Politique économique / Jean Christophe Lagarde / Modem
Politique économique
Jean Christophe Lagarde / Modem
Qui croit encore aux conférences sociales ?
Il y aurait un test amusant à faire pour un institut de sondage. C’est d’interroger tous les députés et sénateurs pour leur demander qui fixe les salaires, par qui est payé le Smic, que signifie un autofinancement positif ou un carnet de commandes. Il est fort probable que l’on obtienne la même proportion de réponses absurdes (80%) que celles qui émanent du commun des mortels. Et cette absence de culture économique, propre à la France, justifie la superbe Citéco que François Villeroy de Galhau a fait établir dans l’ancienne résidence de Sarah Bernhardt afin de sensibiliser les Français aux mécanismes de base de l’économie.
Une entrée prioritaire devra être réservée aux députés Modem ainsi qu’à Jean-Christophe Lagarde qui ont appelé hier, dans Le Parisien Dimanche à ce que le Président de la République ou le Premier Ministre réunisse une grande conférence sociale à l’Élysée ou à Matignon avec les représentants du patronat et ceux des syndicats, afin de faire un grand "Grenelle du XXIe siècle". Quel serait l’ordre du jour d’une telle grand-messe : tout simplement organiser "le rééquilibrage entre le prix du travail et celui du capital, s’accorder pour augmenter la feuille de paie et penser un capitalisme à visage humain". Cela fait plus de cinquante ans le premier Grenelle a eu lieu en plein mai 1968 avec en conclusion une hausse du Smic de 30 % et tout le petit microcosme politique, qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise.
Jacques Chirac, que tout le monde a encensé il y a un mois, aimait donner des coups de pouce au Smic. Ça le rendait populaire. À peu de frais. Car la plupart des Français pensent que le Smic est payé par l’Etat car il est fixé par l’Etat. Alors qu’il est évidemment payé par les entreprises, notamment les plus petites et les plus fragiles. Et certains économistes ont fini par expliquer à Chirac qu’un coup de pouce au Smic, c’était aussi un coup de pouce au chômage.
Les questions de pouvoir d’achat, de feuilles de paie, d’échelle des salaires ne relèvent en rien d’une conférence dans un Palais de la République. Le seul paramètre qui dépende de l’exécutif, c’est le domaine fiscal. Mais cela les députés centristes n’en parlent pas comme s’il n’y avait pas d’overdose fiscale en France. En revanche ils devraient savoir, s’ils sont députés, que chaque année les entreprises sont soumises à des "négociations annuelles obligatoires" et qu’elles traitent mieux les salariés que l’État ne s’occupe de la fonction publique hospitalière.
Il était une époque où l’on disait que la guerre était une affaire trop sérieuse pour la laisser aux généraux. L’économie est une matière trop importante pour la laisser aux politiques. Comme disait Ronald Reagan l’État n’est pas la solution. L’État c’est le problème. Et c’est bien dommage que certains croient encore que l’on peut tout attendre de lui alors qu’au contraire il faut se méfier de tout ce qui vient de lui.
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