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Yves de Kerdrel
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Les ennuis recommencent pour l’exécutif
par Yves de Kerdrel
Après un G 7 unanimement salué, et un e très bonne communication présidentielle, après un changement de pied sur la réforme des retraites qui pose plus de problèmes qu’il n’en résout, Emmanuel Macron s’apprête à affronter marqué par une grève qui ne cesse de s’amplifier dans les urgences, un climat tendu dans l’éducation nationale et trois manifestations prévues contre le projet sur les retraites.
La semaine a superbement bien débuté pour Emmanuel Macron salué par la presse internationale pour la réussite du G 7 de Biarritz. Il faut dire qu’il y a une semaine peu d’observateurs pariaient sur un résultat concret de ce sommet international. En fait Emmanuel Macron a réussi à faire ce que Nicolas Sarkozy faisait avec beaucoup de talent : montrer que la France est avec les États-Unis l’une des deux puissances mondiales à avoir une capacité et une appétence à s’occuper des problèmes de la planète. Ce que François Hollande avait totalement laissé tomber.
Cela concerne aussi bien les grands sujets du monde : le climat, la biodiversité, les océans, mais aussi les inégalités, les flux migratoires que les sujets de pure géopolitique comme la crise entre l’Iran et les États-Unis (d’où la présence furtive du ministre des affaires étrangères iranien) ou la tension commerciale entre la Chine et les États-Unis, mais aussi l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur qui a désormais du plomb dans l’aile. Au-delà de la réussite du G 7 sur tous ces sujets et de l’absence de coup d’éclat négatif de Donald Trump, il faut saluer la nouvelle communication présidentielle qui a scandé ce sommet avec comme point d’orgue le 20 heures de France 2 lundi où le Président a laissé les habits de Jupiter et son allure hiératique pour se montrer plus proche des Français. Un ton qui lui va beaucoup mieux, pour ceux qui ont l’habitude de le rencontrer.
Macron veut miser sur la Russie
Après ce G 7, le Chef de l’État a enchaîné sur la traditionnelle conférence des ambassadeurs, organisée tous les ans à cette période au palais de l’Élysée. L'occasion pour le chef de l'État d'évoquer les orientations de sa politique étrangère pour les mois à venir. Le président français a commencé son discours aux ambassadeurs avec un constat : l’ordre international connaît aujourd’hui de tels bouleversements géopolitiques, économiques et écologiques qu’on assiste à la fin de l’hégémonie occidentale. Les habitudes et les dogmes sur lesquels s’est appuyée la diplomatie française pendant des décennies ne sont plus valables, estime Emmanuel Macron, pour qui il ne faut pas seulement s'adapter au changement, mais tenter de rebâtir un ordre mondial nouveau.
Un ordre dans lequel l’Europe doit s’affirmer davantage si elle ne veut pas tout simplement disparaître, a prévenu le chef de l'État, pour qui la stratégie de la diplomatie française est partie intégrante de la stratégie européenne. L’Union européenne doit coûte-que-coûte, plaide Emmanuel Macron, renforcer sa souveraineté économique et commerciale, militaire ou encore stratégique. De fait, après avoir reçu Vladimir Poutine au fort de Brégançon, Emmanuel Macron s’est dit convaincu de la nécessité pour l’Union européenne de tisser de nouvelles relations avec la Russie. Mais d'évoquer aussi l'impératif de renforcer le partenariat avec la Chine, dont le président a salué les efforts, sur l’écologie notamment.
Un pas de côté sur la réforme des retraites
À l’occasion de son intervention télévisée de lundi dernier, Emmanuel Macron a fait un pas de côté sur la réforme de retraites affirmant que si la question de l’âge pivot de 64 ans posait un problème, il est toujours possible de revenir au calcul en fonction de la durée de cotisation. Un sujet qui sera largement abordé jeudi et vendredi prochain à Matignon où les partenaires sociaux seront reçus pour évoquer le dossier des retraites. En voulant s’intéresser plutôt à la durée de cotisation et non à l’âge de départ à la retraite, Emmanuel Macron dévie par rapport aux préconisations du haut-commissaire Jean-Paul Delevoye. Dans son rapport préparatoire publié le 18 juillet, celui-ci préconisait un âge pivot de départ à la retraite de 64 ans. Une hypothèse rejetée par les syndicats lors de la publication du rapport.
Ce système d'âge d'équilibre va favoriser ceux qui ont une durée de cotisations faible, 20 ou 30 ans par exemple et qui ne vont pas obligatoirement devoir attendre jusqu’à 67 ans pour ne plus partir sans décote. Mais contrairement à quelqu’un qui a cotisé plus longtemps, il aura accumulé moins de points et aura donc une retraite inférieure. Si on fait une réforme comme d’habitude, on repousse l’âge de départ à la retraite. Si on décale l’âge légal, ce n’est pas clair. Le régime qu’on est en train de créer doit être équilibré, a réclamé le président de la République, qui ne veut pas laisser de côté certaines professions avec cette réforme. Il y a certaines professions qui - si on fait les choses mécaniquement - seraient lésées : infirmières, aides-soignants, enseignants, a-t-il ajouté, précisant qu'il n'y aura pas de réforme des retraites tant qu'on n'aura pas bâti une vraie transformation de ces professions.
La crise des urgences s’intensifie
Reste à voir désormais si les discussions avec les partenaires sociaux seront productives, alors que le futur système universel des retraites doit entrer en vigueur pour 2025 selon le programme de l’Élysée. Le but de la réforme est clair, il est d’inciter à travailler plus longtemps. Mais à l’occasion de l’ouverture du Rassemblement des Entrepreneurs de France à Longchamp, Geoffroy Roux de Bézieux n’a pas manqué de critiquer le changement de pied du Chef de l’État. Le Medef plaide pour un âge légal à 64 ans (il est de 67 en Allemagne) et pour une réforme qui supprime tous les régimes spéciaux avec une convergence rapide de manière à ce que cela ait un effet déflationniste sur les dépenses publiques que le pouvoir est incapable de faire baisser.
Il est manifeste qu’à l’occasion de cette rentrée Emmanuel Macron a décidé d’assouplir sa position sur les réformes susceptibles de tendre l’atmosphère. Il y a déjà trois manifestations syndicales prévues contre la réforme des retraites. Mais par ailleurs le climat social n’est pas sain. Le collectif Inter-Urgences estime que le seuil de 240 services en grève pourrait être atteint ce lundi 2 septembre, puis celui de 250 à la fin de semaine, ce qui représenterait plus de la moitié des 474 urgences publiques. Parmi les principales motivations des infirmiers et aides-soignants qui ont rejoint la protestation au cours de l’été, le manque d’effectifs et le manque de lits d’hospitalisation en nombre suffisant pour faire face à une hausse régulière du nombre de passages. Dans les prochaines semaines, les grévistes et le gouvernement vont chacun tenter d’imposer leur calendrier. Une assemblée générale du collectif Inter-Urgences est prévue le 10 septembre. Les participants devront valider une plate-forme de revendications qui permettra aux syndicats de médecins hospitaliers de s’associer au mouvement.
Blanquer cherche à déminer le terrain
Chez Jean-Michel Blanquer, on n’est pas complètement serein non plus. Lors de sa traditionnelle conférence de presse de la rentrée, mardi 27 août, le ministre de l'Éducation nationale a préféré jouer la carte de l'apaisement, plaçant l'année à venir sous le signe de la maturité et de la réussite et insistant sur la nécessité de renforcer le bien-être des professeurs. Un changement de ton apprécié et souligné par certains syndicats, mais que d'autres assimilent à un banal exercice de communication. C'est le mot d'ordre de toutes les organisations syndicales : les paroles doivent se traduire en actes tangibles. Les syndicats seront, par ailleurs, particulièrement attentifs sur la question des personnels et de la revalorisation salariale, qui pourrait rapidement mettre le feu aux poudres. En recevant les syndicats au cours des derniers jours, Jean-Michel Blanquer a voulu déminer le terrain en annonçant que des comités de suivi seraient mis en place pour tenir compte des difficultés éventuelles liées aux réformes et décider d'aménagements.
Tout cela se passe dans une ambiance politique marquée par l’absence totale de la droite. La principale actualité est désormais la certitude d’une candidature dissidente de Cédric Villani à Paris contre Benjamin Griveaux. Le mathématicien bénéficierait de sondages – non publiés – bien meilleurs que le candidat officiel. En outre il entend faire une alliance avec Gaspard Gantzer qu’il a vu jeudi dernier – lui-même allié à la compagne du vert Yannick Jadot, et l’ex Républicain Pierre-Yves Bournazel qui bénéficie encore d’une bonne réputation au sein de la droite parisienne. Dans ce cas, l’ex médaille Fields est quasiment sûr de ratisser de la gauche des marcheurs aux écologistes en passant par une partie de la bourgeoisie parisienne conservatrice. Là où Benjamin Griveaux n’a cherché qu’à cliver, lui a réussi à rassembler. C’est la seule condition pour battre éventuellement Anne Hidalgo.
En attendant Xavier Bertrand
À droite, Valérie Pécresse a réuni ce week-end les adhérents de Libres et Bruno Retailleau ceux de Force Républicaine. Tout cela sur fond de prochaine élection pour désigner le patron des Républicains. Mais la véritable actualité pourrait avoir lieu le jeudi 19 septembre avec la réapparition publique de Xavier Bertrand dont la popularité tutoie les sommets et que l’on donne capable de gagner une élection présidentielle. Il lui faudra convaincre les téléspectateurs de l’émission politique que son discours est vraiment différent et qu’il est l’un de ceux qui est capable de ramener de la confiance et de l’ordre dans une France gravement atteinte par la crise défiance, dont Alain Peyrefitte écrivait déjà il y a quelques dizaines d’années que c’est le vrai "mal français".
Au chapitre économique, l’Insee a apporté une belle éclaircie cette semaine en estimant que la croissance économique a atteint 0,3 % en France au deuxième trimestre, un chiffre légèrement plus élevé que ce qui avait été initialement annoncé (0,2 %). Cette révision, qui s'explique selon l'Insee par des corrections saisonnières, conforte les objectifs fixés par le gouvernement, qui table sur une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 1,4 % pour l'ensemble de l'année 2019. Ce chiffre a été atteint malgré une consommation des ménages décevante, cette dernière n'ayant progressé que de 0,2 % entre avril et juin, malgré les gains de pouvoir d'achat liés aux mesures d'urgence votées sous la pression des "gilets jaunes". Selon l'organisme public, la consommation a notamment reculé de 0,2 % dans le secteur alimentaire, et de 0,5 % dans le secteur des biens fabriqués. Les achats de services ont quant à eux progressé de 0,5 %, soit le même rythme qu'au trimestre précédent.
Un acquis de croissance confortable
Le taux d'épargne des ménages français, au plus haut depuis la fin de l'année 2018, a pour sa part légèrement reculé, tout en restant à un niveau élevé : il s'est établi selon l'Insee à 14,9 % contre 15,3 % au premier trimestre. L'investissement, autre moteur de la croissance française, est resté quant à lui très dynamique : selon l'Insee, il a atteint 0,9 %, après avoir augmenté de 0,5 % au premier trimestre, porté par l'investissement des entreprises (+0,9 %). Avec ces résultats, l'acquis de croissance -- c'est-à-dire le niveau que le PIB atteindrait à la fin de l'année si la croissance restait nulle au cours du prochain semestre -- était au 30 juin de 1,1 %, au lieu des 1 % initialement prévus. Ce niveau est une bonne nouvelle pour le gouvernement, dans un contexte de ralentissement généralisé de l'activité au sein de la zone euro. Selon la Banque de France, mais aussi selon l'OCDE, le FMI et la Commission européenne, l'activité économique devrait progresser de 1,3 % cette année, contre 1,7 % en 2018.
Sur le plan international, la rentrée sur les marchés est dominée par une question : la volonté des grandes banques centrales de se montrer accommodantes suffira-t-elle à écarter la menace d'une récession généralisée ? Les annonces de politique monétaire que feront la Banque centrale européenne, le 12 septembre, et la Réserve fédérale américaine, six jours plus tard, sont particulièrement attendues, même si l'intention de la première de recommencer à baisser ses taux et la détermination de la seconde à continuer à le faire ne font guère de doute. Le décor est planté depuis de longs mois avec des tensions commerciales persistantes entre les États-Unis et la Chine et des investisseurs qui s'inquiètent de plus en plus de leur impact sur l'économie mondiale et sur les bénéfices des entreprises. Le moindre rayon d'espoir fait grimper les actions, comme cela a été le cas jeudi et vendredi avec la perspective d'une reprise des négociations entre les deux camps, mais il ne dure jamais bien longtemps et l'atmosphère est plutôt au pessimisme, comme en témoigne l'envol des prix des obligations souveraines, actif refuge par excellence.
L’Allemagne au bord de la récession
Les investisseurs ont donc vu les rendements s'écrouler, celui des Treasuries à 10 ans touchant lundi dernier un creux de trois ans à 1,443 %. Il reste inférieur au rendement de plusieurs maturités plus courtes, ce qui caractérise la fameuse inversion de la courbe des taux qui signale historiquement l'amorce d'une entrée de l'économie américaine en récession. L'écart entre les rendements des emprunts d'État américains à deux et 10 ans s'est accentué mercredi pour atteindre -6 points de base, du jamais vu depuis 2007, avant de se resserrer légèrement. Autre signal d'alerte, le rendement des Treasuries à 30 ans, tombé mercredi en séance à un plus bas record, à 1,905 %, et désormais sous l'objectif de taux de la Réserve fédérale (2 %-2,25 %).
Les marchés évaluent à 100 % la probabilité d'une baisse des taux d'intérêt le mois prochain aux États-Unis, selon le baromètre FedWatch de CME Group. Quant à la BCE, elle a clairement affiché sa volonté de prendre toutes les mesures d'assouplissement nécessaires pour soutenir l'activité de la zone euro. Elle ne devrait pas tarder à passer à l'action avec des indicateurs manufacturiers et des indices de confiance qui ne cessent de dégrader et avec l'Allemagne, première économie d'Europe, déjà au bord d'une récession. Plusieurs responsables monétaires européens ont toutefois cherché à tempérer les attentes des investisseurs estimant que la BCE pouvait les décevoir voire que les conditions pour vaste soutien monétaire n'étaient pas réunies.
Première victoire pour Bolloré contre Berlusconi
Coté business la justice italienne a accepté un recours déposé par Vivendi dans le but de pouvoir voter contre un plan de réorganisation de Mediaset lors de l'assemblée générale extraordinaire prévue le 4 septembre, selon les informations de WanSquare. Mais ce jugement ne s'applique que pour la part de 9,6 % détenue directement par Vivendi dans Mediaset. Le reste du capital contrôlé par Vivendi, dont la part s'élève au total à 29%, est détenu par le trust Simon Fudiciaria, qui est pour l'instant interdit de vote par la justice. Simon Fudiciaria s'est toutefois inscrit pour voter à l'AG extraordinaire du 4 septembre. Dans un communiqué, Vivendi a salué la décision du tribunal de Milan et confirmé son intention de voter contre le plan de réorganisation de Mediaset. Cette bataille est menée de pied ferme par Arnaud de Puyfontaine avec l'aide du banquier d'affaires Benoit d'Angelin. Le groupe italien s'est également dit satisfait de la décision du tribunal. Mediaset avait décidé en avril dernier d'interdire Vivendi de voter lors de son assemblée générale. Le groupe italien a annoncé en juin son intention de placer ses filiales italiennes et espagnoles sous une société holding de droit néerlandais - Media for Europe NV (MFE) - afin de poursuivre une stratégie de croissance paneuropéenne.
Yves de Kerdrel
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Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Macron à la recherche d’un second souffle
28/07/2019 - 06:30

