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L’Etat schizophrène avec la Caisse des Dépôts

Professions financières / Caisse des dépots / direction du trésor

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Caisse des dépots / direction du trésor

L’Etat schizophrène avec la Caisse des Dépôts

Le bras armé de l’État dans l’Économie a enregistré l’an passé un bénéfice de 2,7 milliards d’euros. Mais alors que toutes les banques ne peuvent distribuer de dividendes, la Caisse va distribuer 1,4 milliard d’euros à son actionnaire : l’État.
Caisse des dépôts
Caisse des dépôts

Faites ce que je dis. Ne faites pas ce que je fais. Telle est la nouvelle devise de l’état en cette période de crise sanitaire et de crise économique. Il y a quelques semaines le Ministre de l’Économie a demandé aux entreprises qui mettaient en place des mesures de chômage partiel réduisent ou suppriment leur dividende. Une mesure à laquelle l’Afep a bizarrement applaudi, suivie par un Medef heureusement plus discret. Par ailleurs le superviseur européen a demandé aux banques de faire une croix sur leurs dividendes afin de renforcer leurs fonds propres et d’être en mesure de pouvoir financer plus largement l’économie. Une mesure qui pose plus de problèmes, en relevant le coût de refinancement de ces établissements, qu’elle n’apporte de solutions.

Et voilà que la Caisse des Dépôts, qui n’est certes pas une banque commerciale, mais qui est un établissement financier de très grande ampleur, au point de détenir deux banques : la Banque des territoires et la Banque Postale, va distribuer non pas un dividende, mais un super-dividende à l’État, puisqu’il s’agit d’un montant de 1,4 milliard d’euros, dont, il est vrai, 368 millions d'euros au titre de l'impôt sur les sociétés.

Comme chaque année, ce montant fait l’objet d’une âpre discussion entre le Trésor, la Caisse des Dépôts et le cabinet du Ministre de l’Économie. Avec un aval d’une Commission de surveillance désormais aux ordres de l’état et qui ne peut pas jouer le rôle de contre-pouvoir. Même si la Caisse des Dépôts est très riche, ces 1 400 millions d’euros ne sont pas superflus pour financer davantage de logements sociaux, surtout cette année, afin de relancer un secteur du BTP quasiment à l’arrêt. Idem pour la Banque des Territoires qui n’a pas de "funding", c’est-à-dire pas d’accès à des dépôts bancaires, pour remplir sa très belle mission de redynamiser une France rurale, avec des projets d’infrastructures.

Face à une gouvernance faible, le Trésor, dirigé par une ancienne de la Caisse des Dépôts, n’a donc pas eu de mal à obtenir un joli chèque, largement nécessaire pour des finances de l’État asséchées par le plan de soutien à l’économie. Cela témoigne une fois encore de la schizophrénie d’un État qui se plaît à faire la leçon sur les dividendes ou les rémunérations des dirigeants de groupes purement privés, mais qui rechigne à appliquer lui-même ses propres recommandations. Tout le malheur de notre pays vient du fait, que, comme le disait il y a un siècle Anatole France : "Nous n'avons point d'État. Nous avons des administrations."

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