à 5,0. Le sous-indice des nouvelles commandes a fortement progressé lui aussi, à 18,90 contre 8,30 en juin, tout comme ceux de l'emploi (30,0 contre 15,40) et des prévisions d'investissement à six mois (38,00 contre 21,40). Le sous-indice des prix payés a suivi le mouvement, à 16,10 contre 12,90).

 

Plastic Omnium en vedette

 

Les premiers résultats semestriels ont commencé à être publiés en fin de semaine. Avec notamment Plastic Omnium qui a rassuré le marché sur ses perspectives, démontrant sa faculté à résister à des conditions de marché délétères. Pour l'ensemble du premier semestre, Plastic Omnium a réalisé un chiffre d'affaires consolidé de 4,27 milliards d'euros, en hausse de 34 % sur un an, grâce notamment à un effet de périmètre. À taux de change et périmètre constants, le chiffre d’affaires consolidé s'est inscrit en léger recul de 0,1 %. Le chiffre d'affaires économique, qui tient compte des contributions des coentreprises, a quant à lui progressé de 20,7 % en données publiées et de 0,2 % à périmètre et taux de change constants, à 4,61 milliards d'euros. La croissance organique du chiffre d'affaires économique traduit une surperformance de 7,1 points de pourcentage par rapport à une production automobile mondiale en baisse de 6,9 % au premier semestre.

Pour ses perspectives 2019, Plastic Omnium a pris comme hypothèse une baisse de la production automobile mondiale de 4,5 %. Dans ces conditions de marché, l'équipementier de la famille Burelle prévoit désormais une marge opérationnelle en légère baisse par rapport aux 610 millions d'euros réalisés en 2018, et un excédent brut d'exploitation (Ebitda) supérieur à celui de l'an dernier. Le groupe a confirmé anticiper en 2019 une surperformance de son chiffre d'affaires économique d'au moins 5 points de pourcentage par rapport à l'évolution de la production automobile mondiale et un flux de trésorerie libre d'environ 200 millions d'euros. À plus long terme, Plastic Omnium n'anticipe pas de rebond de la production automobile en 2020, ni en 2021.

 

Publicis touché par les États-Unis

 

A contrario, l'action Publicis a touché vendredi un creux de six ans et demi à la Bourse de Paris, le marché sanctionnant lourdement des résultats trimestriels décevants et une prévision de croissance du chiffre d'affaires annuel revue à la baisse. L'action du numéro trois mondial de la publicité a touché son plus bas depuis décembre 2012. Le groupe est nettement à la traîne de ses concurrents WPP, Omnicom et Interpublic. Publicis a annoncé jeudi revoir à la baisse ses attentes en matière de croissance pour 2019 après un deuxième trimestre inférieur aux attentes des investisseurs, pénalisé par l'érosion des dépenses des annonceurs aux États-Unis, son premier marché. Le groupe prévoit désormais un revenu net globalement stable alors qu'il anticipait jusque-là une croissance 2019 supérieure à celle de l'année précédente, soit +0,8 %.

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