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L’hypocrisie du débat sur les dividendes

Banques / BNP Paribas / HSBC / BCE

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BNP Paribas / HSBC / BCE

coronavirus L’hypocrisie du débat sur les dividendes

CORONAVIRUS. Que des entreprises, dont les employés sont en seconde ligne de la bataille contre le virus, se montrent solidaires en transférant vers eux une partie de leurs profits, pourquoi pas ! Mais pourquoi cette vindicte incongrue à l’égard des banques ?

La crise que nous vivons n’a rien à voir avec celle de 2008, ni avec celle de 1929. N’en déplaise à Bruno Le Maire ! Dans ces deux cas précédents les banques avaient une part de responsabilité importante. Certaines l’ont d’ailleurs payé cher en disparaissant corps et biens. Et dans les deux cas, les autres ont vu fleurir une surréglementation conçue pour encadrer cette profession alors qualifiée "d’irresponsable". Après 1929 ce fut le fameux Glass Steagall Act. Et après 2008, le Dodd-Frank Act aux États-Unis, et la création d’une véritable bureaucratie européenne.

Le superviseur européen vient donc de demander aux banques du vieux Continent de suspendre le dividende pour 2019, en prétextant que cet argent non distribué permettra de fournir plus de prêts à une économie désormais en pleine récession. En France, la Société Générale, Natixis, Rothschild et le Crédit Agricole ont rapidement obtempéré. Tous les regards se tournent désormais vers BNP Paribas en France et HSBC en Grande-Bretagne qui observent un silence prudent.

Selon les informations obtenues par WanSquare, les administrateurs de BNP Paribas devraient se réunir d’ici dimanche soir pour arrêter une position. Puissent-ils tenir bon ! Pourquoi ? Tout simplement parce que le dividende n’est pas un cadeau qu’une société octroie quand tout va bien et qu’elle retient à la première secousse. C’est d’abord la première forme de rémunération du capital pour des actionnaires qui sont les vrais preneurs de risque. Par ailleurs, pour le superviseur bancaire, la distribution des dividendes est la preuve de la solidité de ces institutions. Enfin les banques, à la différence d’un Hermès ou d’un Sodexo, doivent se refinancer en permanence sur des marchés auprès d’institutions qui observent leur solidité et donc leur capacité à rémunérer le capital. Ne pas distribuer un dividende pour une banque, c’est voir son coût de refinancement augmenté. Et ce n’est vraiment pas le moment !

En Grande-Bretagne où le superviseur est local et non européen, la pression est très forte sur HSBC qui distribue un dividende avec des acomptes. Selon les informations de WanSquare la prestigieuse banque britannique, qui compte de très nombreux petits actionnaires à Hong Kong, a demandé des précisions à son autorité de contrôle qui lui a répondu en quelque sorte : "ne nous obligez pas à vous dire qu’il s’agit d’une exhortation". Ce débat est tellement absurde que l’action HSBC a perdu environ 10 % hier à cause de ce débat purement démagogique. D’autant que la question pourrait se poser sur le dividende dû au titre de l’année 2020. Mais pas au titre de l’année 2019…

Et si comme toute cette créativité bureaucratique ne suffisait pas, le débat se déplace maintenant sur le terrain des rémunérations. Qu’une banque qui fait son travail de financement de l’économie, qui ne recourt ni au chômage partiel ni à toute autre aide de l’État, rémunère normalement ses dirigeants ne paraît pas incongru. Pourquoi devrait-elle sacrifier leur rémunération alors que leur travail va être accru par la distribution des prêts garantis par l’État, par le surcroît d’attention à leurs entreprises clientes, et par la vigilance à l’égard des opérations de marché ? D’autant que ni les superviseurs, ni les politiques n’ont annoncé, pour eux-mêmes, renoncer à une partie de leur salaire.

Tous ces débats stériles sont bien tristes alors que le Pays devrait être uni dans la lutte contre cette terrible pandémie avec chacun à son poste. Les soignants auprès des malades avec les équipements nécessaires. Les caissières, livreurs, transporteurs et autres professions en seconde ligne pour assurer l’approvisionnement du front. Et les banques afin de faire en sorte que pas une entreprise ne fasse faillite et que cette récession annoncée fasse le moins de dégâts économiques possible. À voir l’hystérie des politiques et des superviseurs au cours des derniers jours on ne peut que se rappeler cette phrase de Ronald Reagan, qui n’avait comme simple diplôme que son bon sens : "Les dix mots les plus terrifiants de la langue sont : Bonjour, je suis du gouvernement et je viens vous aider."

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