Evenements / Lazard / Lazard Frères / Matthieu Pigasse / Ken Jacobs / Jean-Louis Girodolle
Evenements
Lazard / Lazard Frères / Matthieu Pigasse / Ken Jacobs / Jean-Louis Girodolle
Comment Matthieu Pigasse a été contraint à la démission
Dès mercredi dernier, WanSquare ayant eu vent des difficultés affectant Matthieu Pigasse dans le management interne de Lazard Paris, nous avons révélé que les dirigeants de Lazard Monde s’interrogeaient sur la manière de se séparer de ce banquier très médiatique. À deux reprises, Ken Jacobs, interrogé par nos soins par mail sur les rumeurs concernant un départ imminent de Matthieu Pigasse a refusé de démentir ces informations, les accréditant de facto.
Selon nos informations, c’est entre jeudi soir et vendredi matin que Ken Jacobs a pris la décision de se séparer de Matthieu Pigasse afin de ramener le calme au sein d’un bureau parisien de Lazard malmené par les rumeurs et surtout par l’absence d’un management clair. Et c’est vendredi que les deux hommes se sont entendus sur les modalités d’une séparation claire avec prise d’effet le 31 décembre prochain, mais avec interdiction pour Matthieu Pigasse de revenir à son bureau de Lazard passé la journée d’aujourd’hui.
Cette discussion s’est passée de manière amiable et courtoise. D’abord parce que depuis plusieurs mois, et notamment depuis le changement d’organisation du conseil aux grandes entreprises, avec la rétrogradation de Matthieu Pigasse, les deux hommes ont tenté de trouver une voie de sortie honorable pour le banquier français. Ensuite, parce que Ken Jacobs a toujours entretenu de bonnes relations avec le banquier rocker et l’a même protégé à plusieurs reprises. Enfin parce que Ken Jacobs sait qu’il ne faut pas injurier l’avenir et qu’à partir du moment où Matthieu Pigasse lui a fait part de sa volonté de créer un projet entrepreneurial, soit en reprenant la franchise d’Evercore ou de Center View pour Paris, soit en créant une boutique de conseil aux entreprises, il était plus prudent de le ménager.
Selon certaines informations que nous n’avons pas pu confirmer, Ken Jacobs avait prévu de venir à Paris ce dimanche à l’invitation de Bruno Roger, l’ancien président de Lazard Frères, qui lui avait organisé un déjeuner avec plusieurs grands patrons français. Si cette information est vraie, il manquait en tout cas à ce déjeuner des clients historiques de Lazard comme Patrick Pouyanné, Jean-Pascal Tricoire ou Xavier Niel – qui avait fait passer le message qu’il n’assisterait pas au déjeuner si Matthieu Pigasse y était présent – et Alain Minc qui était parti à New York afin de rencontrer aujourd’hui Ken Jacobs. Un rendez-vous qui a été annulé alors que le patron d’AM Conseil était déjà dans l’avion pour les États-Unis.
Il reste que Lazard Frères est une maison aujourd’hui très ébranlée par le départ de Matthieu Pigasse qui en assumait le leadership depuis une dizaine d’années, après avoir largement développé l’activité de conseil aux gouvernements avec l’aide de l’économiste Daniel Cohen. C’est pourquoi ce matin à 10 heures, Ken Jacobs a réuni une soixantaine des principaux collaborateurs de la banque au sein du péristyle qui se trouve au rez-de-chaussée du 121 boulevard Haussmann. Son but était de rassurer une maison traumatisée.
A priori, c’est Jean-Louis Girodolle, ami d’enfance et co-disciple de Matthieu Pigasse à l’ENA qui devrait tenir les commandes de la Maison, comme il le faisait déjà auparavant. Mais autant Matthieu Pigasse était une locomotive et son leadership était incontestable, autant Jean-Louis Girodolle n’a pas le même charisme. Surtout pour remettre au travail, une Maison en proie aux doutes. À moyen terme, il se pourrait que ce soit Peter Richard Orszag, responsable mondial des activités de conseil chez Lazard depuis juin dernier qui affirme sa présence à Paris, dont le bureau est l’un des principaux centres de profits de la banque d’affaires. Auparavant, il était responsable des fusions et acquisitions en Amérique du Nord et coresponsable mondial du secteur de la santé. Et avant de rejoindre Lazard, Peter Orszag était vice-président de la Banque de financement et d'investissement et président de la stratégie et des solutions financières chez Citigroup.
D’aucuns pensent que la franchise parisienne de Lazard pourrait avoir du mal à se relever, aux dépens de Lazard New-York et de Lazard Londres où un nouveau patron vient d’être nommé. Cet épisode intervient au moment Eurazeo – surnommé le Lazard bis – est mis à mal par Tikehau qui a cédé brutalement une partie de sa participation. Difficile de ne pas voir là, la fin d’une époque pour ceux qui ont connu la toute-puissance parisienne de Lazard et d’Eurafrance, sous la férule de Michel David-Weill, de Bruno Roger et d’Antoine Bernheim.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

