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L’indécence de Carlos Ghosn

Dirigeants, gouvernance

Dirigeants, gouvernance

L’indécence de Carlos Ghosn

L’ancien patron de Renault-Nissan reproche à la France de ne pas se préoccuper de son sort. Mais après avoir géré le constructeur automobile en fonction de son ego, et après avoir réalisé de multiples malversations, la décence devrait l’obliger à se faire oublier.
Carlos Ghosn
Carlos Ghosn

Depuis un peu plus de six mois maintenant, Carlos Ghosn vit dans son luxueux palais de Beyrouth au Liban, acheté et rénové avec de l’argent détourné de Nissan. Alors que le peuple libanais, fortement touché par l’épidémie de coronavirus, est désormais frappé par une crise économique sans précédent que la banque Lazard essaye de résoudre, l’ancien patron de Renault-Nissan qui gère maintenant son opulente et opaque fortune depuis le pays du Cèdre multiplie les attaques contre la France.

La semaine passée il reprochait à notre pays de l’avoir oublié. Ce matin dans les colonnes d’Aujourd’hui en France et du Parisien il remonte au créneau assumant le fait de ne s’être pas rendu à la convocation d’un juge d’instruction en France "pour des raisons de sécurité". On savait Carlos Ghosn, parano. Mais à ce point, cela dépasse l’entendement. Au point de reprocher à nos pouvoirs publics de le laisser tomber, alors que Nicolas Sarkozy avait fait sortir Florence Cassez du Mexique.

Mais dans cette interview pleine d’acrimonie, tout y passe. Maintenant que les nouveaux dirigeants de Renault ont révélé à quel point la course à la taille menée par Carlos Ghosn à la tête du groupe s’était faite au détriment de la rentabilité, et au détriment des nécessaires investissements dans la voiture électrique – dans laquelle il ne croyait pas – il n’a pour seule défense que d’expliquer que n’ayant pas fait l’ENA, il ne faisait pas partie du microcosme hexagonal. Il oublie juste de rappeler dans cette attaque assez pitoyable qu’il a fait l’X et les Mines, deux des plus grandes écoles de la République et que son conseil d’administration où siégeaient Marc de Lacharrière, Philippe Lagayette ou Franck Riboud était un concentré du capitalisme hexagonal.

Désormais il s’en prend au conseil d’administration de Renault, que préside courageusement Jean-Dominique Senard en estimant que son comportement n’est "ni très intelligent, ni très digne". D’une part on ne saurait faire grief aux nouveaux dirigeants de Renault d’avoir remis à plat la gouvernance et d’avoir embauché un directeur général incontestable en la personne de Luca di Meo. D’autre part, entendre parler de "dignité" de la part d’un patron qui a confondu la caisse de Nissan avec son portefeuille au point de se faire verser sous diverses formes plusieurs dizaines de millions d’euros, parait pour le moins déplacé.

Cette interview est celle d’un ex-patron aigri. Aigri d’être reclus dans son palais doré du Liban à gérer son immense fortune dans un pays où la plupart de ses concitoyens crèvent de faim. Aigri d’avoir été pris la main dans le pot de confiture alors qu’il avait construit pour cela des montages très sophistiqués. Aigri de réaliser aujourd’hui qu’il a laissé Renault-Nissan dans un état dramatique, à tel point que l’entreprise doit fermer deux usines majeures, supprimer des milliers d’emplois et obtenir un prêt garanti par l’état de 5 milliards d’euros. Carlos Ghosn a sûrement été, à un moment un grand patron. Mais imbu de lui-même, il a fini par ne plus écouter que lui-même au point d’accumuler erreurs de gestion, erreurs de vision et malversations. La décence mériterait désormais qu’il vive caché et silencieux.

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