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Pourquoi l’Arabie reste de marbre face à l’Iran… pour l'instant !
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Après l’attaque subie le week-end dernier sur une grande partie de ses installations pétrolières, signée par l’Iran, à travers les rebelles yéménites, on pouvait s’attendre à voir la Monarchie répliquer. C’est oublier qu’un jeu de pouvoir subtil prive son Prince héritier de tous les pouvoirs, que les États-Unis qui sont les gendarmes de la région ont décidé de calmer le jeu avec l’Iran, et que les représailles pourraient être laissées à Israël – après sa séquence électorale – à condition qu’elles restent modérées.

21/09/2019 - 09:00 Temps Lecture 8 mn.

 

Le feuilleton imprévu des relations irano-saoudiennes - mais, sur le fond, d’une grande logique – s’est poursuivi, cette semaine encore, avec le contrôle total de la situation militaire et diplomatique qu’Adel Jubeir, le ministre des Affaires étrangères saoudien, un homme aussi discret qu’efficace, continue à la surprise générale, d’effectuer au grand dam de certains hiérarques du Royaume.

D’où vient la surprise cette fois-ci ? D’Arabie Saoudite elle-même et du prétendant au trône, le Prince Mohamed Ben Salman, dont on croyait jusqu’à présent qu’il était entièrement de mèche avec Adel Jubeir. Pas, en tout cas, au point que le Prince héritier ait manifesté publiquement sa rage devant l’interdit qui lui était fait de participer aux représailles contre les extrémistes iraniens retranchés dans le refus de tout compromis. Ces extrémistes qui sont, on le sait, les organisateurs des provocations soi-disant yéménites, qui privent actuellement l’Arabie Saoudite de la moitié de sa production pétrolière.

À partir de là deux hypothèses, aussi vraisemblables l’une que l’autre, sont envisageables. Il se pourrait que le Prince Mohamed Ben Salman ait accepté de continuer à jouer la comédie afin d’aider son associé Adel Jubeir. Auquel cas, nous serions encore, si l’on suit l’analyse, toujours pro iranienne du journal Le Monde, dans un leurre brillant mais toujours aussi peu compris.

 

Aux Israéliens la responsabilité des représailles

 

Mais il se pourrait bien aussi que dans cette occurrence de faits, le Prince Mohamed Ben Salman ait juste exprimé sa frustration et sa rage - lesquelles font bien partie du caractère qu’on lui connaît - pour déplorer les consignes de celui qui est maintenant ouvertement son seul patron, Adel Jubeir, et qui a choisi, pour l’instant, de laisser ses alliés israéliens prendre la responsabilité de représailles très modérées contre les Iraniens. Tout cela de manière à avancer dans sa stratégie tout en ménageant, pour l’instant le Roi Salmane qui est son véritable adversaire.

Dans ces conditions, c’est le Prince Mohamed Ben Salmane qui a ainsi protesté, laissant comprendre à tout le monde qu'Adel Jubeir décidera seul quand il faudra frapper l’Iran et ses provocateurs. Mais en laissant pour l’instant la place libre au retournement du Qatar et aux victoires diplomatiques qui ont été consolidées auparavant à Bahrein et maintenant aussi grâce à la médiation française d’Emmanuel Macron auprès de Vladimir Poutine et d’une Russie toujours supportrice de la Grande Perse.

En somme, et malgré des ratés dont nous avons pu établir la chronique pour nos lecteurs, les choses avancent plus rapidement que prévu - y compris dans le pragmatisme de plus en plus évident des Nord-Coréens en matière de concessions avec l’Amérique. De ce fait, comme nous en avons également établi la certitude, Donald Trump n’a plus peur d’un chantage permanent sur sa politique que lui ferait subir l’aile pragmatique des militaires américains qui veulent l’accuser de faiblesse envers la Russie.

 

Quand Trump sabote les attaques contre l'Iran

 

À présent, nous le savons, le Président américain n’en a plus cure et se refuse radicalement, en accord avec Emmanuel Macron, à jouer les provocateurs délibérés. Donald Trump sabote même aujourd’hui étonnamment toutes les tentatives de bombardement de l’Iran. De même qu’il fait ouvertement le jeu que souhaite Emmanuel Macron - mais aussi Vladimir Poutine - qui tente de contribuer à sa manière à l’amélioration des rapports entre les Américains et les Russes. Et paradoxe extraordinaire, dans cette comédie - parfois aux relents tragiques qui nous laisse de plus en plus médusés en tant qu’observateurs - nous venons aussi d’assister à la révocation du chef des partisans des sanctions militaires contre l’Iran, l’idéologue John Bolton. Celui-ci – qui a été limogé par un tweet présidentiel - reste depuis en suspension dans son extrémisme religieux.

En dépit de l’attitude très prudente de Donald Trump dans ce dossier qui pourrait déstabiliser tout le Moyen-Orient, l’engagement américain envers l’Arabie Saoudite demeure plus intense que jamais et marqué d’une authentique automaticité en cas de danger direct. Tout cela sachant qu’Adel Jubeir, le patron de la diplomatie saoudienne, qui n’a nullement renoncé à des représailles à terme, préfère utiliser l’arme de la dissuasion israélienne tempérée par les dangers d’une apocalypse non contrôlée.

S’agissant d’Israël qui vient de connaître une séquence électorale intense, l’avance de Benny Gantz est bien réelle et manifeste l’exaspération du corps électoral devant Benyamin Netanyahou. Il est possible qu’un compromis soit trouvé qui laissera à l’actuel Premier Ministre le choix de s’effacer provisoirement en devenant ministre des affaires étrangères. Mais il est clair que, dans ces conditions, tout sera fait pour que Netanyahou demeure le faiseur de rois et l’organisateur de la future coalition, de manière consensuelle avec un Benny Gantz qui ne souhaite pas commencer un accès au gouvernement dans la division et la paralysie.

 

Le temps des véritables apocalypses

 

La véritable question dans cette affaire est de savoir ce que va faire Yahir Lapid, le numéro deux du parti blanc et bleu, lequel a toujours choisi une position agressive à l’égard de Benyamin Netanyahou qui pourrait l’amener à ne pas faire partie de la majorité de Gantz. Lequel serait bien plus ouvert à un poste significatif pour Netanyahou qui, sans nier sa défaite électorale, lui permettrait un rétablissement souhaité par les Saoudiens et Donald Trump lui-même. Surtout depuis que le Président américain est curieusement devenu le chef des modérés et le partenaire d’Emmanuel Macron. Ce dernier nous avait prédit que nous vivrions le temps des véritables apocalypses. Non pas celles qui nous préparent à la catastrophe, mais celles qui conduisent, au contraire, à la transformation qualitative des relations internationales. Il semble bien que nous y sommes désormais...

                                                                                                                                                  Alexandre Adler

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