Régulation / Concurrence / écologie / Environnement / bertrand badré / joseph stiglitz / thomas piketty / capitalisme
Régulation / Concurrence
écologie / Environnement / bertrand badré / joseph stiglitz / thomas piketty / capitalisme
Le nouveau chapitre du capitalisme
Aujourd'hui, la mondialisation ne fonctionne pas. Elle ne fonctionne pas pour réduire les inégalités, qui augmentent au contraire. Elle ne fonctionne pas pour la stabilité de l'économie mondiale, et elle ne fonctionne pas pour l'environnement. Comme l'analyse justement l'ancien directeur général de la Banque mondiale et directeur financier du Groupe de la Banque mondiale Bertrand Badré, il y a deux questions auxquelles nous n'avons pas répondu après la crise de 2007 : "Quelles économies voulons-nous, et comment pouvons-nous la financer ?"
En cette rentrée 2019, les ouvrages d'auteurs sérieux pleuvent sur les rayons des bibliothèques dont le projet est la critique du néolibéralisme. Le prix Nobel d'Économie Joseph Stiglitz publiera le 26 septembre prochain "Peuple, pouvoir et profits. Le capitalisme à l'heure de l'exaspération sociale." L'auteur raille la foi aveugle dans les marchés libres et sans entraves et blâme les populistes qui utilisent la critique d'une mondialisation superficielle, faites d'hostilités aux migrants et de protectionnisme. Pour l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale, il faut rétablir la démocratie politique aux États-Unis et dans le monde et instaurer une grande politique sociale autour d'une idée forte, celle de l'opinion publique.
Dans son dernier livre "Capital et idéologie", à paraître le 12 septembre prochain, l'économiste reconnu Thomas Piketty retrace l'histoire mondiale des inégalités ainsi que des théories économiques et politiques destinées à les justifier. Selon lui, le marché et la concurrence, le profit et le salaire, le capital et la dette "sont des constructions sociales et historiques qui dépendent entièrement du système légal, fiscal, éducatif et politique que l’on choisit de mettre en place". La perspective d'une récession mondiale dans les mois ou années à venir effraie l'économiste, pour qui s'ensuivraient une hausse généralisée des faillites d'entreprises et du chômage, terreau fertile aux tensions sociales.
L'économie mondiale arrive par ailleurs dans des situations jamais expérimentées auparavant, comme les taux d'intérêt négatifs, dont il est difficile même pour les plus brillants des analystes d'anticiper les effets sur l'économie. Dans une récente tribune publiée par la revue Projet Syndicate, Bertrand Badré s'insurge contre l'allergie aux avertissements environnementaux de plus en plus sévères de l'ONU et autres organismes sur l'accélération de l'extinction des espèces et l'effondrement des écosystèmes. Nous assistons aujourd'hui aux implications du célèbre mantra de l'économiste Milton Friedman, lauréat du prix Nobel d'économie : "la responsabilité sociale des entreprises est d'augmenter leurs profits." Un système capitaliste déconnecté de la plupart des individus et sans ancrage dans les territoires où il opère n'est plus acceptable, nous dit Bertrand Badré, qui penche pour un nouveau système de coûts réels aux acteurs qui ne changent pas leurs comportements.
De son côté, Bertrand Badré, qui a par ailleurs été membre de l'équipe diplomatique du Président Jacques Chirac, où il a été représentant personnel adjoint du Président pour l'Afrique et porte-parole du groupe de travail sur les nouvelles contributions financières pour lutter contre la pauvreté et le développement des fonds, a fondé Blue like an Orange Sustainable Capital. Un fonds pour soutenir les entreprises qui favorisent une croissance inclusive et durable tirée par de forts rendements ajustés au risque.
Le changement ne se fera pas par des discours et des rapports annuels. L'économie de marché a besoin d'être dirigée, et c'est aux régulateurs de tenir la boussole.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

