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Rentrée sous haute tension pour Macron
par Yves de Kerdrel

Après un G 7 qui ne va constater que des désaccords entre les grandes puissances et une absence de leadership dans le monde occidental, le Chef de l’État doit renouer avec le quotidien des Français marqué par les préoccupations sur le pouvoir d’achat et les craintes suscitées par la réforme des retraites. Seuls les patrons, qui se réunissent en université d’été cette semaine, semblent décidés à accompagner les changements à venir.

25/08/2019 - 06:30 Temps Lecture 16 mn.

 

Emmanuel Macron aime les grands rendez-vous internationaux. C’est la raison pour laquelle il a porté un soin jaloux à la préparation du G 7 de Biarritz, choisissant lui-même le lieu, et s’intéressant au moindre détail. Mais en dehors de la photo qui sera sans doute flatteuse, grâce au décor qu’offre la ville basque en cette fin d’été, il ne restera sans doute pas grand-chose de cette réunion, à part des grandes déclarations sur l’environnement, la planète et la réduction des inégalités. Car sur l’économie, les différents pays ne sont d’accord sur rien et ont abandonné la plupart de leurs prérogatives aux banquiers centraux. Quant à la défense, ils ne peuvent qu’assister impuissants à la reprise du réarmement décidé par Donald Trump, dans un monde où les menaces s’amplifient chaque jour.

De fait, ce G 7 va se transformer en une critique presque unanime de la politique environnementale menée par le président brésilien avec pour toile de fond les gigantesques incendies en Amazonie. C’est un vrai sujet, dans la mesure où ce poumon vert absorbe 20 % des émissions de dioxyde de carbone dégagées par la Planète. Mais il serait plus utile que le G 7 s’élargisse justement aux pays émergents, au Brésil, à l’Inde, à la Chine et à la Russie qui ont de plus en plus leur mot à dire dans la mondialisation de l’économie, dans la réduction des inégalités et sur la question environnementale. Sans parler du sujet des Gafas et de la protection des données personnelles. Le G 7 aurait surtout un vrai sens s'il parvenait enfin à redonner du leadership au monde occidental. Un leadership qui pourrait par exemple donner naissance à un nouveau "Bretton Woods" pour faire contrepoids à la puisance financière de la Chine et de ses "colonies".

 

Une conférence des ambassadeurs importante

 

Passé le G 7, Emmanuel Macron va devoir revenir aux réalités du quotidien des Français. C'est la raison pour laquelle le Chef de l'Etat, désormais cornaqué par un nouveau directeur de la communication mieux inspiré que le précédent a choisi de s'adresser hier à 13 h aux français avant de le faire à nouveau à l'issue du G 7. Après quoi il réunira, comme chaque fin du mois d’août, la conférence des ambassadeurs. Celle-ci revêt une importance toute particulière cette année dans la mesure où 60 à 70 ambassadeurs ont changé de lieu de villégiature au cours de l’été. Notamment auprès des principales ambassades. Là encore Emmanuel Macron devrait axer son discours sur l’importance des questions environnementales dans la diplomatie, dans la mesure où il s’agit d’un sujet mondial. Mais il sera également question des problèmes liés à la montée du protectionnisme, comme des traités de libre-échange après l’accueil froid fait au CETA et après le débat suscité par l’accord conclu par l’Union Européenne avec le Mercosur.

En tant que Président de la République, et bien qu’il ait été naturellement invité, Emmanuel Macron ne participera pas au Rassemblement des Entrepreneurs de France. Le Premier Ministre pas davantage. En revanche un très grand nombre de membres du gouvernement, parmi les plus importants, y seront. Certains qui n’étaient pas invités ont demandé à être invités au cours des tout derniers jours, obligeant le Medef à élargir ses panels de discussion. Il faut dire qu’en allant à l’Hippodrome de Longchamp (et non plus sur le campus d’HEC) les ministres ne prennent pas grand risque, dans la mesure où les patrons abordent cette rentrée de manière constructive. Ils ont salué, dans leur majorité la réforme de l’assurance-chômage. Ils sont en phase avec la réforme des retraites. Et ils voient que certaines mesures prises au début du quinquennat commencent à produire leurs effets. Par ailleurs en dépit du bouclage difficile du projet de loi de finances, la baisse de deux points de l’impôt sur les sociétés n’est pas différée.

 

Inquiétudes autour de la réforme des retraites

 

Il reste que le gouvernement doit sentir poindre un mécontentement et des inquiétudes fortes sur la question des retraites. C’est la raison pour laquelle Agnès Buzyn a évoqué une concertation citoyenne. Formule reprise par Emmanuel Macron lors d’un dîner devant la presse présidentielle. Même si quelques mois après le grand débat on a encore du mal à deviner ce que serait une telle concertation. Il faut dire que les syndicats fourbissent leurs armes et ont déjà prévu des journées de mobilisation contre cette réforme et notamment les points sensibles comme la suppression des régimes spéciaux et la fin des 25 dernières années de base comme référence pour la retraite des fonctionnaires.

L’autre sujet sensible de cette rentrée, c’est le bouclage du projet de loi de finances. A priori le gouvernement table sur un taux de croissance de 1,2 % pour 2020. Ce qui paraît bien optimiste, compte tenu de la faiblesse de la consommation des ménages, même si la baisse du chômage devrait y remédier. Le principal problème, concernant la croissance provient de notre voisin, l’Allemagne, premier client et premier fournisseur qui redoute d’entrer dans la récession au point d’envisager d’avoir de nouveau recours à la dette pour soutenir l’activité économique. Par ailleurs, comme le montrent les dernières minutes de la BCE, Mario Draghi et ses pairs ne sont pas du tout optimistes sur l’activité dans la zone euro et envisagent de nouvelles mesures non conventionnelles, même si le changement à la tête de la Banque Centrale aura lieu dans deux mois.

 

Frémissement de l’activité en France

 

Sur le plan politique, les universités d’été ne vont guère apporter du nouveau au rapport de force actuel. Le Parti socialiste n’est plus que l’ombre de lui-même et François Hollande, Bernard Cazeneuve comme Martine Aubry ne se rendront pas à La Rochelle. De son côté la France Insoumise se réunit sans Jean-Luc Mélenchon, signe d’un malaise croissant au sein de ce parti. Seuls les écologistes affichent une mine enjouée. Yannick Jadot se sent pousser des ailes. Avec d’abord les municipales en ligne de mire – même si sa compagne vient de faire un ticket avec Gaspard Gantzer à Paris – contre l’écologiste officiel. Mais son vrai but, désormais, ce sont les présidentielles de 2022 où il peut prendre beaucoup de voix à Emmanuel Macron. Ce dernier l’a bien compris et peint désormais de vert toutes ses déclarations.

Au chapitre économique, il faut souligner que l'activité dans le secteur privé a accéléré en août en France, reprenant de l'élan après avoir marqué le pas en juillet, selon la version préliminaire des indices IHS Markit publiés jeudi. L'indice PMI du secteur manufacturier s'est établi à 51,0 en première estimation "flash" pour le mois en cours, franchissant à la hausse le seuil de 50 qui distingue croissance et contraction de l'activité en deçà duquel il était passé en juillet. Il évolue donc à l'inverse des attentes des économistes interrogés par Reuters, qui anticipaient une légère accentuation du ralentissement et tablaient en conséquence sur une légère baisse de l'indice avec une prévision moyenne à 49,5 après 49,7 en juillet.

 

La mise en garde du FMI

 

À 53,3, l'indice "flash" du secteur des services est lui aussi supérieur aux attentes (52,5), avec une progression de 0,7 point par rapport à sa valeur de 52,6 en juillet. Il se maintient ainsi pour le cinquième mois consécutif au-dessus du seuil de 50. L'indice PMI composite, qui combine des éléments des indices des deux secteurs, affiche une progression de près d'un point, à 52,7 après 51,9 un mois plus tôt, alors que le consensus s'établissait à 51,8.

Sur le plan international, le Fonds monétaire international a mis en garde les états contre la tentation de favoriser la dépréciation de leur monnaie en assouplissant leur politique monétaire ou en intervenant sur les marchés, des politiques susceptibles selon lui de nuire au bon fonctionnement du système monétaire mondial. Cet avertissement, publié sur un blog du FMI, est intervenu à la veille de l'ouverture du symposium économique de Jackson Hole, dans l'État américain du Wyoming, rendez-vous habituel de la fin de l'été pour les banquiers centraux du monde entier.

Il ne faut pas accorder trop d'importance à l'opinion selon laquelle l'assouplissement de la politique monétaire peut affaiblir suffisamment la monnaie d'un pays pour permettre une amélioration durable de la balance commerciale par le biais d'un basculement des dépenses, expliquent les signataires du texte, Gita Gopinath, l'économiste en chef du Fonds, Gustavo Adler et Luis Cubeddu, deux de ses chercheurs. La politique monétaire à elle seule, assurent-ils, est probablement incapable d'induire les dévaluations importantes et persistantes nécessaires pour aboutir à ce résultat.

 

Un discours qui vise Trump

 

Le président américain, Donald Trump, a multiplié ces dernières semaines les critiques contre la vigueur du dollar, qu'il accuse de freiner les exportations américaines. Cette semaine, il a de nouveau appelé sur Twitter la Réserve fédérale américaine à réduire ses taux d'intérêt. Selon les chercheurs du FMI, l'impact des fluctuations du dollar sur la balance commerciale des États-Unis est limité par le fait que de nombreuses importations américaines, en provenance de Chine ou d'autres pays, sont facturées en dollar et non en devises locales. Leur texte ajoute que les déséquilibres extérieurs mondiaux ont plutôt tendance à se réduire et réaffirme la position du FMI selon laquelle la position extérieure de la Chine, qui inclut la valeur de sa monnaie, le yuan, était globalement conforme aux fondamentaux en 2018.

Cette position revient à réfuter les accusations américaines de manipulations du yuan par la Chine pour soutenir les exportations, situation que Washington a demandée au FMI de corriger. Les déséquilibres extérieurs ont fortement diminué par rapport aux pics observés pendant la crise financière mondiale et le dollar n'était que modérément surévalué en 2018. Cela marque un contraste fort par rapport au milieu des années 1980, lorsque, dans le cadre de l'Accord du Plaza, les grandes banques centrales agissaient de concert face à une importante surévaluation du dollar, écrivent les chercheurs. Au vu du poids du dollar et de l'euro sur les marchés, poursuivent-ils, des mesures telles que l'achat de devises étrangères visant à faire baisser le dollar ou la taxation des flux de capitaux seraient probablement inefficaces.

 

Bonne résistance du CAC 40

 

Après avoir été secoué au début du mois d’août par la surenchère dans la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, le CAC 40 s’est bien redressé progressivement, grâce notamment à la publication par la BCE de minutes montrant la volonté de la banque centrale de soutenir l’activité et d’essayer de relancer l’inflation. Malgré tout il demeure à 200 points au-dessous de son étiage moyen en début d’été. Par ailleurs certaines valeurs liées au luxe, qui pèsent de manière importante dans le calcul de l’indice, ont été affectées par les troubles qui persistent et s’amplifient à Hong Kong, l’un des principaux lieux de chalandise pour les produits de prestige.

En matière de business, l’un des principaux faits d’actualité de l’été a été l’annonce par Casino d’un nouveau plan de cession d’actifs qui pèserait sur 2 milliards d’euros et serait réalisé d’ici mars 2021. De quoi réduire à néant la dette du groupe de distribution et faire ainsi remonter du cash vers sa holding à 51,7 %, Rallye, actuellement en procédure de sauvegarde en raison d’un endettement très pesant. Mais l’occasion fait le larron. Et Casino entend aussi se servir de ce plan de cessions pour mener une revue de ses actifs stratégiques afin de rester focalisé sur les secteurs les plus porteurs de la grande distribution, comme l’e-commerce, le bio, ou les formats de centre-ville. D’aucuns imaginent aussi que le groupe en profiterait pour céder Go Sport.

Ces annonces ont été très bien appréciées par les investisseurs, tant en ce qui concerne l’action Casino que l’action Rallye. Et tout porte à croire que le groupe est désormais bien engagé vers la sortie de la sauvegarde. De son côté Carrefour a annoncé son intention de tester une nouvelle forme de discount. Ce qui est étonnant compte tenu de ses relations passées avec Dia et du contexte très concurrentiel qui anime ce segment de la distribution avec des enseignes comme Lidl ou Aldi. À noter la reprise cette semaine de la publication de résultats semestriels. Avec notamment Eiffage, Bouygues, Iliad, Bolloré. Ainsi que les comptes annuels de Pernod-Ricard, dont l’action a progressé de 18 % en un an.

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