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joseph stiglitz / Private equity

Quand un Prix Nobel attaque le private equity au vitriol

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, a publié une tribune dans laquelle il dénonce la façon dont les fonds de private equity dégagent de la richesse au détriment des autres et sont restés très opaques. Les projets de loi d'Elizabeth Warren pour réguler l’industrie sont à son sens indispensables.
Joseph Stiglitz
Joseph Stiglitz

Joseph Stiglitz a des opinions très tranchées et le fait savoir, comme récemment dans le Guardian à propos de l’abandon du PIB comme indicateur économique. Le week-end dernier, il s’est cette fois attaqué au sujet du private equity, et il n’a pas hésité à critiquer vivement les effets négatifs sur l’économie et le besoin de régulation de la classe d’actifs, dans une tribune publiée sur Business Insider.

Il commence ainsi par pointer du doigt les effets indésirables du capitalisme américain, et en particulier les "chercheurs de rente", des acteurs qui veulent profiter des autres par leur pouvoir de marché, des vulnérabilités de marché ou encore des informations inégales ou privilégiées. De tels agents économiques vont à l’encontre de marchés efficients ou justes, si bien qu’ils affaiblissent la croissance et augmentent les inégalités. Et juge que le private equity entre dans cette catégorie, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, dès la levée d’un fonds, puisque les Limited Partners, les investisseurs dans cette classe d’actifs, sont parfois incapables d’obtenir des informations transparentes sur le track record des fonds de private equity, afin de décider s’ils veulent leur allouer des capitaux. Par exemple, le rendement est donné à travers le TRI (Taux de Rentabilité Interne), mais dont le calcul est lui-même sujet à manipulation. Les fonds n’hésitent ainsi pas à retirer des capitaux non encore investis pour le gonfler, mais les intègrent lorsqu’il s’agit des management fees, ces commissions annuelles calculées sur les montants gérés. Des revenus de plus en plus élevés avec la hausse des tailles des fonds et aussi fiables puisqu’ils ne dépendent pas de leur performance.

Sans parler du problème de la dette, qui représente parfois 70 à 80% du prix payé pour la cible. Les banques transforment les prêts en titres qu’elles revendent à d’autres investisseurs, et ensuite les fonds n’hésitent pas à licencier ou à vendre des actifs de la participation pour rembourser les échéances de dette, mais aussi faire remonter du dividende pour les actionnaires, donc eux-mêmes.

C’est donc la raison pour laquelle Joseph Stiglitz salue le projet de loi "Stop Wall Street Looting" introduit par Elizabeth Warren à l’été dernier. Ce dernier limite la déductibilité fiscale des emprunts et oblige les banques à garder une portion des prêts sur leurs bilans, mais aussi engage la responsabilité des fonds en cas de dérapage financier. Il mettrait aussi fin à la taxation du carried interest comme un impôt sur le capital et non sur le revenu, une hérésie selon l’économiste. Enfin, il obligerait les fonds à donner plus de garanties sur l’emploi en cas de banqueroute, de façon à ce que les actionnaires ne soient pas toujours et uniquement gagnants. Car le système actuel "est une création où des financiers de Wall Street déjà riches gagnent même lorsque tous les autres perdent", conclut-il, cinglant.

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