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Macron à la recherche d’un second souffle
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État est parti en vacances dés jeudi dernier, au moment même où Édouard Philippe recevait discrètement François de Rugy à déjeuner. Le Président de la République compte bien prendre de vraies vacances tout en surveillant la situation internationale et l’élaboration du projet de loi de finances pour 2020 qui n’est pas bouclée en raison d’un débat sur les économies de baisses d’impôts.

28/07/2019 - 06:30 Temps Lecture 17 mn.

 

Comme WanSquare l’avait écrit dans ces mêmes colonnes jamais autant que cette année le Président de la République était aussi impatient de quitter l’Élysée pour les vacances d’été. Dès le lendemain du dernier conseil des ministres Emmanuel et Brigitte Macron sont donc arrivés au Fort de Brégançon, la résidence estivale des présidents, dans le Var. Le chef de l'État y passera deux semaines de vacances au calme et studieuses, notamment pour préparer le sommet du G7 qui aura lieu à Biarritz fin août, a indiqué l’Élysée. Au programme donc, séances de travail et repos, mais également quelques sorties. En effet, selon nos informations le couple présidentiel assistera au concert de Gérard Depardieu à Ramatuelle, le 11 août prochain. L’acteur français reprendra sur scène le répertoire de la chanteuse Barbara. Un événement durant lequel les Macron devraient croiser Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, qui y sont aussi attendus.

Emmanuel Macron a donc entamé ses vacances au lendemain du dernier Conseil des ministres, au cours duquel il a appelé les membres du gouvernement à se reposer et à faire le plein d'énergie avant une rentrée chargée. Le chef de l'État continue naturellement à suivre les dossiers d'actualité nationale, notamment la canicule et la sécheresse, et internationale, en particulier les tensions entre l'Iran et les États-Unis. Il a également prévu de s'entretenir longuement avec le nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson, dont il connaît bien le jeune frère. Le 15 août, il devrait assister aux cérémonies du 75e anniversaire du Débarquement en Provence, avant le Conseil des ministres de rentrée le 21 et le sommet du G7.

 

Le Président va préparer le G7 de Biarritz

 

Mardi dernier, le 23 juillet au soir, veille de l'ultime Conseil des ministres avant une trêve estivale de trois semaines, l'ensemble des ministres du gouvernement ainsi que leurs conjoints et conjointes étaient conviés à l'Élysée à l'initiative d'Emmanuel Macron pour un dîner détendu. Voulu convivial, ce rendez-vous a été organisé afin de remercier les membres du gouvernement pour l'année écoulée, intense, et marquée par la crise des gilets jaunes et la récente affaire Rugy. L'heure était au bilan, mais également à la projection puisque les sujets chauds de la rentrée, le G7 organisé à Biarritz fin août ainsi que la réforme des retraites et le vote de la loi bioéthique ont été abordés, selon ce que nous ont rapporté plusieurs ministres présents. La rentrée ministérielle est prévue pour le 19 août.

L’affaire Rugy ne semble pas avoir eu d’impact sur la popularité du Président de la République et du Premier Ministre. L'ensemble des sondages réalisés en juillet donnent le couple exécutif stable ou en légère progression, après une hausse consécutive au scrutin européen du 26 mai. La popularité d'Emmanuel Macron et d'Édouard Philippe se stabilise en juillet, après une forte hausse au lendemain des élections européennes, selon un sondage Ipsos-Game Changers diffusé mercredi. Le chef de l'État perd 1 point à 31 % (-1) après un gain de 5 points le mois dernier, et 64 % (stable) des personnes interrogées portent un jugement défavorable sur son action. Les révélations sur l'ex-ministre de la Transition écologique François de Rugy ne semblent pas avoir éclaboussé Emmanuel Macron, note l'institut de sondage.

 

Une rentrée sans préoccupation majeure

 

À la même époque de leurs mandats présidentiels, Nicolas Sarkozy affichait 45 % d'opinions favorables et François Hollande 20 % dans ce baromètre pour l'hebdomadaire Le Point. L'ensemble des sondages réalisés en juillet donnent le couple exécutif stable ou en légère progression après une hausse consécutive au scrutin européen du 26 mai. Le Premier ministre gagne pour sa part 2 points avec 32 % d'opinions positives tandis que 60 % (-4) des Français jugent négativement son action. Édouard Philippe poursuit une remontée entamée en pleine crise des "gilets jaunes" et a gagné dix points de popularité depuis décembre. Nicolas Hulot reste en tête des personnalités politiques sur lesquelles les Français portent un jugement positif. Dans un classement globalement orienté à la hausse, François Baroin gagne 4 points à 26 %, la maire de Paris Anne Hidalgo en gagne 7 à 25 %, et le maire de Lyon Gérard Collomb 5 à 24 %.

Il n’y a pas de raison pour que l’été politique ne soit pas calme. Et dans ces conditions, le couple exécutif devrait aborder la rentrée dans de bonnes conditions. Surtout si la croissance économique française se met enfin à décoller. Ce qui est encore bien incertain en dépit des 17 milliards d’euros injectés au début d’année de façon très keynésienne et qui semblent avoir davantage nourri l’épargne de précaution que la consommation. Par ailleurs, de manière fort opportune Agnès Buzyn a présenté le projet de loi sur la procréation médicalement assistée juste avant les vacances. Certes cela va aider les "anti" à fourbir leurs armes avant la rentrée, notamment sur la question de la filiation et sur l’épineuse question de la levée du secret sur l’identité des donneurs de gamètes. Mais en agissant ainsi la Ministre de la Santé a voulu dépassionner le débat. Comme le Conseil National d’éthique l’avait fait lui-même. Par ailleurs le texte final a été très largement amendé par le Conseil d’État, qui y a apporté beaucoup de subtilités juridiques.

 

Boris Johnson trouvera-t-il une issue ?

 

Pour le reste du mois d’août, l’actualité sera surtout marquée par la manière que va tenter d’utiliser Boris Johnson pour essayer de trouver une solution afin de faire un Brexit avec deal le 31 octobre. L’ancien Maire de Londres est largement caricaturé pour son côté un peu brutal. Mais il sait très bien qu’il lui faut trouver une issue sur la question de la frontière irlandaise. Tout en se montrant très ferme avec une commission européenne inexistante actuellement et un Michel Barnier décrédibilisé pour n’avoir obtenu aucune promotion dans le nouvel exécutif européen. Boris Johnson devrait tenter de négocier séparément avec les Allemands, qui sont moins fermes que les Français. Et ensuite tenter de faire avaliser son projet par Emmanuel Macron.

L’atout maître de Boris Johnson pour la négociation à venir c’est son ministre des affaires étrangères – qui est aussi une sorte de vice Premier Ministre. Il s’agit de Dominic Raab, 45 ans, eurosceptique pur jus issu de la nouvelle garde des conservateurs britanniques. C’est un partisan d’une suspension du Parlement, si nécessaire, pour permettre une sortie sans accord de l’Union Européenne sans demander l’approbation des députés. L’an dernier, il n’avait pas hésité à claquer la porte du gouvernement de Theresa May au bout de trois mois en tant que ministre du Brexit, jugeant sa stratégie trop conciliante avec Bruxelles. Jeune diplômé, il avait commencé une carrière d’avocat spécialisé en droit international dans le cabinet Linklaters, à Londres, avant d’intégrer en 2000 le ministère des Affaires étrangères, où il travaille notamment sur les questions liées au terrorisme et à la mer.

 

Croissance plus soutenue aux États-Unis qu’en Europe

 

Au chapitre économique les yeux sont restés rivés sur les États-Unis. La croissance de l'économie américaine a ralenti moins qu'attendu au deuxième trimestre, la hausse des dépenses des ménages compensant l'impact négatif du recul des exportations et la contribution négative de l'évolution des stocks. Le PIB a progressé de 2,1 % en rythme annualisé sur la période avril-juin, a annoncé le département du Commerce. Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une croissance de 1,8 %, après celle de 3,1 % du premier trimestre. Cette publication d'une croissance plus soutenue qu'attendu au deuxième trimestre intervient dans un contexte d'anticipations de baisse par la Réserve fédérale de ses taux directeurs de 25 à 50 points de base lors sa réunion de politique monétaire de la semaine prochaine.

De ce côté-ci de l’Atlantique, le fait marquant de la semaine a été la réunion de la BCE et l’une des dernières communications de Mario Draghi. La Banque centrale européenne a maintenu jeudi ses taux directeurs inchangés mais a ouvert la voie à une refonte de son approche et de ses outils de politique monétaire en vue d'un nouvel assouplissement et a dit pour la première fois que son objectif d'une inflation légèrement inférieure à 2 % ne constituait pas un plafond. Avec une hausse des prix bien inférieure à son objectif, un secteur manufacturier en zone euro, notamment en Allemagne, en contraction et le revirement accommodant de la Réserve fédérale, un nouvel assouplissement par la BCE n'était plus, pour de nombreux investisseurs, qu'une question de calendrier. Dans le communiqué publié à l'issue de la réunion du Conseil de gouverneurs, elle a dit que ses taux directeurs resteront à leurs niveaux actuels, ou à des niveaux plus faibles, au moins - et ces deux mots font toute la différence - pendant le premier semestre 2020, alors qu'elle s'était engagée en juin à ce qu'il en soit ainsi jusqu'à la fin juin 2020.

 

Faiblesse des marges de manœuvre de la BCE

 

La BCE a aussi chargé les équipes concernées d'examiner différentes options d'assouplissement, y compris la reprise de ses achats nets d'actifs. Les perspectives ne cessent d'empirer, a déclaré son président Mario Draghi, lors de sa traditionnelle conférence de presse, ajoutant que le rebond un temps espéré au second semestre était moins probable. La promesse de plus en plus explicite de nouvelles mesures de stimulation monétaire vise à soutenir la confiance dans une économie de la zone euro embourbée dans une récession manufacturière qui menace de remettre en cause les fragiles acquis des années d'assouplissement massif. Si la confiance des ménages, le marché de l'emploi et le crédit au secteur privé résistent, plusieurs indicateurs récents sur le climat des affaires dans l'industrie dressent un tableau particulièrement sombre et font craindre que la faiblesse de la demande extérieure, en partie liée aux tensions commerciales, se propage aux marchés intérieurs.

L'indicateur Ifo du climat des affaires en Allemagne pour le mois de juillet, publié dans la matinée de jeudi, a enregistré une dégradation plus forte qu'attendu et alimenté les craintes de récession du secteur manufacturier de la première économie européenne. À trois mois de la fin de son mandat à la tête de la BCE, Mario Draghi n'a plus beaucoup d'occasions de consolider son héritage avant de céder la place à Christine Lagarde, le 31 octobre. Quelles que soient les mesures décidées par la BCE dans les prochains mois, elle risque de se heurter à la faiblesse de ses marges de manœuvre alors que ses taux directeurs sont déjà à des plus bas records et que le total de son bilan représente 40 % du produit intérieur brut de la zone euro. Une reprise des achats de dette publique des pays de la zone euro risque aussi de contrevenir à la règle que la BCE s'est elle-même imposée de ne pas détenir plus du tiers de l'encours de titres de dette publique de tel ou tel pays de la zone euro.

 

Des semestriels plutôt satisfaisants

 

Du côté des marchés, ils sont restés un peu partout à leurs plus hauts niveaux alimentés, aux États-Unis comme en Europe, par de bons résultats semestriels dans l’ensemble même s’il y a eu des déceptions comme Tesla outre-Atlantique et même Amazon et Kering ou Renault en France. Le groupe dirigé par François-Henri Pinault, dont nous avions montré à quel point il était trop dépendant de Gucci a subi un léger ralentissement de cette griffe, même s’il affiche toujours une croissance forte. En revanche l’action LVMH et le titre Hermès ont continué de grimper après des publications très favorables. Cette semaine, ce sera l’heure des financières avec CNP dés lundi, Tikehau mardi, BNP Paribas mercredi, la Société Générale et Axa jeudi puis le Crédit Agricole vendredi.

 

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WanSquare va continuer de vous informer tout l’été – à l’exception de la semaine du 15 août – de manière à vous apporter toute l’information économique que vous ne pouvez pas lire dans d’autres médias. Cet éditorial va prendre quelques jours de vacances et reviendra le dimanche 25 août. Quant à la Lettre de l’Expansion elle reparaîtra le lundi 26 août. Nous vous souhaitons un très bon repos estival en attendant de vous retrouver à la rentrée pour célébrer les dix ans de WanSquare, service digital devenu le leader de l’information économique à valeur ajoutée avec plus de 4 500 abonnés.

Bien fidèlement à vous.

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